Actu voiture électrique

Les batteries françaises pour voitures électriques accumulent les problèmes de production et de qualité

Alexandra Dujonc

L’ambitieux projet industriel français ACC (Automotive Cells Company) traverse une période particulièrement délicate. Née de l’alliance entre Stellantis, TotalEnergies et Mercedes en 2020, cette entreprise devait incarner la réponse européenne à la domination chinoise dans le secteur des batteries pour véhicules électriques. Pourtant, cinq ans après sa création, les difficultés s’accumulent et remettent en question la capacité de l’industrie européenne à rattraper son retard face aux géants asiatiques comme BYD et CATL.

Une production qui peine à décoller malgré les investissements

L’usine de Douvrin dans le Pas-de-Calais représente l’un des espoirs les plus concrets de souveraineté énergétique européenne. Elle produit actuellement les batteries de 97 kWh qui équipent plusieurs modèles phares du groupe Stellantis : les Peugeot E-3008 et e-5008, ainsi que la DS N°8. Le Citroën ë-C5 Aircross devrait également bénéficier de cette technologie française, bien que les commandes ne soient pas encore ouvertes pour sa version grande autonomie.

Les chiffres de production restent préoccupants. L’usine française parvient difficilement à dépasser 10 000 cellules par jour, un rythme largement insuffisant par rapport aux objectifs annoncés de 300 000 équivalents-véhicules par an. Cette cadence limitée s’explique en partie par les déboires initiaux de l’entreprise, contrainte de jeter une part importante de sa production initiale en raison de problèmes de qualité. Même avec l’assistance technique chinoise obtenue par la suite, la montée en puissance reste laborieuse.

A lire également :  Une nouvelle façon de fabriquer les voitures pourrait faire baisser leur prix de 15 à 20 %

Des délais de livraison catastrophiques pour les clients

Les conséquences de ces difficultés de production se répercutent directement sur les consommateurs. Les délais d’attente atteignent des niveaux record pour les véhicules équipés de la batterie française de 97 kWh :

  • Peugeot E-3008 97 kWh : livraison en novembre 2026 (contre mars pour la version 73 kWh BYD)
  • DS N°8 97 kWh : livraison en octobre 2026 (contre juin pour la petite batterie)
  • Citroën ë-C5 Aircross : commandes fermées pour la grande autonomie

Cette situation génère une frustration croissante chez les clients, dont beaucoup annulent leurs commandes face aux reports successifs. Sur les réseaux sociaux, les témoignages se multiplient, notamment de la part d’acheteurs britanniques contraints de repasser commande avec des délais supplémentaires de 6 à 8 mois. Certains concessionnaires n’hésitent plus à annuler purement et simplement les commandes, incapables d’assurer les livraisons dans des délais raisonnables.

Des défauts techniques qui s’ajoutent aux problèmes logistiques

Au-delà des retards de production, les rares véhicules équipés de batteries ACC souffrent de problèmes techniques significatifs. Les premiers retours d’expérience révèlent des performances de charge plus lentes qu’annoncé et une puissance réelle inférieure aux spécifications promises. Ces défauts techniques alimentent les doutes sur la maturité technologique d’ACC et sa capacité à rivaliser avec les standards chinois.

A lire également :  Un constructeur chinois se prend pour Range Rover et détruit un monument historique
Problème identifiéImpact sur l’utilisateurComparaison avec la concurrence
Vitesse de charge réduiteTemps d’arrêt prolongésInférieure aux batteries BYD
Puissance disponible limitéePerformances dégradéesÉcart avec les promesses marketing
Délais de livraisonAttente de plus d’un anConcurrence livrée sous 6 mois

L’industrie européenne face à ses limites

Les difficultés d’ACC s’inscrivent dans un contexte plus large de fragilité industrielle européenne. La récente faillite de Northvolt, pourtant considéré comme un champion suédois des batteries, ainsi que la suspension des activités de Novo Energy, illustrent les défis considérables que rencontre le Vieux Continent pour développer une filière autonome.

Face à ces échecs répétés, l’industrie européenne explore de nouvelles pistes technologiques. Une entreprise franco-belge travaille actuellement sur le développement de batteries solides, une technologie potentiellement révolutionnaire qui pourrait permettre à l’Europe de reprendre l’initiative. L’objectif affiché est une production à grande échelle dès 2030, mais cette échéance paraît encore lointaine au regard des besoins actuels du marché.

Les déboires d’ACC révèlent la complexité de rattraper un retard industriel face à des concurrents chinois qui bénéficient d’années d’avance et d’un écosystème complet maîtrisé, des matières premières aux technologies de pointe. Pour les constructeurs européens et leurs clients, cette situation impose des choix difficiles entre souveraineté industrielle et performance immédiate, dans un marché où la patience des consommateurs atteint ses limites.

A lire également :  Les voitures électriques les plus vendues restent américaines, mais plus pour longtemps
Réagissez à l'article
guest

15 Commentaires
Le plus ancien
Le plus récent Le plus populaire
Commentaires en ligne
Afficher tous les commentaires