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La batterie solide de Donut Lab conserve 97,7% de sa capacité après 10 jours

Alexandra Dujonc

Donut Lab vient de publier son troisième rapport de test indépendant réalisé par le VTT, le Centre finlandais de recherche technique. Les résultats confirment que la batterie à électrolyte solide du fabricant conserve 97,7% de sa capacité après être restée au repos pendant 10 jours. Un chiffre qui s’ajoute à la liste des spécifications vérifiées de manière indépendante, mais qui ne répond toujours pas aux questions les plus cruciales concernant cette technologie.

Le rapport VTT-CR-00125-26 se concentre sur l’autodécharge de la batterie, un paramètre essentiel pour les applications réelles. La méthodologie reste simple : VTT a d’abord mesuré la capacité initiale de la cellule DL1, obtenant 26,5 Ah à un taux de 1C, légèrement supérieur aux 26 Ah nominaux annoncés par Donut Lab. Pour le test d’autodécharge, l’organisme finlandais a chargé la cellule à environ 50% de sa capacité (13,335 Ah), puis l’a laissée inactive pendant 240 heures à température ambiante, entre 22 et 28°C, tout en enregistrant la tension toutes les 10 secondes.

Des résultats qui méritent d’être nuancés

Après cette période d’inactivité, VTT a récupéré 13,029 Ah lors de la décharge, soit précisément 97,7% de l’énergie initialement stockée. Les données de tension révèlent des informations intéressantes : la cellule a perdu 60 mV dans les 10 premières secondes et 103 mV durant la première heure. Cette chute correspond principalement à une relaxation de tension après la charge, et non à une véritable autodécharge. Entre la dixième heure et la fin du test, la tension n’a chuté que de 12 mV supplémentaires (de 3,745 mV à 3,733 mV), démontrant une stabilisation remarquable de la cellule.

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Les batteries lithium-ion classiques s’autodéchargent généralement de 1 à 3% par mois à température ambiante. Battery University précise que ces cellules perdent environ 5% dans les 24 premières heures avant de se stabiliser à un rythme de 1 à 2% par mois. Les batteries à électrolyte solide sont théoriquement censées afficher des taux d’autodécharge plus faibles, car leurs électrolytes solides sont moins sujets aux réactions chimiques parasites qui provoquent des pertes d’énergie dans les cellules à électrolyte liquide.

Comparaison avec les technologies existantes

La perte de 2,3% sur 10 jours à 50% de charge n’est pas extraordinaire en soi. Si vous extrapolez linéairement, cela placerait cette batterie dans une fourchette de 5 à 7% par mois, soit pire qu’une batterie lithium-ion conventionnelle. Sauf que l’autodécharge n’est pas linéaire, et la courbe de tension montre que la majorité de la perte se concentre dans la période de relaxation initiale. Le profil de tension extrêmement plat entre la dixième heure et la fin du test, avec seulement 12 mV de dérive sur 230 heures, suggère que le taux d’autodécharge à long terme reste très faible.

Sans une période d’inactivité plus longue, disons 30 ou 60 jours, vous ne pouvez pas vraiment séparer les effets de relaxation initiale de l’autodécharge réelle en régime stable. Le résultat de 97,7% de rétention de capacité est correct, mais il ne bouleverse pas les fondamentaux de la technologie des batteries. VTT a conclu que les tests n’ont causé aucun dommage visible ni changement à la cellule, ce qui constitue au moins un bon indicateur de robustesse.

Trois rapports mais toujours pas les données cruciales

Voici un récapitulatif des tests VTT publiés jusqu’à présent :

  • Premier rapport : charge rapide à 11C (0 à 80% en 4,5 minutes)
  • Deuxième rapport : décharge à haute température jusqu’à 100°C
  • Troisième rapport : autodécharge acceptable avec 97,7% de rétention après 10 jours
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Cette cadence de publication est impressionnante et offre plus de transparence que la plupart des startups spécialisées dans les batteries n’en ont jamais fourni. Le rythme d’un rapport toutes les semaines depuis trois semaines montre une volonté de communication. Pourtant, un schéma se dessine clairement : Donut Lab continue de prouver les affirmations que l’industrie des batteries considère comme réalisables. La charge rapide, la tolérance thermique et la faible autodécharge représentent des défis d’ingénierie, pas des défis physiques insurmontables. Les batteries à électrolyte solide sont naturellement censées bien performer dans ces trois domaines.

Les deux spécifications qui ont suscité les critiques les plus virulentes après le CES restent totalement non testées par un organisme indépendant : la densité énergétique de 400 Wh/kg que le président de Svolt Energy a qualifiée de “physiquement impossible”, et la durée de vie de 100 000 cycles qui dépasserait de plusieurs ordres de grandeur tout ce qui a été démontré dans l’industrie. Les rapports VTT n’incluent ni le poids de la cellule ni ses dimensions physiques, rendant impossible toute vérification indépendante de la densité énergétique à partir des données fournies.

Le poids manquant dans l’équation

Un détail mérite votre attention : le test de capacité initial sur la cellule DL1 a mesuré 26,5 Ah et 91,8 Wh d’énergie de décharge. La spécification nominale indique 94 Wh. Si la cellule pèse environ 235 grammes, cela la placerait effectivement près de la revendication de 400 Wh/kg. Le problème ? VTT ne communique pas le poids, et calculer rétroactivement à partir d’une affirmation de densité énergétique n’équivaut pas à une mesure directe. Vous voyez où se situe la limite de ces tests successifs.

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Marko Lehtimäki, le PDG de Donut Lab, a engagé sa réputation personnelle en promettant d’équiper les motos Verge Motorcycles de ces cellules au premier trimestre 2026. Cette échéance est désormais à quelques jours seulement. La pression monte pour que l’entreprise délivre enfin les preuves complètes de ses revendications les plus audacieuses. Le taux de charge rapide reste probablement l’aspect le plus impressionnant validé jusqu’à présent, même si ce point devient moins différenciant face aux développements chinois comme la batterie Blade de deuxième génération de BYD qui entre actuellement en commercialisation.

Une stratégie de validation progressive

La performance d’autodécharge reste correcte pour des applications réelles. Vous pourriez utiliser cette batterie sans craindre qu’elle se vide complètement après quelques semaines sans utilisation. Un test plus long aurait permis de mieux séparer les effets de relaxation de l’autodécharge réelle, mais ce que VTT a mesuré montre une cellule qui se comporte normalement. Rien de spectaculaire, rien d’inquiétant non plus.

Ce que vous attendez vraiment, ce sont les données sur la densité énergétique et la durée de vie en cycles. Ces spécifications, si elles sont confirmées, feraient de cette batterie une véritable révolution plutôt qu’une simple cellule à électrolyte solide avec de bonnes propriétés thermiques. Tant que VTT ne pèsera pas la cellule et ne la soumettra pas à des milliers de cycles, le verdict reste identique : prometteur mais non prouvé là où ça compte vraiment. Donut Lab se rapproche du moment où l’entreprise devra soit fournir les preuves complètes, soit épuiser sa réserve de revendications faciles à valider. Les prochaines semaines s’annoncent décisives pour la crédibilité de cette technologie qui a tant fait parler d’elle.

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