L’Europe renonce petit à petit et en silence au tout-électrique
La Commission européenne se trouve dans une position délicate. Les annonces cruciales concernant l’avenir des moteurs thermiques et leur interdiction […]
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Parlons aujourd’hui du Leapmotor C10 REEV. Ce modèle chinois, qui promet près de 1000 kilomètres d’autonomie, semble séduisant sur le papier. Mais derrière cette promesse alléchante se cache une réalité bien plus complexe. Entre statut fiscal ambigu et droits de douane majorés, ce véhicule pourrait représenter un investissement bien plus coûteux que prévu pour les automobilistes français.
Le Leapmotor C10 REEV adopte une technologie encore peu répandue en France : le prolongateur d’autonomie (Range Extender Electric Vehicle). Contrairement aux hybrides rechargeables traditionnelles, le moteur thermique ne propulse jamais directement le véhicule. Il sert uniquement de générateur pour alimenter la batterie lorsque celle-ci s’épuise.
Cette configuration permet d’atteindre une autonomie totale de 970 kilomètres, un chiffre impressionnant qui dépasse largement les 574 kilomètres de la version 100% électrique. Le système repose sur une batterie relativement modeste de 28,4 kWh (contre 69,9 kWh pour la version standard), rechargeable de 10 à 80% en seulement 30 minutes.
Sur le plan technique, le C10 REEV propose des caractéristiques correctes pour un SUV de ce gabarit :
Voici où le bât blesse sérieusement. Malgré sa propulsion 100% électrique, le C10 REEV n’est pas considéré comme un véhicule zéro émission par la réglementation française. La présence du moteur thermique, même utilisé uniquement comme générateur, le classe dans la catégorie des hybrides rechargeables aux yeux de l’administration.
Cette classification entraîne des conséquences financières significatives :
Seule consolation : avec des émissions homologuées à seulement 10 g/km de CO2, le SUV échappe au malus écologique basé sur les émissions. Mais cette maigre victoire ne compense pas les autres désavantages fiscaux.
La situation se complique davantage au niveau européen. Contrairement à la France qui le considère comme un hybride, l’Union Européenne classe le C10 REEV parmi les véhicules électriques à batterie. Cette classification pourrait sembler avantageuse, mais elle le soumet aux droits de douane majorés instaurés sur les voitures électriques chinoises.
Ces taxes anti-dumping, imposées pour contrer ce que Bruxelles considère comme une concurrence déloyale, représentent un surcoût considérable :
| Type de taxe | Pourcentage |
|---|---|
| Droits de douane standard | 10% |
| Taxes additionnelles anti-dumping | 21% |
| Total | 31% |
Ces surcoûts sont directement répercutés sur le prix final affiché aux clients. Le C10 REEV est ainsi commercialisé à partir de 37 400 euros, auxquels s’ajoute le malus au poids de 2 390 euros, portant l’addition minimale à près de 40 000 euros.
Face à ces contraintes, le positionnement tarifaire du Leapmotor C10 REEV pose question. Proposé au même prix que la version 100% électrique mais avec le malus au poids en supplément, il perd l’un de ses principaux arguments de vente : l’avantage économique.
La marque Leapmotor, encore peu connue en France malgré le soutien de Stellantis, risque de peiner à convaincre les acheteurs potentiels. Le prolongateur d’autonomie, censé répondre aux angoisses d’autonomie des conducteurs, devient finalement un handicap fiscal qui annule ses bénéfices pratiques.
Cette situation rappelle l’échec commercial du Mazda MX-30 R-EV, qui proposait une approche similaire mais n’a pas trouvé son public en France, précisément à cause de cette ambiguïté de positionnement.
La question fondamentale pour les automobilistes intéressés reste de savoir si l’autonomie exceptionnelle de 970 kilomètres justifie ces compromis financiers et environnementaux.
Pour les conducteurs parcourant régulièrement de longues distances, le C10 REEV offre une liberté indéniable : pouvoir rouler presque 1000 km sans s’arrêter représente un confort certain. Mais cette liberté a un prix élevé, tant financièrement qu’écologiquement, puisque l’utilisation du moteur thermique génère des émissions qui n’existent pas sur un véhicule 100% électrique.
Face à l’amélioration constante des infrastructures de recharge rapide et à l’augmentation progressive de l’autonomie des véhicules 100% électriques, la pertinence d’un prolongateur d’autonomie devient discutable en 2025. Vous pourriez finalement vous retrouver avec “le pire des deux mondes” : les inconvénients fiscaux du thermique sans ses avantages pratiques, et les limitations d’une petite batterie sans les bénéfices écologiques et économiques d’une vraie voiture électrique.
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