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La voiture la plus vendue chez nous de Toyota arrive en version 100% électrique

Philippe Moureau

Toyota s’apprête à franchir une étape que beaucoup attendaient depuis longtemps : la Yaris, son modèle le plus vendu sur le Vieux Continent, va rejoindre la famille des véhicules électriques. Après avoir annoncé une version zéro émission pour la Corolla, le constructeur japonais confirme que sa citadine phare suivra le même chemin. Une nouvelle qui intervient alors que Toyota tente de rattraper son retard face à une concurrence européenne déjà bien installée sur le segment électrique.

Une stratégie de diversification des motorisations

Lors du salon de la mobilité de Tokyo en octobre dernier, le PDG Koji Sato avait présenté le concept Corolla en déclarant vouloir proposer de “belles voitures que tout le monde aura envie de conduire”, quelle que soit la motorisation. Cette philosophie s’applique désormais à la Yaris. Andrea Carlucci, vice-président de Toyota Motor Europe, l’a confirmé à nos confrères britanniques : “Si l’électrification est la direction à prendre, nous ne pouvons pas éviter d’avoir une version 100% électrique“. S’il refuse de donner une date précise, il admet que cela semble “assez évident”.

Contrairement à certains constructeurs qui basculent entièrement vers l’électrique, Toyota maintient une approche multi-énergies. La future Yaris sera donc disponible en version électrique, hybride classique et même thermique. Cette stratégie permet au constructeur de s’adapter aux différents marchés européens où les infrastructures de recharge restent inégales et où tous les acheteurs ne sont pas prêts à sauter le pas de l’électrique.

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Une plateforme partagée qui soulève des questions

La prochaine génération de Yaris s’appuiera sur une nouvelle plateforme commune capable d’accueillir plusieurs types de motorisations. Cette architecture modulaire équipera également la Corolla de nouvelle génération. Si cette approche présente l’avantage de rationaliser les coûts de production, elle soulève une interrogation majeure : l’efficience énergétique.

Les plateformes multi-énergies ne peuvent généralement pas rivaliser avec les architectures dédiées exclusivement aux voitures électriques. Ces dernières permettent d’optimiser le placement de la batterie, d’abaisser le centre de gravité et de maximiser l’espace habitable. Pour convaincre les acheteurs, la Yaris électrique devra proposer une autonomie d’au moins 400 kilomètres si elle veut affronter la Renault 5 et la future Volkswagen ID. Polo, deux modèles conçus dès le départ comme des électriques.

Un design modernisé inspiré des dernières créations

Même si Toyota reste discret sur le style définitif, la Yaris électrique devrait emprunter des éléments visuels aux récents modèles du constructeur. Le concept Corolla dévoilé au Japon arbore notamment une face avant baptisée “hammerhead” (tête de marteau) qui donne un caractère plus affirmé au véhicule. On peut s’attendre à ce que la Yaris adopte ce langage stylistique pour se démarquer de la génération actuelle et afficher une image plus moderne.

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Cette refonte esthétique ne sera pas un luxe. Le segment des citadines électriques abordables connaît actuellement une véritable explosion en Europe. Les constructeurs multiplient les lancements, et les acheteurs disposent désormais d’un choix considérable. Toyota devra donc soigner son coup pour que sa Yaris électrique ne passe pas inaperçue dans cette bataille commerciale.

Les chiffres de vente qui justifient cette décision

Si Toyota investit dans l’électrification de la Yaris, c’est avant tout parce que ce modèle représente un pilier de sa stratégie européenne. Les données de 2024 parlent d’elles-mêmes :

  • Yaris Cross : 200 477 unités vendues
  • Yaris : 167 019 exemplaires
  • Gamme Corolla : 155 643 véhicules

Ces performances commerciales contrastent avec la position globale de Toyota sur le marché européen. Le constructeur ne détient que 7% de parts de marché en Europe, un score bien inférieur à ses 15,5% aux États-Unis. Cette différence s’explique notamment par l’absence criante de modèles électriques dans son catalogue européen, alors que la concurrence locale propose déjà des gammes complètes.

Un calendrier de lancement encore flou

D’après nos informations, la Yaris électrique ne devrait pas voir le jour avant fin 2027 ou début 2028. Elle arrivera après la Corolla électrique, dont la commercialisation est prévue courant 2026 ou début 2027. Ce planning relativement éloigné laisse le temps à la concurrence de se renforcer, mais permet aussi à Toyota d’affiner sa technologie de batterie et de bénéficier potentiellement de l’évolution des réglementations européennes.

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La question du prix sera déterminante. Toyota a construit sa réputation sur la fiabilité et un rapport qualité-prix attractif. La marque devra proposer une Yaris électrique à un tarif compétitif, probablement sous la barre des 30 000 euros en finition de base, pour convaincre une clientèle historiquement attachée à ce modèle pour son accessibilité.

L’hybride reste une priorité à court terme

Andrea Carlucci insiste sur un point : la plateforme doit d’abord être “solide” pour les motorisations hybrides, particulièrement sur les petites voitures. Cette déclaration révèle que Toyota ne mise pas tout sur l’électrique. La marque continue de croire en ses technologies hybrides, qui lui ont d’ailleurs permis d’augmenter ses ventes en Chine de 0,2% en 2025, alors que la plupart des constructeurs japonais y reculent.

Aux États-Unis, Toyota affiche même une croissance de 8% sur un an grâce à sa gamme hybride. Cette stratégie d’offrir le choix aux consommateurs semble porter ses fruits hors d’Europe, ce qui explique pourquoi le constructeur refuse d’abandonner le thermique et l’hybride au profit du tout-électrique. La future Yaris conservera donc toutes ces options, chaque acheteur pouvant choisir la motorisation correspondant à son usage et à ses convictions.

Reste à savoir si cette Yaris électrique saura séduire autant que ses versions thermique et hybride. Le pari est risqué sur un marché européen où les habitudes d’achat évoluent rapidement, mais où le prix demeure un critère déterminant pour les citadines. Toyota dispose encore de quelques années pour affiner son offre et proposer un modèle capable de rivaliser avec les références du segment. La partie est loin d’être gagnée d’avance.

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