Même en Amérique latine, la voiture électrique progresse plus vite que chez nous
Ce n’était pas vraiment attendu si tôt. Il y a seulement quelques mois, atteindre 10% de parts de marché pour […]
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Xiaomi construit des voitures depuis 2024, et la marque chinoise ne perd pas de temps. Après la berline SU7 et le SUV YU7, tous deux 100 % électriques, elle vient d’ouvrir les précommandes d’une nouvelle gamme en Chine : les SkyNomad N70 et N90, deux grands SUV familiaux qui misent cette fois sur l’hybride à prolongateur d’autonomie. Les premières livraisons sont prévues pour septembre 2026. L’Europe, elle, devra patienter — et pour de bonnes raisons.
Les SkyNomad ne sont pas des hybrides rechargeables classiques. Ils appartiennent à la catégorie des EREV (Extended-Range Electric Vehicle), aussi appelés REEV : le moteur électrique entraîne seul les roues, et un moteur thermique intervient uniquement comme générateur pour recharger la batterie embarquée. Concrètement, la mécanique à combustion ne touche jamais les roues, ce qui rapproche ces véhicules du fonctionnement d’une voiture électrique pure, avec le filet de sécurité d’un réservoir d’essence.
Sous le capot, le bloc thermique est un 1,5 litre turbo de 112 kW (150 ch), qui alimente une batterie de 52 ou 76 kWh selon les versions. Au quotidien, vous roulez à l’électrique. Sur un long trajet sans borne en vue, le réservoir prend le relais. L’autonomie en électrique seul, selon le cycle WLTP, varie de 265 à 380 km selon la version choisie. Avec un plein d’essence, Xiaomi annonce une autonomie totale dépassant 1 500 km, et jusqu’à 1 705 km pour le N90 Max. La consommation en mode thermique est annoncée autour de 6,3 l/100 km batterie vide, avec une compatibilité essence 92, 95 ou 98. La garantie couvre 8 ans ou 160 000 km sur l’ensemble de la chaîne de traction.
La gamme SkyNomad se compose de deux modèles distincts, tous deux reposant sur une nouvelle plateforme maison baptisée Kunlun, qui intègre un plancher plat et de longs rails longitudinaux permettant de reconfigurer les sièges selon les besoins. C’est sur cette base que Xiaomi construit son argument central : transformer l’habitacle en espace de vie.
L’intérieur est clairement pensé pour le confort à l’arrêt : les sièges avant pivotent à 180°, les sièges massants sont de série sur plusieurs versions, et une table d’appoint est proposée en option. Xiaomi décrit l’habitacle comme pouvant se transformer en « studio pour une personne, café pour deux ou salon pour trois ». Ce genre de formule marketing se juge à l’usage, mais la philosophie de la plateforme Kunlun s’y prête réellement, avec une modularité bien réelle.
En lançant ces deux SUV, Xiaomi s’attaque frontalement à Li Auto et à Aito, la marque soutenue par Huawei, qui dominent le marché des grands SUV EREV en Chine. Le Li Auto L9 et l’Aito M9, références du segment, démarrent tous deux au-delà de 450 000 yuans (environ 58 000 €). Le SkyNomad N70 s’affiche à moins de la moitié de ce prix, ce qui constitue un argument commercial difficile à ignorer.
Le contexte général est néanmoins plus nuancé. Le marché des EREV en Chine montre des signes d’essoufflement, même si les lancements s’y multiplient. Xiaomi arrive donc dans une niche de plus en plus disputée, au moment où sa croissance ralentit. La marque a tout de même vendu 185 055 voitures au premier semestre 2026, soit environ un tiers de son objectif annuel. Ces deux SUV familiaux sont précisément destinés à combler cet écart et à capter une clientèle que la berline SU7 ne touche pas.
Xiaomi ne vend pour l’instant ses voitures qu’en Chine. Lei Jun, le fondateur et patron du groupe, a néanmoins confirmé une offensive sur le marché européen dès 2027. Les modèles 100 % électriques SU7 et YU7 sont les plus susceptibles d’ouvrir cette phase d’expansion, avant les SkyNomad.
Pour ces derniers, le chemin vers l’Europe est semé d’embûches réglementaires. Depuis fin octobre 2024, l’Union européenne applique des droits de douane compensatoires sur les véhicules électriques importés de Chine, en réponse à des subventions publiques jugées déloyales par Bruxelles. Ces surtaxes s’appliquent aussi explicitement aux véhicules à prolongateur d’autonomie, ce qui vise précisément la technologie EREV des SkyNomad. Un import en l’état verrait donc son prix final significativement gonflé, rendant l’argument tarifaire bien moins percutant qu’en Chine.
La demande existe pourtant déjà sur le continent : des importateurs parallèles font venir des Xiaomi sans passer par la marque, au point que celle-ci a engagé une procédure judiciaire pour bloquer ces ventes. C’est un signal paradoxal mais révélateur — les consommateurs européens s’intéressent à ces modèles, mais le cadre légal et commercial ne suit pas encore. La question n’est donc pas de savoir si Xiaomi débarquera en Europe, mais à quel prix, dans quelle configuration et avec quel modèle en tête de pont.
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