Actu voiture électrique

Cette voiture devait être une révolution, elle est devenue une aberration

Michael Ptaszek

La Karma Revero vient de tirer sa révérence à l’âge de 14 ans, dans l’indifférence générale. Pour être précis, cette hybride rechargeable de luxe avait techniquement 9 ans sous cette appellation. Son histoire tortueuse illustre parfaitement les défis auxquels font face les constructeurs qui tentent de percer sur le marché des véhicules électrifiés premium.

Derrière cette saga se cache Henrik Fisker, designer accompli du BMW Z8, de l’Artega GT et surtout de l’Aston Martin DB9, considérée comme l’une des plus belles voitures des années 2000. Mais visiblement, ces succès ne lui suffisaient pas.

Des débuts prometteurs avec la Fisker Karma

En 2007, Henrik Fisker fonde Fisker Automotive, initialement spécialisée dans la carrosserie sur mesure avec des créations comme la Tramonto (basée sur une Mercedes SL) et la Latigo (dérivée de la BMW Série 6). Mais son véritable objectif était de concevoir une voiture complète.

La Fisker Karma débarque en 2010 comme l’une des premières hybrides de luxe du marché. Esthétiquement, elle fait sensation avec son long capot, ses hanches courtes et son habitacle garni de cuir végétal et d’essences de bois recyclées. Sous le capot, un moteur 2,0 litres Ecotec associé à un système hybride léger promettait une consommation de 4,5 litres aux 100 km. Les panneaux solaires sur le toit constituaient sa signature visuelle distinctive.

A lire également :  Volkswagen ID. Polo : voici un premier tour de roue de la citadine électrique

Cette approche séduisante attire rapidement les célébrités hollywoodiennes, d’Angelina Jolie à Justin Bieber. La Karma brise effectivement les codes des hybrides, jusque-là cantonnées aux citadines économiques. Elle ouvre la voie aux futures supercars électrifiées comme la McLaren P1 ou la BMW i8.

L’effondrement rapide d’un rêve électrifié

La réalité rattrape rapidement les ambitions. Moins d’un an après son lancement, la Karma fait l’objet de rappels pour des risques d’incendie de batterie. Les coûts de réparation astronomiques poussent les investisseurs vers la sortie, précipitant Fisker Automotive vers la faillite.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : en deux ans, seulement 2 000 exemplaires trouvent preneur, bien loin des objectifs commerciaux. Le stock invendu, entreposé dans un parking du New Jersey, sera détruit par l’ouragan Sandy en 2012. Un coup du sort cruel pour un véhicule déjà en difficulté.

  • Rappels massifs pour problèmes de batterie
  • Faillite de Fisker Automotive après deux ans
  • Stock restant détruit par l’ouragan Sandy
  • Seulement 2 000 unités vendues au total

La renaissance chinoise sous le nom Revero

En 2014, des investisseurs chinois rachètent les droits de la Karma et créent Karma Automotive. Le véhicule renaît en 2017 sous l’appellation Revero, soit sept ans après la version originale. Cette première mouture ne bénéficie que de mises à jour mineures du groupe motopropulseur.

A lire également :  Ce moteur-roue électrique affole déjà l’industrie automobile

Les véritables changements arrivent avec la Revero GS-1 en 2021, transformée en hybride rechargeable développant plus de 580 chevaux. Malgré l’amélioration des matériaux intérieurs et la modernisation de la motorisation, la Revero reste fondamentalement un véhicule vieux de 11 ans face à une concurrence renouvelée.

ModèleAnnéePuissanceType
Fisker Karma2010403 chHybride
Karma Revero2017403 chHybride
Karma Revero GS-12021580 chHybride rechargeable

Une fin de parcours dans l’indifférence

Les cinq dernières années d’existence de la Revero ressemblent à une lente agonie commerciale. Les concessionnaires peinent à écouler les stocks, les problèmes de qualité persistent et surtout, les clients boudent massivement le produit. En 2025, à l’heure des Tesla Model 3 et des BYD, plus personne ne connaît la Revero.

Même Henrik Fisker a tourné la page, tentant de relancer la marque éponyme avec de nouveaux modèles, sans plus de succès. La Revero se retrouve dépassée technologiquement et commercialement par une concurrence qui a largement rattrapé son avance esthétique initiale.

Cette disparition marque la fin d’un chapitre particulier de l’histoire des véhicules électrifiés de luxe. La Karma aura eu le mérite d’ouvrir la voie et de démontrer qu’une hybride pouvait séduire au-delà des seuls écologistes convaincus. Son héritage réside dans cette capacité à avoir brisé les codes, même si l’exécution n’a jamais été à la hauteur des ambitions initiales.

A lire également :  Ce que cette analyse révèle sur 1 300 voitures électriques fait réfléchir
Réagissez à l'article
guest

2 Commentaires
Le plus ancien
Le plus récent Le plus populaire
Commentaires en ligne
Afficher tous les commentaires