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Toyota a longtemps défendu une approche prudente face à la transition électrique, préférant miser sur l’hybride et la pile à combustible plutôt que de foncer tête baissée dans la course aux batteries. Mais la pression du marché chinois semble avoir eu raison de cette posture traditionnelle. Le constructeur japonais envisage désormais de développer et produire un nouveau SUV électrique Lexus en Chine avant même de le fabriquer dans son pays d’origine. Un choix qui en dit long sur l’état du secteur automobile mondial en 2026.
Chez Toyota, la règle non écrite a toujours été claire : on développe chez soi, au Japon, avant d’exporter. Cette logique industrielle, ancrée depuis des décennies, est en train de voler en éclats. Selon les informations rapportées par le Nikkei, Toyota a posé les premières pierres d’une usine Lexus à Shanghai en juin 2025, avec pour objectif d’y démarrer la production du nouveau SUV électrique à l’automne 2027, à raison d’environ 1 000 véhicules par mois dans un premier temps. La montée en cadence est prévue pour atteindre plusieurs dizaines de milliers d’unités annuelles dès 2028.
Ce qui rend ce projet encore plus symbolique, c’est qu’il survient peu après l’abandon d’un programme concurrent développé au Japon. Toyota avait en effet envisagé de concevoir un SUV Lexus haut de gamme de nouvelle génération sur le sol nippon, avec des méthodes de fabrication avancées similaires. Ce plan a été abandonné en début d’année 2026. Le message est sans ambiguïté : pour rester compétitif sur le segment électrique, il faut désormais passer par la Chine.
Ce choix de Toyota n’est pas anodin. La Chine représente aujourd’hui environ 60 % des ventes mondiales de véhicules électriques, soit un volume près de 100 fois supérieur à celui du Japon selon les données de GlobalData pour 2025. Aucun constructeur sérieux ne peut se permettre d’ignorer ce marché, ni les méthodes qui s’y sont développées à toute vitesse.
Car c’est bien là l’enjeu central : en Chine, les cycles de développement automobile ont été compressés de façon spectaculaire. Là où un constructeur traditionnel met quatre à cinq ans pour concevoir un nouveau modèle, les acteurs locaux comme BYD, NIO ou Li Auto y parviennent en moins de deux ans. Toyota l’a bien compris, et la future usine de Shanghai sera équipée de technologies de pointe, notamment le gigacasting, cette technique de moulage en aluminium sous haute pression popularisée par Tesla, qui permet de réduire drastiquement le nombre de pièces et les coûts de fabrication.
Toyota n’occupe plus la position dominante qu’il avait en Chine il y a encore quelques années. Sur les sept premiers mois de 2026, le groupe a vendu un peu moins de 810 000 véhicules sur ce marché, soit un recul de 18 % par rapport à la même période en 2025. La Chine reste son troisième marché mondial, derrière les États-Unis et le Japon, mais la pression des constructeurs locaux y est considérable.
Toyota y produit déjà plusieurs voitures électriques via ses coentreprises avec GAC et FAW, comme le bZ3X, un SUV électrique positionné sur l’entrée et le milieu de gamme. Mais ces modèles sont développés en collaboration avec des partenaires chinois, pas par Toyota seul. Le projet Lexus est différent : il s’agit d’un véhicule premium, pensé et conçu directement en Chine, sous la responsabilité du groupe japonais. C’est une première, et elle n’est pas anodine en termes d’image de marque et de positionnement.
Ce qui est frappant dans l’approche de Toyota, c’est qu’elle varie sensiblement selon les zones géographiques. En dehors de la Chine — aux États-Unis, en Europe ou au Japon — le constructeur maintient sa stratégie dite « multi-voies », qui continue de placer l’hybride et les motorisations thermiques au cœur de l’offre. Cette posture pragmatique s’explique par les réalités locales : infrastructure de recharge encore insuffisante dans certaines régions, attentes différentes des consommateurs, et cadre réglementaire moins contraignant qu’en Chine.
En Chine, Toyota n’a tout simplement pas le luxe d’attendre. Les constructeurs locaux proposent des véhicules électriques à des prix et avec des technologies qui rendent la concurrence extrêmement sévère. BYD, qui caracole en tête des ventes mondiales de véhicules électrifiés, ne cache pas ses ambitions : son PDG Wang Chuanfu a déclaré publiquement que BYD entend dépasser Toyota en volume de ventes global d’ici cinq ans. Dans ce contexte, s’appuyer sur les ressources chinoises — batteries, méthodes de production, supply chain locale — devient moins un choix qu’une nécessité.
Ce repositionnement de Toyota illustre parfaitement le mouvement de fond qui traverse l’industrie automobile mondiale : les constructeurs historiques ne peuvent plus se contenter d’adapter leurs modèles existants au tout-électrique. Ils doivent repenser leurs processus depuis la base, quitte à délocaliser leur centre de gravité industriel vers des marchés qui ont pris plusieurs longueurs d’avance. Pour Toyota et Lexus, la Chine n’est plus seulement un débouché commercial : c’est devenu un terrain d’expérimentation à part entière.
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