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Ferrari Luce : au lieu de simuler un V12, la marque a fait quelque chose d’inattendu

Philippe Moureau

Quand on achète une Ferrari, on s’attend à un certain rapport au son. Depuis toujours, le bruit d’un moteur thermique fait partie intégrante de l’expérience de conduite de la marque de Maranello. Avec la Ferrari Luce, son premier véritable véhicule électrique de grande diffusion, la question se posait forcément : comment reproduire cette émotion sans cylindres ni explosion ? La réponse du constructeur italien est aussi surprenante qu’elle est cohérente avec son ADN.

La tendance du son simulé que Ferrari a choisi d’ignorer

Dans l’industrie automobile, la multiplication des voitures électriques hautes performances a engendré une course au son artificiel. Certaines marques, comme Mercedes-AMG avec sa nouvelle berline électrique 4 portes, vont très loin dans la simulation sonore : grondements de moteur thermique diffusés dans les haut-parleurs, vibrations simulées dans l’habitacle, et même changements de rapports fictifs via des palettes au volant. L’objectif est clair — maintenir l’émotion du conducteur en recréant des sensations familières issues du monde thermique.

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Ferrari aurait pu suivre ce chemin sans difficulté. Le constructeur dispose des ressources techniques pour reproduire fidèlement les rugissements d’un V12 atmosphérique ou d’un V8 biturbo. Mais la marque a délibérément refusé cette facilité. Pour Ferrari, simuler un son de moteur à combustion dans une voiture électrique revient à mentir au conducteur. Et visiblement, c’est une compromission que Maranello ne s’autorise pas.

Ce que fait vraiment la Ferrari Luce avec le son

Plutôt que d’injecter un son préenregistré, Ferrari a développé un système qui capte, amplifie et synthétise les sons réels produits par la mécanique du véhicule. Un accéléromètre de haute précision intégré dans l’essieu enregistre les vibrations et la texture dynamique des composants en rotation. Ces données sont ensuite traitées et restituées au conducteur via les haut-parleurs, selon un procédé que Ferrari compare au fonctionnement d’une guitare électrique : l’instrument capte une vibration acoustique et l’amplifie électroniquement sans la dénaturer.

Le résultat est une signature sonore propre à la Luce, sans précédent dans l’univers automobile. Ce son n’est pas constant — Ferrari a veillé à ce qu’il ne soit actif qu’en conduite sportive, sous accélération ou décélération franche, et non en conduite normale où le silence reste total. En clair, vous n’entendrez rien de particulier en ville, mais dès que vous sollicitez la voiture plus vigoureusement, une trame sonore organique et liée à l’activité réelle de la transmission se met en place. C’est discret, mais cohérent.

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Le système Torque Shift Engagement : des palettes qui ne passent pas les vitesses

L’autre innovation marquante de la Luce touche à l’interactivité de la conduite. La voiture est dotée de palettes derrière le volant, mais elles n’ont rien à voir avec un passage de vitesses fictif. Ferrari a baptisé ce système Torque Shift Engagement, et son fonctionnement repose sur une logique propre au moteur électrique :

  • La palette droite augmente progressivement la délivrance du couple en cinq paliers distincts, permettant au conducteur de doser l’accélération de manière graduée.
  • La palette gauche intensifie le freinage par récupération d’énergie, reproduisant la sensation de frein moteur que l’on perçoit lors d’un rétrogradage sur une boîte manuelle traditionnelle.

Ce système est actif en modes Manuel et Performance. Il ne cherche pas à imiter une boîte de vitesses — il exploite les spécificités du moteur électrique pour offrir une vraie modulation au conducteur. Le son synthétisé se synchronise avec chaque activation des palettes, renforçant le retour sensoriel sans tomber dans l’artifice pur. C’est une façon différente de concevoir l’engagement du conducteur, sans passer par la tricherie sonore.

Ce que ça donne à l’écoute, et ce que ça dit de la voiture

Nos confrères de Motor1 ont isolé le son d’accélération de la Luce à partir des vidéos de présentation officielle de Ferrari. Le résultat est singulier : ni rugissant, ni particulièrement évocateur, mais honnête. Ce n’est pas un son qui vous donne la chair de poule comme un flat-plane V8, et ce n’est probablement pas ce que Ferrari cherchait à obtenir. Ce qui est intéressant, c’est que ce son existe parce que la voiture le produit réellement — il n’a pas été composé en studio pour déclencher une réaction émotionnelle calibrée.

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La Ferrari Luce a par ailleurs été l’une des voitures les plus controversées de ces dernières années sur le plan stylistique, accumulant les critiques dès sa présentation. Que l’on adhère ou non à son design, sa philosophie sonore mérite attention. À une époque où beaucoup de constructeurs cherchent à masquer la nature électrique de leurs voitures derrière des illusions acoustiques, Ferrari assume pleinement ce qu’est la Luce. Si l’approche est convaincante en conditions réelles, c’est une question à laquelle seul un essai complet pourra répondre — et ce sera l’un des premiers points à vérifier au volant.

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