18 heures pour venir à bout de véhicules électriques en feu : comment c’est arrivé ?
Le 9 octobre 2026, les pompiers de la caserne 23 de Fort Worth, au Texas, ont été appelés pour un […]
C’est un chiffre qui mérite qu’on s’y attarde. En 2025, les voitures électriques ont permis d’éviter la consommation de 1,7 million de barils de pétrole par jour à l’échelle mondiale, selon le rapport Global EV Outlook 2026 publié en juin par l’Agence Internationale de l’Énergie (AIE). Pour donner une idée concrète de ce volume : c’est l’équivalent de la consommation pétrolière annuelle totale de l’Indonésie, un pays de 280 millions d’habitants. Autrement dit, le parc mondial de véhicules électriques pèse désormais d’un poids réel sur les marchés de l’énergie, bien au-delà du simple symbole écologique.
Pour mesurer l’ampleur de cette progression, il faut la replacer dans le temps. En 2020, les véhicules électriques ne déplaçaient que 0,4 million de barils par jour. Cinq ans plus tard, ce chiffre a été multiplié par plus de quatre. Cette accélération n’est pas le fruit du hasard : elle reflète la croissance exponentielle du parc mondial de véhicules électriques, portée principalement par la Chine, mais aussi par une adoption de plus en plus marquée en Europe et, dans une moindre mesure, aux États-Unis.
L’analyste énergétique John Kemp, qui a relayé ces données, souligne que ce déplacement de demande pétrolière est “appelé à devenir bien plus significatif d’ici le milieu de la prochaine décennie”. Et les projections de l’AIE donnent raison à cet optimisme mesuré : le déplacement de pétrole devrait presque tripler pour atteindre environ 5 millions de barils par jour dès 2030, avant de grimper entre 9 et 10 millions de barils par jour en 2035, selon les deux scénarios explorés par l’agence — scénario politiques actuelles et scénario politiques déclarées.

La Chine représente à elle seule environ 1 million de barils par jour économisés en 2025, soit près de 60 % du total mondial. C’est le résultat d’une combinaison rare : le plus grand parc de véhicules électriques au monde, une industrie manufacturière qui produit près de 75 % des voitures électriques fabriquées sur la planète, et une domination écrasante sur la chaîne d’approvisionnement en batteries — plus de 80 % de la production mondiale de cellules de batterie provient de Chine.
En 2025, les constructeurs chinois ont exporté plus de 2,5 millions de véhicules électriques, soit plus du double de l’année précédente. Sur le marché domestique, les ventes de voitures électriques ont franchi un cap historique en avril 2026, dépassant 60 % des ventes totales de voitures neuves en Chine. Pékin ne voit d’ailleurs pas cette transition uniquement sous l’angle climatique : en tant que premier importateur mondial de pétrole, réduire sa dépendance aux hydrocarbures est avant tout une question de souveraineté énergétique. Certains observateurs n’hésitent pas à qualifier la Chine de futur premier “Electrostate” mondial.
Ce modèle fait des émules à plus petite échelle. L’Éthiopie, par exemple, a tout simplement interdit l’importation de voitures à moteur thermique en 2024, après que sa facture pétrolière a dépassé 4 milliards de dollars en 2022. Une décision radicale, mais révélatrice d’une logique économique qui dépasse largement le discours environnemental.
La répartition par catégorie de véhicules est instructive. En 2025, ce sont les voitures particulières électriques — ce qu’on appelle les véhicules légers — qui ont assuré l’essentiel du déplacement pétrolier :
Cette tendance devrait se maintenir à horizon 2035, même si l’électrification des poids lourds gagne progressivement du terrain. Le marché des utilitaires et des camions électriques est encore jeune, mais les volumes de batteries déployés dans ce segment augmentent à un rythme soutenu, notamment en Chine où les incitations à l’achat restent importantes.
Les ventes mondiales de voitures électriques ont progressé de 20 % en 2025 pour dépasser les 20 millions d’unités vendues, soit un quart de toutes les voitures neuves écoulées dans le monde. Les constructeurs chinois ont fourni 60 % de ce total — une donnée qui explique en partie les tensions commerciales actuelles entre Bruxelles et Pékin.
Pour vous, conducteur européen, la dynamique est également favorable sur le plan du portefeuille. Selon l’AIE, les économies annuelles sur le carburant pour un conducteur européen propriétaire d’une voiture électrique ont augmenté de 35 % sur l’année écoulée jusqu’en avril 2026, en raison de la flambée des prix du pétrole liée aux tensions au Moyen-Orient. Si vous hésitez encore à franchir le pas, la comparaison entre coût d’usage d’un véhicule thermique et d’un électrique penche de plus en plus clairement vers ce dernier, particulièrement dans un contexte où les prix à la pompe restent sous pression.
Au fond, la question n’est plus de savoir si les voitures électriques pèsent sur la demande mondiale de pétrole — elles le font, massivement et de façon documentée. La question est plutôt de savoir à quelle vitesse ce rééquilibrage va s’accélérer, et qui, entre les constructeurs européens, américains et chinois, sera en position de force pour en tirer parti.
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