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La fin des moteurs thermiques en 2035 ouvre la porte en grand à la Chine

Philippe Moureau

Il y a environ deux ans, une décision majeure a été prise au sein de l’Union Européenne : d’ici 2035, les véhicules légers à moteur thermique ne seront plus vendus. Sommes-nous face à une politique avant-gardiste ou cela crée-t-il involontairement une opportunité en or pour les constructeurs automobiles chinois ?

Le contexte européen et la réaction des constructeurs

La décision de l’UE fait écho à l’urgence climatique et à la nécessité de diminuer significativement nos émissions de CO2. Elle a été solidement défendue par les constructeurs eux-mêmes, qui à travers Luca De Meo, président de l’Association des Constructeurs Européens d’Automobiles (ACEA), ont affirmé ne pas souhaiter revenir sur cette échéance. L’industrie automobile européenne cherche avant tout un cadre réglementaire stable pour sécuriser ses investissements massifs dans les nouvelles technologies, notamment celles liées aux voitures électriques.

Face à des investissements conséquents en R&D, en équipements et infrastructures, notamment les usines à batteries et les points de charge, remettre en question cette directive serait contre-productif pour la filière. Le challenge est d’importance, mais la direction est clairement définie.

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Le développement de l’industrie automobile chinoise

Contrairement à une idée reçue, l’industrie automobile chinoise n’est pas uniquement puissante dans le domaine des véhicules électriques. Bien que leurs avancées dans ce secteur soient indéniables et soutenues par des politiques gouvernementales initiées dès le début des années 2010, les constructeurs chinois développent parallèlement des gammes considérables de véhicules à moteur thermique. Offrant des moteurs et transmissions à la pointe de la technologie, leurs véhicules thermiques sont compétitifs et souvent moins coûteux à produire et à acquérir que leurs équivalents électriques.

Il est alors simpliste de penser que la fin des moteurs thermiques en Europe constitue un cadeau fait aux constructeurs chinois. Ceux-ci ont su développer de manière parallèle les deux technologies et continuent de prospérer dans des marchés tels que l’Australie, le Brésil, le Mexique et l’Inde où aucune interdiction n’est prévue.

L’impact sur les constructeurs chinois en Europe

Un exemple parlant est celui de MG, marque sous pavillon chinois, devenu le quatrième plus gros vendeur en Espagne en 2023. La version essence de son modèle ZS s’est particulièrement bien vendue, illustrant ainsi que les consommateurs européens ne se tournent pas exclusivement vers l’électrique, même en anticipation d’une interdiction des moteurs thermiques.

Ce succès souligne la complexité de l’équation pour l’Europe : comment harmoniser la transition vers l’électrique tout en préservant la compétitivité de l’industrie locale face à des adversaires de poids qui maîtrisent déjà l’art de la diversification technologique ?

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Le rôle de l’Union Européenne face aux enjeux globaux

Plutôt que de voir cette situation comme une vulnérabilité, l’Union Européenne doit évaluer les moyens de renforcer son industrie automobile face à la montée en puissance des constructeurs chinois. Investir davantage dans la recherche et le développement de technologies propres, ajuster les subventions pour rendre les véhicules électriques plus abordables et améliorer l’infrastructure de recharge sont des pistes cruciales. En parallèle, une réflexion sur la préservation d’une production locale compétitive, tout en respectant les impératifs écologiques, demeure essentielle.

L’Europe, à travers ses politiques, peut également influencer positivement le comportement des consommateurs, en les encourageant à adopter des véhicules plus propres grâce à des incitatifs fiscaux et à une sensibilisation accrue aux enjeux écologiques.

En synthèse, l’annonce de la disparition programmée des moteurs thermiques en 2035 n’est pas en soi un avantage compétitif immédiat pour les constructeurs chinois, mais elle pose des questions stratégiques essentielles pour l’ensemble de l’industrie automobile européenne. Face à une concurrence globale acharnée, l’Europe doit réagir proactivement pour sécuriser sa place sur l’échiquier automobile mondial tout en honorant ses engagements environnementaux.

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