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Mitsubishi se lance à son tour dans les robots humanoïdes face à Tesla

Albert Lecoq

On connaît Mitsubishi pour ses voitures, ses climatiseurs et ses écrans plats. Moins pour ses robots humanoïdes. Et pourtant, le constructeur japonais vient de signer un accord de partenariat avec la startup Highlanders, issue de l’Université de Tokyo, pour co-développer et produire des robots à forme humaine directement dans l’une de ses usines au Japon. L’objectif affiché : atteindre une cadence de production de 1 000 robots par mois. Ce n’est pas de la science-fiction, c’est le calendrier prévu pour 2027.

Mitsubishi, bien plus qu’un constructeur automobile

Si vous pensez que Mitsubishi se résume à l’Eclipse Cross ou à l’Outlander PHEV, vous ne voyez qu’une partie du tableau. Le groupe est en réalité reconnu mondialement dans le secteur de l’automatisation industrielle et des systèmes de contrôle. C’est précisément dans cet écosystème que s’inscrit ce nouveau projet. L’accord de coopération, formalisé par un mémorandum d’entente (MOU) signé le mois dernier, prévoit de déployer ces robots humanoïdes en priorité dans les propres installations de fabrication de Mitsubishi Motors.

L’usine choisie est particulièrement symbolique : il s’agit de l’ancienne usine de moteurs thermiques de Kyoto, aujourd’hui reconvertie. Autrement dit, le site qui produisait des blocs-moteurs à combustion interne servira demain à assembler des robots destinés à travailler aux côtés des humains. Takao Kato, PDG de Mitsubishi Motors, résume l’ambition ainsi : « Notre collaboration avec Highlanders représente un défi visant à construire une nouvelle base industrielle dans laquelle humains et robots travaillent ensemble. »

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Le robot HL Human : ce qu’il a dans le corps

Le modèle phare développé par Highlanders s’appelle le « HL Human ». Sa conception repose sur une architecture mécanique à 19 degrés de liberté (DOF), ce qui lui permet d’effectuer des mouvements proches de ceux d’un être humain. Il est équipé d’actionneurs électriques haute performance et piloté par une intelligence artificielle capable de percevoir son environnement, de planifier ses mouvements et d’interagir en langage naturel avec ses collègues humains.

Les domaines d’application visés sont concrets et répondent à des besoins réels :

  • Fabrication industrielle : exécution de tâches complexes et répétitives sur les lignes de production
  • Logistique : manutention, tri et déplacement de charges dans des entrepôts
  • Construction : interventions dans des environnements contraignants ou dangereux
  • Intervention d’urgence : zones sinistrées, espaces radioactifs ou contaminés, où l’exposition humaine est à éviter absolument

Ce dernier point mérite qu’on s’y attarde. L’argument commercial ne se limite pas à la productivité ou à la réduction des coûts. Dans certains secteurs, comme le nucléaire ou les catastrophes naturelles, le recours à des robots humanoïdes répond à une logique de protection de la vie humaine, pas seulement d’optimisation économique. Le Japon, pays régulièrement confronté à des séismes et ayant vécu Fukushima, a des raisons très concrètes d’investir dans ce domaine.

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Un marché encombré mais pas encore homogène

Le secteur des robots humanoïdes attire aujourd’hui un nombre croissant d’acteurs industriels et technologiques. Ce qui est frappant, c’est la ressemblance des approches : contrairement au marché des voitures électriques, où Mitsubishi avec l’iMiEV, Nissan avec la Leaf et Tesla avec la Model S avaient pris des directions franchement différentes dès le départ, les fabricants de robots humanoïdes cherchent peu ou prou à construire la même chose. Un corps bipède, des bras articulés, une tête équipée de capteurs, et une IA embarquée pour tout orchestrer.

Dans ce contexte, la différenciation se fera sur l’exécution, la fiabilité en conditions réelles et la capacité à passer à l’échelle industrielle. Sur ce dernier point, Hyundai — via son acquisition de Boston Dynamics — dispose d’une avance technologique difficilement contestable. Tesla, avec Optimus, capitalise sur sa visibilité médiatique et sa base d’investisseurs convaincus, mais le robot du constructeur américain n’a pas encore démontré sa supériorité opérationnelle sur le terrain. Mitsubishi, lui, mise sur une stratégie différente : intégrer directement le robot dans ses propres chaînes de production pour le tester, l’améliorer en conditions réelles, puis le commercialiser.

Ce que ce virage signifie pour l’industrie automobile électrique

Le lien entre robotique humanoïde et voitures électriques n’est pas anodin. Les deux secteurs partagent des briques technologiques fondamentales :

  • Technologie des batteries : alimentation embarquée, gestion thermique, densité énergétique
  • Moteurs et servomoteurs électriques : miniaturisation, couple, rendement
  • Intelligence artificielle embarquée : perception de l’environnement, prise de décision en temps réel
  • Automatisation des lignes de production : les usines qui fabriquent des véhicules électriques sont déjà hautement robotisées
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Les constructeurs automobiles qui ont investi massivement dans l’électrification se retrouvent donc avec un socle de compétences directement transposable à la robotique humanoïde. Ce n’est pas un hasard si des noms comme Toyota, Honda, Hyundai ou désormais Mitsubishi se retrouvent dans les deux secteurs simultanément. La mutation industrielle en cours dépasse largement le seul enjeu de la motorisation des véhicules.

Pour Mitsubishi Motors spécifiquement, ce partenariat avec Highlanders représente aussi une manière de diversifier ses revenus à un moment où sa position sur le marché automobile mondial reste fragile face à des géants comme Toyota ou des challengers chinois en pleine expansion. Produire et vendre des robots industriels à d’autres entreprises, tout en s’en servant pour optimiser ses propres usines, est une stratégie qui a le mérite d’être cohérente. Reste à voir si la cadence de 1 000 unités mensuelles sera réellement atteinte dès 2027, ou si, comme souvent dans ce secteur, les annonces devanceront légèrement la réalité industrielle.

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