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BYD recharge ses voitures électriques en seulement 6 minutes, mais à quel prix pour la batterie ?

Philippe Moureau

La technologie Flash Charging de BYD fait beaucoup parler d’elle depuis son annonce. Capable de porter une batterie de 10 à 80 % en moins de sept minutes, elle place le constructeur chinois dans une catégorie à part sur le plan de la recharge ultrarapide. Seulement voilà : des tests indépendants réalisés en Chine ont mis en lumière des comportements thermiques qui méritent qu’on s’y attarde sérieusement, bien loin des discours rassurants du constructeur.

Ce que la technologie Flash Charging promet concrètement

La technologie Flash Charging est indissociable de la batterie Blade 2.0, la nouvelle génération de pack LFP développée par BYD. Pour atteindre de telles vitesses de recharge, cette batterie fonctionne sous une tension nominale de 1 000 V, avec un pic de puissance à la borne avoisinant les 1 500 kW et une intensité dépassant les 1 000 A. À titre de comparaison, le XPeng G6 — qui détient encore le record dans la base de données Supertest avec une puissance moyenne de 300 kW — paraît soudainement bien modeste face à ces chiffres.

Ces performances ne sont pas que théoriques. Lors d’un essai de la Denza Z9 GT, il a été possible d’observer en direct une session de recharge Flash Charging : branchée sur les bornes adaptées, la limousine a réalisé le 10-80 % en 6 minutes et 38 secondes, avec une puissance moyenne à la borne de 850 kW. BYD confirme également que cette technologie sera disponible en Europe prochainement, ce qui rend la question de la fiabilité à long terme d’autant plus pertinente pour vous, futurs acheteurs.

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Des températures de batterie qui dépassent les normes habituelles

C’est ici que les choses deviennent plus délicates. Le spécialiste chinois Cai Shen Dao a procédé au démontage d’une batterie Blade 2.0 et a effectué des tests de recharge. Résultat : la surface des cellules a atteint 76 °C, alors que le BMS affichait seulement 71 °C — un écart déjà préoccupant en soi. Afin de valider ces résultats, Cai Shen Dao a ensuite mandaté un laboratoire indépendant, l’institut de recherche Guolian, pour reproduire les mesures dans un environnement contrôlé à 29 °C. Le verdict a été identique : la batterie de 78,72 kWh du Fang Cheng Bao Tai 3 Flash Charging Edition a atteint 78,5 °C lors d’une recharge de 7 à 97 % réalisée en 8 minutes et 32 secondes.

Pour mettre ces chiffres en perspective, voici ce que donnent les pics de température relevés sur d’autres véhicules électriques testés dans des conditions similaires :

  • BMW iX3 50 xDrive : pic à 60 °C, avec une perte de 21 °C en 16 minutes à 20 °C extérieurs
  • Tesla Model Y LR 75 kWh : pic à 60 °C également
  • Tesla Model Y Standard (LFP 63 kWh) : pic à 53 °C
  • XPeng G6 restylé (LFP 81 kWh) : pic à seulement 48 °C
  • Fang Cheng Bao Tai 3 Flash Charging : pic à 78,5 °C, avec seulement 8 °C perdus en 14 minutes

Aucun des véhicules électriques testés jusqu’ici n’avait jamais dépassé la barre des 60 °C. Le bond à 78,5 °C n’est donc pas une progression marginale : c’est un saut d’une autre nature. Et ce n’est pas uniquement le pic thermique qui pose problème, mais aussi la capacité de la batterie à évacuer cette chaleur. Le pack de BYD a mis 14 minutes pour redescendre sous les 70 °C et 32 minutes pour passer sous les 60 °C — une inertie thermique nettement supérieure à ce qui s’observe sur les concurrents.

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La réponse de BYD : entre communication offensive et arguments techniques limités

Face à ces révélations, la réaction de BYD n’a pas tardé. Cai Shen Dao a rapidement fait l’objet de restrictions sur les plateformes chinoises et a été classé parmi les comptes diffusant des informations « fausses ou trompeuses ». Sun Huajun, le responsable de la division batterie chez BYD, a pour sa part déclaré sur le média 36Kr qu’on « ne peut pas simplement utiliser ses expériences passées et sa pensée d’inertie pour juger une nouvelle technologie », ajoutant que « 70 °C n’est que l’ancienne limite cognitive de l’industrie ». Un discours volontariste, mais qui ne s’accompagne d’aucune explication technique concrète sur les raisons pour lesquelles ces températures seraient sans risque pour la longévité des cellules.

Car la physique impose ses propres contraintes, indépendamment des ambitions commerciales. Les batteries Blade 2.0 utilisent bien une cathode LFP, mais leur électrolyte est de type liquide, et des températures élevées peuvent accélérer les réactions parasites au sein des cellules, réduire leur durée de vie, voire, dans des cas extrêmes, favoriser un emballement thermique. Le point d’ébullition de l’électrolyte dépend de sa composition exacte — que BYD garde jalousement confidentielle — mais l’argument selon lequel les anciennes limites thermiques ne s’appliquent plus demande des preuves solides, que le constructeur n’a pas fournies à ce stade.

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Un discours interne qui contredit les déclarations publiques

Ce qui trouble davantage encore, c’est la contradiction entre le discours public de BYD et ce que ses propres ingénieurs admettent en coulisses. Après avoir observé de nombreux épisodes de rapidgate — ce phénomène où la recharge rapide devient progressivement plus lente à mesure qu’elle se répète — les spécialistes de la marque avaient reconnu avoir défini un seuil de 42 °C au-delà duquel le BMS bride fortement la puissance de recharge, précisément pour protéger les cellules.

Des essais récents du BYD Atto 2 64 kWh et du BYD Atto 3 Evo ont confirmé que cette logique est toujours bien en place sur les batteries Blade classiques. Pire, sur le BYD Atto 3 Evo, la protection thermique va jusqu’à bride la puissance de décharge, c’est-à-dire la puissance motrice disponible : après une recharge rapide, la puissance en sortie de batterie peut être limitée à 116 kW au lieu de 240 kW en temps normal. Concrètement, cela se traduit par un 80-120 km/h en 7,3 secondes contre environ 4 secondes dans des conditions thermiques normales — une dégradation de performance considérable.

Ces observations portent certes sur des batteries Blade classiques et non sur les Blade 2.0, mais l’écart entre un seuil de protection fixé à 42 °C sur les modèles actuels et des températures de 78,5 °C revendiquées comme acceptables sur la nouvelle génération mérite au moins une explication rigoureuse. La question qui se pose alors naturellement est de savoir si BYD n’a pas simplement accepté de pousser les curseurs thermiques au maximum pour obtenir des chiffres de recharge impressionnants sur fiche technique, en s’accommodant des conséquences potentielles sur la durée de vie des batteries à plus long terme. Les premiers retours d’expérience des propriétaires européens, une fois la technologie disponible sur notre marché, seront à suivre avec attention.

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