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Ferrari veut garder l’âme d’un moteur thermique dans une voiture électrique : voici comment

Albert Lecoq

Ferrari prépare sa première voiture électrique, l’Elettrica, et refuse de copier bêtement les solutions de ses concurrents. Alors que Hyundai a popularisé les “fausses vitesses” avec son Ioniq 5 N qui simule une transmission à double embrayage, le constructeur italien développe sa propre approche : les “niveaux de puissance”. Une stratégie qui vise à préserver l’émotion de conduite sans pour autant singer le moteur thermique.

Gianmaria Fulgenzi, responsable du développement produit chez Ferrari, l’explique simplement : “Vous avez besoin de quelque chose à toucher quand vous voulez vous engager avec la voiture.” Cette philosophie guide le développement de l’Elettrica, qui proposera cinq niveaux de puissance distincts, activables via les palettes au volant. Sur autoroute, la voiture restera silencieuse et automatique, mais dès que vous chercherez le plaisir, ces niveaux entreront en jeu.

Pourquoi les “vitesses” restent essentielles même en électrique

Sur circuit, les pilotes ne regardent jamais leur compteur de vitesse. Ils évaluent leur allure grâce à deux éléments : le rapport engagé et le niveau sonore du moteur. Cette information tactile et auditive leur permet d’atteindre un état de flow, totalement immergés dans la conduite. C’est exactement ce qui manque aux véhicules électriques actuels, même les plus performants comme la Porsche Taycan.

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L’approche de Ferrari diffère radicalement de celle d’Hyundai. Là où le constructeur coréen imite fidèlement une transmission à sept rapports, Ferrari crée quelque chose d’inédit. “La chose très importante, c’est que cela divise les niveaux de couple et de puissance. Nous concevons cinq niveaux différents qui peuvent être libérés en succession”, précise Fulgenzi. Cette segmentation de la puissance totale oblige le conducteur à chronométrer ses “passages de rapports” et à rester concentré.

Un système de freinage régénératif théâtralisé

Ferrari a aussi repensé les décélérations. Quand vous abordez un virage et actionnez la palette gauche pour “rétrograder”, le système simule un frein moteur qui reproduit les sensations d’un moteur thermique. Cette approche crée une expérience naturelle, synchronisée avec les accélérations corporelles et accompagnée d’une signature sonore spécifique.

Le constructeur italien ne compte pas non plus rester muet. Plutôt que de générer artificiellement des sons, Ferrari amplifie les vraies vibrations du moteur électrique. Un accéléromètre placé sous l’onduleur arrière capture les micro-vibrations du moteur qui peut monter jusqu’à 25 000 tr/min. Ces données sont ensuite traitées par un algorithme propriétaire pour créer une bande sonore authentique, bien qu’amplifiée.

Les défis techniques de cette approche novatrice

Cette stratégie soulève plusieurs questions pratiques. Comment ces cinq niveaux de puissance se comporteront-ils lors des relances ? Ferrari devra-t-elle brider artificiellement les performances de sa motorisation électrique pour créer cette progressivité ? Le système risque de complexifier l’expérience de conduite, là où l’instantanéité du couple électrique constitue normalement un avantage.

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Les ingénieurs de Maranello travaillent sur l’équilibre entre authenticité et artificialité. Le pari consiste à offrir les sensations d’un moteur thermique sans en copier le fonctionnement. Cette approche pourrait redéfinir l’expérience des supercars électriques, à condition que l’exécution soit à la hauteur des ambitions affichées.

AspectFerrari ElettricaHyundai Ioniq 5 NPorsche Taycan
Système de “vitesses”5 niveaux de puissance8 rapports simulésTransmission automatique
Son artificielAmplification des vibrations réellesSimulation complète DCTSon synthétique Porsche
Régime maximum25 000 tr/minNon communiqué16 000 tr/min

L’héritage de la 296 GTB au service de l’électrique

Ferrari dispose d’un atout majeur : l’expérience acquise avec la 296 GTB. Cette hybride rechargeable démontre que le constructeur maîtrise l’art de préserver l’émotion malgré l’électrification partielle. Sa capacité à rester plus brute et directe que des supercars “simples” comme la McLaren 720S prouve que Ferrari comprend mieux que quiconque le théâtre de la conduite.

Cette expertise sera cruciale pour l’Elettrica. Le défi ne consiste pas seulement à créer une voiture rapide, mais à construire une machine capable de procurer les mêmes émotions qu’une thermique. Les premiers retours sur les prototypes suggèrent que Ferrari pose les bonnes questions et explore les bonnes pistes.

L’Elettrica représente bien plus qu’une simple conversion électrique d’une Ferrari existante. Elle incarne une nouvelle philosophie où la technologie sert l’émotion plutôt que de la remplacer. Si cette approche fonctionne, elle pourrait inspirer toute l’industrie automobile et prouver que les voitures électriques peuvent égaler, voire surpasser, leurs ancêtres thermiques en matière de plaisir de conduite. Reste à voir si cette promesse se concrétisera lors des premiers essais routiers.

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