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Ferrari l’assume : sa première voiture électrique ne sera pas une supercar

Philippe Moureau

Quand Ferrari annonce qu’elle ne développera pas de supercar électrique dans l’immédiat, l’information fait l’effet d’une petite bombe dans l’industrie automobile. La marque au cheval cabré, qui prépare pourtant sa première voiture électrique baptisée Elettrica, préfère être franche sur les limites actuelles de la technologie électrique plutôt que de se lancer dans une course effrénée vers l’électrification.

Gianmaria Fulgenzi, directeur du développement produit chez Ferrari, l’a récemment confirmé lors d’un événement technique : “Cette voiture ne remplace aucun autre produit. C’est un ajout à notre gamme.” Une position qui tranche avec la stratégie de certains constructeurs qui électrifient à tout-va, parfois au détriment de l’expérience de conduite.

Les contraintes physiques de l’électrique face aux supercars

La réalité technique est implacable. Fulgenzi explique qu’après analyse des meilleurs composants disponibles pour 2026-2028, une voiture électrique biplace sportive ne représenterait pas une révolution architecturale suffisante. Les contraintes physiques fondamentales de la technologie actuelle posent des défis insurmontables pour l’ADN Ferrari.

Le poids constitue l’ennemi numéro un. Là où les supercars traditionnelles misent sur la légèreté pour optimiser le comportement routier, les véhicules électriques embarquent des batteries de plus de 2 tonnes. Cette masse supplémentaire nécessite une assistance direction renforcée et des suspensions plus robustes, éloignant mécaniquement le véhicule de cette communication directe tant recherchée par les puristes.

  • Couple instantané et puissance illimitée des moteurs électriques
  • Surpoids significatif des batteries lithium-ion actuelles
  • Nécessité d’une assistance électronique accrue
  • Compromis difficile entre autonomie et performances
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L’exemple Rimac ou les difficultés du marché électrique sportif

L’expérience de Rimac illustre parfaitement cette problématique. Malgré une hypercar développant 1 914 chevaux, la marque croate peine à convaincre sa clientèle. Au-delà de l’effet nouveauté, les acheteurs de supercars semblent privilégier l’émotion pure d’un V12 atmosphérique face à la froideur technique d’un groupe motopropulseur électrique.

Ferrari l’a bien compris en observant ses concurrents. Porsche a débuté son offensive électrique par la Taycan, une berline quatre portes, avant d’envisager l’électrification des futures 718 Boxster et Cayman. Lamborghini et McLaren adoptent également une approche prudente, préférant perfectionner leurs hybrides avant le grand saut vers le tout-électrique.

La stratégie Ferrari : le grand tourisme électrique comme terrain d’expérimentation

L’Elettrica de Ferrari s’orientera donc vers le segment des grands tourisme quatre places, où la technologie électrique trouve davantage de sens. Ce positionnement permet d’exploiter la masse importante du véhicule – estimée à plus de 2 300 kg – comme un atout pour l’habitabilité et le confort, plutôt que comme un handicap pur.

“Vous pouvez avoir une grande voiture avec la même agilité qu’une plus petite, donc profiter de quatre sièges avec le même plaisir de conduite qu’une biplace”, détaille Fulgenzi. Cette philosophie s’appuie sur une batterie de 122 kWh offrant une autonomie d’environ 480 kilomètres, des chiffres qui positionnent l’Elettrica sur le terrain des Tesla Model S Plaid et Porsche Taycan Turbo S.

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Modèle Puissance Autonomie Poids estimé
Ferrari Elettrica Non communiquée 480 km 2 300+ kg
Porsche Taycan Turbo S 761 ch 440 km 2 295 kg
Tesla Model S Plaid 1 020 ch 600 km 2 162 kg

L’attente des batteries solid-state pour révolutionner le segment

Benedetto Vigna, PDG de Ferrari, ne cache pas les limites actuelles : “La chimie des batteries n’est pas encore là pour faire un supercar.” Cette franchise révèle l’attente du constructeur italien concernant les futures technologies, notamment les batteries solid-state qui promettent une densité énergétique supérieure et un poids réduit.

Ferrari maintient sa stratégie tripartite avec des modèles thermiques, hybrides et électriques “pour un avenir prévisible”. Cette approche pragmatique répond directement aux attentes d’une clientèle qui plébiscite encore massivement les V12 en position avant pour leurs sportives bipasses. La future Amalfi, grand tourisme V8, pourrait d’ailleurs ouvrir la voie à une succession électrique, mais sans calendrier précis.

L’approche Ferrari illustre une réalité technique souvent occultée par l’enthousiasme médiatique autour de l’électrification. Plutôt que de forcer une technologie encore imparfaite sur un segment d’excellence, la marque préfère attendre le bon moment. Une patience qui pourrait bien lui donner raison quand les futures générations de batteries permettront enfin de réconcilier performance pure et zéro émission locale.

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