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Pendant que l’Europe débat encore de ses objectifs climatiques et de l’avenir du moteur thermique, plusieurs pays africains avancent avec une détermination assez frappante. Après l’Éthiopie, qui a interdit les importations de véhicules à moteur thermique il y a plus de deux ans, c’est au tour de l’Ouganda d’annoncer une stratégie nationale de mobilité électrique ambitieuse. L’objectif : éliminer totalement les carburants fossiles des transports publics d’ici 2030. Voici ce que vous devez savoir sur ce plan et ce qu’il dit, en creux, de l’évolution mondiale du secteur électrique.
Le gouvernement ougandais a officiellement présenté sa National E-Mobility Strategy, un programme dont le coût total est estimé à 1,7 milliard de dollars. L’ambition est claire : convertir l’intégralité du parc de bus urbains et de mototaxis — ces deux-roues motorisés qui constituent l’épine dorsale des déplacements quotidiens dans de nombreuses villes du pays — vers des motorisations 100 % électriques avant la fin de la décennie. Winstone Katushabe, commissaire à la réglementation et à la sécurité des transports au ministère des Travaux et des Transports, résume la vision de l’État : « Le gouvernement a fait de la mobilité électrique un levier central du développement durable. Très bientôt, vous verrez des bus électriques circuler à Kampala. »
Au-delà de la seule décarbonation des transports, ce plan prévoit également le déploiement de jusqu’à 3 500 bornes de recharge publiques sur l’ensemble du territoire, une infrastructure qui conditionne évidemment la réussite de toute transition à grande échelle. Les promoteurs du projet avancent des projections économiques significatives : une contribution de 12,5 % au PIB ougandais, la création de plus de 500 000 emplois dans le secteur de la fabrication verte, et une réduction de plus de 25 % des émissions liées aux transports. Ces chiffres restent des projections, et leur réalisation dépendra de nombreux facteurs, mais ils illustrent l’ampleur des ambitions portées par cette stratégie.
Pour mener à bien cette transition, l’Ouganda compte s’appuyer en grande partie sur KMC (Kiira Motors Corporation), son constructeur automobile public, basé à Jinja. Cette entreprise d’État a déjà mis en service 37 bus électriques dans le cadre d’un programme pilote opérant sur le corridor Jinja-Iganga, dans l’est du pays. C’est peu à l’échelle nationale, mais c’est un point de départ concret, avec un retour d’expérience terrain que peu de pays africains peuvent déjà revendiquer.
Le reste du parc devrait, selon toute vraisemblance, s’appuyer sur des véhicules importés, probablement en provenance de Chine, dont les constructeurs sont particulièrement bien positionnés sur le segment des véhicules électriques abordables et des bus urbains électriques à destination des marchés émergents. BYD, Yutong ou encore CRRC ont déjà signé des contrats similaires dans d’autres pays du continent. L’Ouganda disposera ici d’un levier de négociation intéressant, surtout si la production locale de KMC monte en puissance.
Du côté du financement, Cosmas Twikirize, responsable de la chaîne de valeur industrielle au ministère des Sciences et de l’Innovation, indique que les engagements obtenus lors du premier tour de table avec les partenaires ont déjà atteint 800 millions de dollars, soit près de la moitié du budget total du programme. Ce n’est pas négligeable pour un pays dont le PIB par habitant reste modeste, et cela témoigne d’un intérêt réel de la part d’investisseurs et de partenaires institutionnels.
La réalité du terrain, toutefois, invite à relativiser l’optimisme officiel. Selon Winstone Katushabe lui-même, l’Ouganda compte aujourd’hui environ 5 000 motos électriques en circulation — ce qui représente moins de 1 % du parc total de véhicules du pays. Autrement dit, la marge de progression est considérable, et le chemin pour atteindre une électrification complète des transports publics en moins de quatre ans sera particulièrement exigeant.
Voici les principaux piliers sur lesquels repose concrètement cette stratégie :
Il y a quelque chose d’assez saisissant à observer des pays comme l’Éthiopie ou l’Ouganda prendre des décisions aussi tranchées sur l’avenir de leurs transports, pendant que certains États européens jouent encore la montre sur les délais de sortie du thermique. L’Éthiopie a instauré une interdiction totale des importations de véhicules à moteur à combustion interne il y a plus de deux ans déjà — une mesure que peu de gouvernements occidentaux oseraient annoncer, quelle que soit leur couleur politique.
Pour l’Ouganda, les motivations sont à la fois écologiques et économiques. La dépendance aux importations de carburants fossiles pèse lourd sur la balance commerciale d’un pays qui ne dispose pas de ressources pétrolières significatives. Réduire cette dépendance tout en développant une industrie locale autour de la mobilité électrique, c’est un double levier de souveraineté économique que Kampala entend bien actionner. Si le plan tient ses promesses, l’Ouganda pourrait se positionner comme une référence sur le continent en matière de transport public décarboné — et cela, bien avant de nombreux pays que l’on considère comme plus avancés technologiquement.
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