Donut Lab et sa batterie solide : une escroquerie à 25 millions de dollars
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Pendant longtemps, rouler en voiture électrique vous valait un regard en biais de vos voisins, un sourire condescendant de vos collègues, et une place bien à part dans la conversation du dimanche. Ni vraiment intégrée dans les programmes politiques, ni vraiment assumée comme choix grand public, la voiture électrique a traversé plusieurs vies avant d’arriver là où elle en est aujourd’hui en 2026. Retour sur une trajectoire sociale et politique qui en dit autant sur nos voitures que sur nous-mêmes.
Avant même l’ère lithium-ion, des voitures électriques circulaient déjà en France avec une chimie nickel-cadmium : Citroën AX, Saxo, Peugeot 106, Renault Clio. D’abord réservées aux entreprises, collectivités et ministères, elles ont progressivement atterri dans les mains de particuliers. Les motivations étaient alors assez claires : curiosité technologique pour certains, conviction écologique pour d’autres. Mais cette seconde catégorie était surtout un fourre-tout assez flou où cohabitaient le rejet du pétrole, la volonté de réduire le bruit, l’envie de ne plus polluer localement. La préoccupation pour les émissions de CO2, elle, était encore quasi absente du débat.
Paradoxalement, les véritables militants écologistes de l’époque voyaient la voiture électrique d’un mauvais œil, car elle rimait avec énergie nucléaire. Vous vous souvenez peut-être de cet autocollant jaune frappé d’un soleil rouge avec l’injonction « Nucléaire ? Non merci », fréquemment collé à l’arrière des diesels fumants. L’écolo pur et dur se reconnaissait à sa chemise à carreaux, son pull fatigué et son utilitaire diesel, certainement pas à une voiture branchée sur secteur. Seuls quelques profils technophiles militants pouvaient revendiquer leur choix électrique sans se faire crucifier, à condition d’avoir des panneaux solaires sur le toit pour légitimer la démarche. Ce lien entre production personnelle d’énergie renouvelable et usage électrique reste d’ailleurs une constante chez les primo-adoptants de la première heure.
L’arrivée des Tesla Model S, des premiers modèles de la gamme Renault ZE et l’Accord de Paris issu de la COP21 ont marqué un tournant. La voiture électrique est alors officiellement devenue un symbole de la politique climatique du président Macron. Et quand un objet du quotidien se retrouve associé à un camp politique bien identifié, il devient instantanément une cible pour les opposants. Le mouvement des Gilets jaunes s’en est saisi, et l’étiquette « voiture de riche » s’est collée solidement sur les portières.
Ce sentiment d’exclusion n’était pas entièrement infondé. Pour équiper ces modèles de systèmes de sécurité avancés, d’écrans, de connectivité et de batteries de plus grande capacité, les constructeurs ont vu leurs coûts exploser, et les prix de vente avec. Dépasser les 30 000 à 40 000 euros pour une citadine électrique correctement équipée n’était pas rare. Comment reprocher à quelqu’un qui peine à rassembler quelques milliers d’euros pour une occasion thermique de se sentir exclu d’un segment perçu comme inaccessible ? Le leasing social a tenté de corriger le tir, avec des résultats mitigés, notamment au moment des restitutions où les petits dégâts accumulés au quotidien peuvent transformer l’expérience en mauvaise surprise financière.
Et puis Donald Trump est venu tout bousculer. Les tensions qu’il a provoquées autour du détroit d’Ormuz ont fait grimper les prix à la pompe et, surtout, ont installé une incertitude durable sur leur évolution future. Ce contexte a agi comme un révélateur brutal : ceux qui se moquaient encore récemment de leurs collègues ou voisins électromobilistes ont commencé par ne plus rire, puis à refaire leurs calculs, encore et encore. Et subitement, la voiture électrique ne symbolisait plus un privilège de classe mais un choix de bon sens économique.
Ce retournement s’appuie sur des bases concrètes. Le marché de l’occasion propose aujourd’hui des modèles viables sous les 10 000 euros. Le réseau de recharge, longtemps raillé, s’est densifié. Plus de dix ans de retours d’expériences ont dissipé beaucoup d’angoisses sur la fiabilité des batteries et l’autonomie réelle. Les artisans et petits entrepreneurs, déjà rodés aux utilitaires électriques, ont fait leurs comptes et rejoignent ce mouvement. Même les plus récalcitrants qui cherchaient jadis la station-service la moins chère à dix kilomètres de chez eux élaborent désormais des stratégies pour optimiser leur coût de recharge : prises chez l’employeur, bornes en supermarché, plages horaires creuses, voire Superchargeurs Tesla en tarif réduit selon les périodes.
Il reste bien sûr la question de ceux qui ne peuvent pas recharger à domicile. Le surcoût apparent de la recharge publique est réel, mais il s’efface souvent dès lors que l’on compare sérieusement avec les pleins d’un thermique dont le prix varie chaque semaine. Et pour ceux qui passent le cap malgré ce frein, la satisfaction économique prend vite le dessus, au point que même des utilisateurs déçus de certains aspects de leur voiture électrique… continuent quand même, parce que les économies mensuelles sont trop significatives pour revenir en arrière.
Les électromobilistes de la première heure avaient déjà cette tendance à vouloir tirer le maximum de leur technologie. Leurs successeurs, plus nombreux et moins idéologiques, s’inscrivent dans la même logique mais avec des outils plus puissants. Le Vehicle-to-Load (V2L) et le Vehicle-to-Grid (V2G), longtemps considérés comme des gadgets réservés aux passionnés, deviennent des arguments concrets pour réduire encore davantage la facture énergétique globale du foyer.
La réponse honnête est non, ou du moins plus vraiment. Quel parti peut aujourd’hui se permettre de s’opposer frontalement à la voiture électrique sans se couper d’une large partie de l’électorat ? Celui qui défend l’écologie ? Évidemment pas. Celui qui milite pour le pouvoir d’achat des Français ? Encore moins, maintenant que les arguments économiques en faveur de l’électrique se sont considérablement renforcés. Celui qui prône le Made in France ? Avec Renault, Citroën et Peugeot qui assemblent une partie de leurs modèles électriques sur le territoire, la posture devient délicate à tenir.
Les étiquettes « voiture Macron » et « voiture de riche » ont perdu beaucoup de leur éclat, usées par le temps, par les prix du carburant et par la simple réalité du quotidien de milliers de nouveaux électromobilistes. Même si les prix à la pompe devaient rapidement redescendre, le parc français aura gagné plusieurs dizaines de milliers de véhicules supplémentaires, conduits par des gens prêts à témoigner que le moment était bien choisi. Et chaque nouvelle voiture électrique visible dans la rue, chaque échange positif entre voisins ou collègues, contribue à normaliser un peu plus ce choix pour les indécis. L’étiquette a changé, et cette fois, elle tient mieux.
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