Le marché de la voiture d’occasion s’effondre, sauf pour l’électrique
Le marché de l’occasion traverse une mauvaise passe en ce début d’année 2026, avec un recul qui commence à ressembler […]
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Honda vient de tourner une page importante de sa stratégie électrique. Selon un rapport du quotidien économique japonais Nikkei, le constructeur nippon aurait pris la décision d’annuler purement et simplement la construction de son usine de véhicules électriques et de batteries au Canada, un projet titanesque évalué à 11 milliards de dollars (environ 10 milliards d’euros). Une nouvelle qui s’inscrit dans un contexte américain profondément bouleversé, où les ambitions électriques des grands constructeurs se heurtent brutalement à la réalité politique et économique.
Annoncée en 2024 avec une certaine fanfare, cette gigafactory canadienne devait représenter un tournant majeur pour Honda sur le marché nord-américain. Les chiffres parlaient d’eux-mêmes : une capacité de production prévue de 240 000 véhicules par an, associée à une production de batteries atteignant 36 gigawattheures annuels. De quoi permettre à Honda de rivaliser sérieusement avec General Motors ou Ford sur leur propre terrain. Les premières voitures devaient sortir des chaînes dès 2027.
Le calendrier avait déjà subi un premier revers, Honda ayant repoussé le démarrage effectif de deux ans. Mais cette fois, il ne s’agit plus d’un simple report. D’après Nikkei, le constructeur aurait décidé de suspendre le projet indéfiniment et serait actuellement en contact avec le gouvernement canadien pour gérer les conséquences de cette décision. Honda n’a pas encore confirmé officiellement l’information, mais les signaux envoyés ces derniers mois laissaient peu de place au doute.
L’annulation de l’usine canadienne ne survient pas de manière isolée. Elle fait suite à une série de décisions qui dessinent une véritable retraite stratégique de Honda sur le front électrique. Plus tôt cette année, le constructeur a abandonné plusieurs modèles entièrement conçus sur une plateforme dédiée aux voitures électriques : le Honda 0 Series SUV, le Honda 0 Series Saloon ainsi que l’Acura RSX ont tous été annulés. Ces véhicules, développés from scratch, incarnaient pourtant la vision à long terme de Honda pour l’ère post-thermique.
L’Acura ZDX, un crossover électrique co-développé avec General Motors, a lui aussi été retiré du catalogue après une seule année commerciale. Un bilan particulièrement sévère pour une gamme qui n’a pratiquement pas eu le temps d’exister. Actuellement, Honda ne commercialise aux États-Unis qu’un seul véhicule électrique : le Prologue, un modèle techniquement conçu par General Motors et badgé Honda, ce qui résume assez bien l’état des lieux.
Pour comprendre ce recul, il faut remonter aux fondements mêmes du projet canadien. L’usine avait été conçue à une époque où le crédit fiscal fédéral américain de 7 500 dollars pour l’achat d’un véhicule électrique neuf était en vigueur. Ce dispositif, mis en place dans le cadre de l’Inflation Reduction Act, offrait un levier commercial puissant pour justifier des investissements industriels colossaux à proximité du marché américain. Honda avait déjà acquis le terrain et s’apprêtait à bénéficier d’aides financières du gouvernement canadien.
Mais le paysage a radicalement changé avec l’arrivée de l’administration Trump. Le crédit fiscal de 7 500 dollars a été supprimé, les exigences en matière de consommation moyenne de carburant ont été assouplies, et les pénalités pour les constructeurs ne respectant pas les normes d’efficacité énergétique ont été levées. Des droits de douane à l’importation ont par ailleurs été instaurés, compliquant encore davantage l’équation industrielle. Dans ce contexte, maintenir un projet à 11 milliards de dollars sur une technologie dont la demande américaine est artificiellement freinée par les pouvoirs publics n’avait plus grand sens économique.
Les conséquences financières de cette séquence sont considérables. Honda devrait enregistrer des pertes allant jusqu’à 15,6 milliards de dollars sur son exercice fiscal 2026, directement liées à ce changement de cap stratégique. Des milliards investis dans le développement de plateformes électriques, d’architectures batterie et de modèles qui n’atteindront jamais les concessions.
Honda n’est pas seul dans cette situation délicate. L’ensemble de l’industrie automobile américaine connaît une période de révision stratégique accélérée, abandonnant des programmes électriques au profit d’une intensification des investissements dans l’hybride. La technologie hybride, moins exposée aux aléas politiques sur les aides à l’achat, redevient une valeur refuge pour des constructeurs qui ne souhaitent pas parier uniquement sur le tout-électrique dans un marché aussi instable. Honda, dont l’expertise historique dans ce domaine n’est plus à démontrer, pourrait paradoxalement tirer son épingle du jeu sur ce segment, même si le coût de ce virage brutal restera longtemps visible dans ses comptes.
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