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La voiture électrique de Lamborghini ne verra pas le jour pour une simple et bonne raison

Albert Lecoq

Le constructeur italien fait marche arrière sur sa stratégie d’électrification. Lamborghini vient de confirmer l’annulation pure et simple de son premier véhicule électrique, le Lanzador, dont la production était initialement prévue pour 2028 ou 2029. Cette décision surprenante intervient après que l’Union européenne a assoupli son calendrier concernant l’interdiction de vente des véhicules thermiques en 2035. Stephan Winkelmann, le PDG de la marque au taureau, justifie ce revirement par une demande quasi inexistante de la part de la clientèle. Selon lui, investir massivement dans le développement d’une voiture électrique serait “financièrement irresponsable” dans le contexte actuel. Le Lanzador pourrait néanmoins ressurgir sous une forme différente, équipé cette fois d’une motorisation hybride rechargeable.

Du concept électrique au projet abandonné

Présenté en août 2023 lors du prestigieux Concours d’Elegance de Pebble Beach, le Lanzador avait pourtant suscité un véritable intérêt. Ce GT surélevé au format 2+2 affichait des ambitions techniques impressionnantes : deux moteurs électriques, un sur chaque essieu, devaient délivrer une puissance combinée dépassant les 1 360 chevaux. La carrosserie deux portes au style distinctif marquait une nouvelle direction pour Lamborghini, s’éloignant des berlinettes basses traditionnelles pour embrasser un format de crossover sportif.

Les spécifications techniques restaient volontairement floues au stade du concept, mais le projet semblait bien avancé. Lamborghini avait manifestement investi des ressources substantielles dans le développement de ce modèle qui aurait dû marquer son entrée dans l’ère de la mobilité électrique. L’architecture prévoyait une transmission intégrale avec gestion active de la puissance entre les essieux, une technologie que la marque maîtrise déjà sur ses modèles thermiques comme l’Aventador ou l’Huracán.

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Les raisons d’un revirement stratégique

Le changement de cap s’explique par plusieurs facteurs convergents. Winkelmann évoque ouvertement un intérêt “proche de zéro” pour ce type de véhicule auprès de la clientèle traditionnelle de Lamborghini. Cette affirmation peut surprendre quand on connaît l’attrait de certains acheteurs fortunés pour les technologies de pointe. La véritable question reste de savoir si cette perception reflète une réalité du marché ou une anticipation conservatrice du constructeur.

L’assouplissement du calendrier européen pour 2035 change considérablement la donne. Les constructeurs doivent réduire leurs émissions de CO2 de 90% par rapport à 2021, mais le report de l’interdiction totale des moteurs thermiques leur offre davantage de flexibilité. Pour Lamborghini, dont l’ADN repose sur le théâtre sonore des moteurs V10 et V12, cette marge de manœuvre représente une opportunité de conserver plus longtemps ce qui fait l’essence même de la marque. Les clients payant plusieurs centaines de milliers d’euros pour une supercar attendent généralement des sensations acoustiques que l’électrique ne peut pas reproduire.

L’hybride rechargeable comme compromis probable

Le Lanzador pourrait donc réapparaître avec une motorisation hybride rechargeable. Cette solution technique présente plusieurs avantages pour un constructeur comme Lamborghini. Elle permet de satisfaire les régulations environnementales tout en préservant l’expérience sensorielle d’un moteur thermique. La marque possède déjà une certaine expérience dans ce domaine avec l’Urus PHEV, son SUV hybride rechargeable qui développe 789 chevaux et offre jusqu’à 60 kilomètres d’autonomie en mode électrique.

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Cette orientation vers l’hybride rechargeable s’inscrit dans une tendance plus large du segment premium. Les motorisations PHEV offrent des performances élevées grâce à la combinaison d’un moteur thermique puissant et d’un ou plusieurs moteurs électriques, tout en permettant des trajets courts en mode zéro émission. Pour les acheteurs de véhicules de luxe, cela représente un compromis acceptable entre conscience environnementale et plaisir de conduite traditionnel.

Une stratégie à contre-courant de la concurrence

La position de Lamborghini contraste fortement avec celle d’autres constructeurs de voitures de luxe. Ferrari maintient son programme électrique et prévoit de dévoiler son premier modèle à batterie, baptisé Luce, courant 2025. Le constructeur de Maranello, tout aussi attaché au moteur thermique que son compatriote de Sant’Agata Bolognese, semble convaincu de l’existence d’un marché pour une Ferrari électrique. Cette divergence d’approche entre les deux rivaux italiens illustre les incertitudes qui planent sur ce segment.

Du côté de Porsche, les signaux sont également contradictoires. Le Cayenne électrique, construit sur la plateforme PPE, a été lancé avec des perspectives commerciales positives. La marque allemande croit manifestement au potentiel d’un SUV de luxe électrifié. Bentley suit le même chemin avec son “SUV urbain” électrique qui partagera la même architecture technique. Audi confirme par ailleurs que son projet de voiture de sport électrique reste d’actualité, malgré les turbulences du marché.

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Le pari risqué des véhicules électriques de luxe

Winkelmann qualifie les véhicules électriques de luxe de “passe-temps coûteux”, une formulation qui reflète son scepticisme quant à leur viabilité commerciale. Cette prudence se comprend dans un contexte où les investissements nécessaires au développement d’une nouvelle plateforme électrique se chiffrent en milliards d’euros. Pour un constructeur produisant moins de 10 000 véhicules par an comme Lamborghini, le risque financier est proportionnellement plus important que pour des marques aux volumes plus élevés.

Les prochains mois permettront de valider ou d’infirmer cette analyse. Si la Ferrari Luce rencontre le succès escompté, Lamborghini pourrait reconsidérer sa position. À l’inverse, un accueil tiède du marché donnerait raison à la stratégie conservatrice adoptée actuellement. La clientèle ultra-premium, souvent collectionneurs possédant plusieurs véhicules, pourrait se montrer moins réticente qu’anticipé face à un modèle électrique, surtout si celui-ci conserve le caractère exclusif et les performances spectaculaires attendues de la marque.

Lamborghini continue donc de miser sur l’hybridation progressive de sa gamme plutôt que sur un saut direct vers le tout électrique. Cette approche pragmatique lui permet de gagner du temps pour observer l’évolution du marché et les réactions des concurrents. Le constructeur dispose déjà d’une base technique solide avec l’Urus PHEV et pourra l’adapter à d’autres modèles si nécessaire. La question reste de savoir combien de temps cette stratégie d’attente restera tenable face aux exigences réglementaires croissantes et à l’évolution potentielle des attentes de la clientèle.

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