Dans ce pays, les dernières voitures thermiques disparaissent déjà des ventes
La Norvège vient de franchir un cap historique en novembre 2025 avec 97,6% d’immatriculations électriques, laissant les motorisations thermiques dans […]
Sommaire
La poussière de frein transforme vos jantes argentées en surfaces ternes et grises. Imaginez maintenant l’impact sur vos poumons. Quand vous pensez aux émissions automobiles, les freins ne viennent probablement pas en premier à l’esprit. Pourtant, la Commission européenne s’y intéresse de près avec les nouvelles normes Euro 7 qui entreront en vigueur l’année prochaine, imposant des limites strictes sur les émissions particulaires des systèmes de freinage.
Face à ce défi réglementaire, Brembo propose une solution technologique baptisée Greentell, contraction de “green” et “intelligent”. Cette innovation pourrait bien changer la donne pour l’industrie automobile, y compris pour les voitures électriques qui, malgré leur freinage régénératif, restent concernées par ces nouvelles exigences environnementales.
Les normes Euro 7 fixent une limite d’émissions particulaires à 7 mg par kilomètre dès leur introduction, avec un objectif encore plus ambitieux de 3 mg/km en 2035. Ces réglementations concernent tous les véhicules particuliers, avec quelques nuances pour les véhicules électrifiés qui bénéficient de seuils légèrement plus élevés. Cette différenciation s’explique par l’utilisation du freinage régénératif qui réduit la sollicitation des freins à friction.
“Quand l’Euro 7 sera appliquée en Europe, la législation impactera tous les véhicules particuliers ou la plupart d’entre eux”, explique Fabiano Carminati, responsable du développement des disques de frein chez Brembo. “C’est pourquoi nous devions trouver une solution technologique applicable à de gros volumes, pas seulement quelques milliers de pièces par an.”
La solution Brembo repose sur le Laser Metal Deposition (LMD), une forme relativement récente de fabrication additive où des poudres métalliques sont chauffées par laser et pulvérisées sur une surface métallique. Cette technique, comparable à l’impression 3D métallique, permet d’appliquer un revêtement bicouche propriétaire sur la surface des disques de frein.
Le processus LMD s’effectue après l’usinage mais avant la finition finale, ajoutant un temps minimal au processus de fabrication. Les résultats annoncés par Brembo sont impressionnants : une réduction de 90% des émissions particulaires selon la procédure d’essai WLTP (Worldwide Harmonised Light Vehicles Test Procedure).
Au-delà de la réduction des émissions, les disques Greentell offrent des bénéfices tangibles en termes de durabilité. Le revêtement LMD réduit l’usure de surface d’environ 80% par rapport aux disques en fonte traditionnels. Bien que cette amélioration ne se traduise pas directement par une multiplication par cinq de la durée de vie – les disques Greentell étant plus fins que leurs équivalents conventionnels – Carminati indique une longévité supérieure de 20 à 30%.
Cette technologie a nécessité le développement d’un nouveau matériau de plaquettes. “Le couplage entre les disques et les plaquettes est complètement différent de celui d’un matériau en fonte standard”, précise l’ingénieur. En raison de la faible usure de surface, Brembo a créé un nouvel indicateur d’usure : son logo gravé dans la surface. Quand le logo visible disparaît, il est temps de remplacer les disques.
Les disques Greentell adoptent une surface lisse, sans perforations ni rainures. Cette approche peut surprendre les amateurs de voitures de sport habitués aux disques perforés et rainurés. Ces derniers, conçus à l’origine pour prévenir le “dégazage” – un phénomène où les résidus de plaquettes créent une couche entre le disque et la plaquette – génèrent une surface plus abrasive qui augmente les émissions particulaires.
Les progrès en science des matériaux rendent aujourd’hui le dégazage moins problématique. Les perforations et rainures servent désormais principalement à :
Brembo cible principalement le marché européen avec cette technologie, du fait des exigences spécifiques d’Euro 7. L’arrivée aux États-Unis reste possible si des constructeurs en font la demande, bien que ce pays ne dispose pas encore de réglementation sur les émissions particulaires des freins. La stratégie commerciale privilégie les voitures haut de gamme et sportives, segment traditionnel de Brembo.
Pour le marché de la rechange, l’équipementier propose Greenance, un produit similaire visant les mêmes réductions d’émissions. Cette approche dual permet de couvrir tant les besoins des constructeurs que ceux des propriétaires soucieux de réduire leur impact environnemental.
Cette innovation s’inscrit dans un puzzle complexe où constructeurs et équipementiers doivent faire preuve de créativité pour respecter les normes Euro 7. L’électrification des groupes motopropulseurs ne suffit pas à elle seule ; chaque composant du véhicule doit contribuer à l’effort de réduction des émissions. Les disques Greentell représentent ainsi une pièce importante de ce défi technologique et environnemental.
Réagissez à l'article