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Pour se sauver, Stellantis appelle la Chine à l’aide

Albert Lecoq

Le géant automobile Stellantis traverse une période difficile. Après avoir enregistré une perte nette de 22,3 milliards d’euros en 2025, la première de son histoire, le constructeur qui détient des marques comme Jeep, Peugeot ou Fiat cherche désormais des solutions pour redresser la barre. L’une des pistes envisagées pourrait surprendre : faire appel à la technologie chinoise pour rendre ses voitures électriques plus abordables. Une stratégie qui marquerait un tournant pour un constructeur occidental.

Des pertes colossales qui obligent à revoir la stratégie

Les chiffres donnent le vertige. La perte enregistrée par Stellantis s’explique principalement par une dépréciation d’actifs de 25,4 milliards d’euros, liée à l’abandon de plusieurs projets électriques. Antonio Filosa, le PDG du groupe, n’y va pas par quatre chemins : il pointe du doigt “le coût d’une surestimation du rythme de la transition énergétique”. Le message est clair, Stellantis doit effectuer une remise à plat complète de son approche.

Face à cette situation, le constructeur ajuste son fusil. Exit la focalisation exclusive sur l’électrique, place à une gamme diversifiée combinant véhicules électriques, hybrides et même thermiques. Cette stratégie n’est pas sans rappeler celle adoptée par Ford et General Motors outre-Atlantique. Reste que sur le marché européen, Stellantis ne peut ignorer la montée en puissance de BYD, MG, Chery et d’autres marques chinoises qui grignotent progressivement des parts de marché.

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Le partenariat avec Leapmotor comme bouée de sauvetage

Pour contrer cette concurrence asiatique et proposer des véhicules électriques à des prix compétitifs, Stellantis explore une piste inattendue : intégrer de la technologie chinoise dans ses modèles grand public européens. Selon plusieurs sources, le groupe envisagerait d’élargir son partenariat avec Leapmotor, un constructeur chinois, pour exploiter ses technologies de batteries et de chaînes de traction électriques.

Cette collaboration concernerait des marques populaires comme Fiat, Opel et Peugeot. L’objectif ? Réduire drastiquement les coûts de production pour démocratiser l’accès aux modèles électriques. Si cette stratégie se concrétise, Stellantis deviendrait le premier grand constructeur occidental à franchir ce cap : utiliser des batteries et des motorisations chinoises dans des voitures vendues sur le sol européen. Un précédent qui pourrait bien inspirer d’autres acteurs du secteur.

Les avantages d’une telle collaboration

Les bénéfices potentiels d’un tel accord ne manquent pas. Voici ce que Stellantis pourrait y gagner :

  • Une réduction significative des coûts d’investissement en recherche et développement
  • Un accès à des technologies de pointe déjà éprouvées sur le marché asiatique
  • Une commercialisation plus rapide de modèles électriques à prix accessible
  • La possibilité de se concentrer sur d’autres aspects comme le design et l’expérience utilisateur

Les discussions en seraient encore à un stade préliminaire, mais Stellantis espère finaliser un accord d’ici la fin de l’année 2026. Le chemin s’annonce semé d’embûches : obstacles réglementaires, questions relatives à la protection des données et restrictions américaines constituent autant de défis à surmonter.

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Un modèle déjà testé sur le terrain

Stellantis ne part pas de zéro dans cette aventure chinoise. Le groupe commercialise déjà le SUV Leapmotor C10 sur le marché européen. Les premiers retours semblent encourageants puisque le constructeur prévoit d’étendre la distribution de ce véhicule vers l’Amérique du Sud et l’Asie du Sud-Est. Cette expérience concrète avec les produits Leapmotor donne à Stellantis une certaine légitimité pour envisager un partenariat plus approfondi.

Une tendance qui dépasse Stellantis

Le groupe italo-américain n’est pas le seul à lorgner du côté de la Chine. Toyota, Volkswagen, Nissan et Hyundai ont déjà commencé à puiser dans le réservoir technologique chinois pour accélérer leur transformation électrique. La raison est simple : la Chine a pris plusieurs années d’avance sur la production de masse de batteries performantes et abordables, ainsi que sur l’intégration de systèmes électriques sophistiqués.

Pour vous donner une idée, BYD produit désormais plus de véhicules électriques que la plupart des constructeurs traditionnels occidentaux. Face à cette réalité, les géants européens et américains doivent choisir : investir des milliards pendant des années pour rattraper leur retard, ou collaborer avec ceux qui maîtrisent déjà ces technologies. Stellantis semble avoir tranché.

Les enjeux pour le marché européen

Cette stratégie intervient à un moment critique. Volkswagen, Renault et d’autres constructeurs européens s’apprêtent à lancer une nouvelle génération de modèles électriques d’entrée de gamme dans les prochaines années. La concurrence s’intensifie, et les marques chinoises continuent de proposer des véhicules toujours mieux équipés à des tarifs agressifs. Pour Stellantis, chaque mois compte.

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L’intégration de composants chinois dans des voitures européennes soulève évidemment des questions. Les consommateurs accepteront-ils cette origine technologique ? Les autorités européennes, qui ont déjà imposé des droits de douane sur certains véhicules électriques chinois, verront-elles d’un bon œil cette stratégie ? Stellantis devra naviguer habilement entre ces différentes contraintes pour transformer ce qui ressemble aujourd’hui à une bouée de sauvetage en véritable levier de croissance.

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