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FSD de Tesla : des ordinateurs surchauffent après la dernière mise à jour

Philippe Moureau

Depuis fin juin 2026, Tesla déploie une version allégée de son système de conduite supervisée sur ses véhicules les plus anciens. Le FSD v14 Lite — pour Full Self-Driving version 14 Lite — est présenté comme une adaptation compressée du modèle tournant sur le matériel de dernière génération, rendu compatible avec des ordinateurs de bord plus anciens. Sur le papier, l’idée est séduisante. Sur le bitume, certains propriétaires découvrent une réalité moins agréable : leur ordinateur chauffe anormalement, se coupe, et dans quelques cas, rend définitivement l’âme.

Le HW3, un ordinateur de bord poussé dans ses limites

Pour comprendre ce qui se passe, il faut remonter à l’architecture matérielle concernée. Les Tesla produites à partir de 2019 et jusqu’à une bonne partie de l’année 2023 embarquent le Hardware 3, dit HW3. Cet ordinateur de conduite, installé sur environ 4 millions de véhicules dans le monde, dispose de 8 Go de mémoire vive et d’une bande passante mémoire représentant environ un huitième de celle du HW4, la génération actuelle. En d’autres termes, c’est une puce conçue à une époque où les exigences de la conduite autonome supervisée n’avaient pas atteint leur niveau actuel.

Ce décalage entre les ambitions logicielles de Tesla et la capacité réelle du HW3 n’est pas une surprise. Elon Musk l’a lui-même reconnu lors de la présentation des résultats du premier trimestre 2026, en déclarant que le HW3 « n’a tout simplement pas la capacité » de faire tourner une conduite totalement autonome. Pendant plus d’un an, Tesla était d’ailleurs restée bloquée sur la version 12 du logiciel pour ces véhicules, faute de puissance disponible. Le v14 Lite est le résultat d’un travail de compression du modèle HW4 : Tesla a tenté de distiller son intelligence dans un espace matériel nettement plus contraint. C’est techniquement ambitieux, mais visiblement pas sans risque.

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Surchauffe, coupures et ordinateurs remplacés : ce que vivent les propriétaires

Concrètement, plusieurs conducteurs ont publié des captures d’écran du mode service de leur Tesla, montrant des températures de carte grimpant jusqu’à 99 °C, soit bien au-delà du plafond recommandé de 90 °C. L’erreur signalée porte le nom de APP_w141_ECU_Thermal_Issue, un code d’alerte indiquant que la puce Autopilot dépasse ses limites thermiques. Quand ce seuil est franchi, le système force le conducteur à reprendre le volant via le signal visuel des « mains rouges », avant d’afficher le message « Self Driving Unavailable » le temps que la température redescende.

Ce qui est plus préoccupant, c’est la liste des fonctions emportées dans la foulée lors du refroidissement forcé :

  • L’Autopilot standard (maintien de voie, régulateur adaptatif)
  • Les essuie-glaces automatiques
  • L’alerte de franchissement de ligne involontaire
  • Le freinage d’urgence automatique

Chuck Cook, personnalité bien connue de la communauté Tesla pour ses tests réguliers du FSD, a documenté le cas d’une Model Y de 2022 ayant nécessité un remplacement complet de l’ordinateur de bord après l’installation de la mise à jour. Certains propriétaires évoquent également une odeur de brûlé dans l’habitacle, ce qui place la situation au-delà du simple désagrément logiciel.

Cause directe ou coïncidence : le débat reste ouvert

Il serait réducteur d’attribuer l’ensemble des surchauffes au seul v14 Lite. Electrek, qui a relayé une grande partie de ces témoignages, appelle à nuancer : les alertes thermiques sur le HW3 existent depuis plusieurs années, et un nombre significatif de ces véhicules approche maintenant des sept ans d’âge. Un circuit de refroidissement vieillissant, un entretien irrégulier ou des conditions climatiques extrêmes peuvent contribuer indépendamment à ces problèmes.

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Reste que le media note une concentration des signalements autour des périodes d’installation du v14 Lite, et une augmentation des remontées à mesure que le déploiement s’élargit. Un modèle plus gourmand, tournant sur une puce déjà à l’étroit, qui sollicite davantage le système de refroidissement : le lien de causalité tient la route, même si Tesla n’a officiellement reconnu aucun lien direct entre le logiciel et les pannes matérielles. Cette absence de reconnaissance officielle pose une question concrète pour les propriétaires concernés : qui assumera le coût de remplacement de l’ordinateur ?

La promesse de mise à niveau gratuite, enterrée discrètement

Le contexte autour de cette affaire ajoute une couche d’amertume pour les acheteurs de longue date. Lors de ce même appel aux investisseurs du premier trimestre 2026, Tesla a officiellement remplacé la promesse initiale d’une mise à niveau matérielle gratuite vers le HW4 — promise à l’achat du FSD — par une simple remise sur la valeur de reprise du véhicule. En clair, passer du HW3 au HW4 implique désormais d’acheter une nouvelle Tesla. Pour un propriétaire qui a payé le FSD plusieurs milliers d’euros en croyant bénéficier d’une montée en gamme matérielle incluse, le recul est significatif.

En Europe, la situation présente une particularité supplémentaire. Ces mêmes Tesla équipées du HW3, produites entre 2019 et 2023, sont censées recevoir le FSD, alors même que des pays comme la France n’autorisent pas encore la conduite supervisée sur leur réseau routier. Les propriétaires français se retrouvent donc potentiellement exposés aux risques thermiques liés à la mise à jour, sans même pouvoir utiliser la fonctionnalité pour laquelle leur ordinateur est sollicité.

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Le v14 Lite offre-t-il quand même un progrès réel ?

Malgré tout, les résultats de conduite du v14 Lite ne sont pas anodins. Des tests relayés par le site Not a Tesla App font état d’un temps de réaction réduit de 37 % face à un obstacle par rapport aux versions précédentes du FSD sur HW3. C’est une amélioration mesurable, qui justifie l’intérêt du déploiement sur ces véhicules anciens — à condition que l’ordinateur tienne la charge.

Tesla a depuis mis en circulation une version révisée, la 14.3.7, dont les premiers retours d’utilisateurs semblent plus favorables sur le plan thermique. Il est probable que cette mouture intègre des ajustements visant à réduire la sollicitation du HW3, même si aucune note de mise à jour officielle ne détaille ces modifications. Si vous possédez un véhicule Tesla équipé du HW3 et que vous avez reçu le v14 Lite, surveiller régulièrement la température de votre ordinateur via le mode service est une précaution simple mais utile, surtout par temps chaud ou lors d’utilisations prolongées de l’Autopilot.

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