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Tesla FSD en Europe : les propriétaires d’anciennes Tesla réclament leur dû

Albert Lecoq

Le déploiement tant attendu du système Full Self-Driving de Tesla en Europe prend une tournure délicate. Les propriétaires de véhicules équipés du matériel HW3 découvrent qu’ils ne pourront pas profiter des fonctionnalités pour lesquelles ils ont pourtant payé plusieurs milliers d’euros. Aux Pays-Bas, un propriétaire de Model 3 a décidé de passer à l’action en lançant un site de réclamation collective pour regrouper les conducteurs lésés à travers l’Union européenne.

Mischa Sigtermans, qui a acquis sa Tesla en 2019, fait partie des premiers acheteurs néerlandais de la marque. Il a déboursé 6 400 euros pour le package FSD à l’époque, avec la promesse d’une conduite autonome complète. Sept ans plus tard, l’approbation officielle du système aux Pays-Bas lui a fait réaliser que son véhicule restera sur le bord de la route. Son message sur les réseaux sociaux a généré 75 000 vues en une nuit, preuve que la frustration est largement partagée.

Une approbation officielle qui exclut les premiers acheteurs

L’autorité néerlandaise RDW a accordé son homologation au FSD Supervised de Tesla le 10 avril dernier, selon la réglementation UN R-171. Cette validation marque une première dans l’Union européenne et ouvre la voie à un déploiement plus large sur le continent durant l’été. Le problème réside dans le fait que cette approbation ne concerne que les véhicules équipés de l’ordinateur AI4, la version la plus récente du système embarqué.

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Les propriétaires dont les voitures embarquent le matériel HW3 (également appelé FSD Computer 3.0) se retrouvent donc exclus au lancement. Tesla a vaguement évoqué une version allégée baptisée “v14 Lite” pour ces véhicules, prévue pour le deuxième trimestre, mais il s’agit d’un produit différent de ce qui avait été vendu initialement. Aux Pays-Bas, le package FSD était proposé entre 5 300 euros en précommande et 7 500 euros après livraison, des sommes considérables pour une fonctionnalité qui ne verra finalement jamais le jour telle que promise.

Les propres brevets de Tesla révèlent les limites techniques

La situation devient encore plus problématique quand on examine les documents officiels de Tesla. Un brevet américain déposé par le constructeur décrit la méthode mathématique utilisée pour faire fonctionner un modèle FSD moderne sur le matériel HW3. Ce document reconnaît explicitement que cette solution de contournement peut rendre le système “inopérable” pour les unités de perception d’un système de conduite autonome. Il ne s’agit pas d’une interprétation externe, mais bien du langage employé par Tesla dans sa propre documentation technique.

Cette révélation s’ajoute aux déclarations d’Ashok Elluswamy, vice-président de l’IA chez Tesla, qui a admis en août 2024 que le HW3 faisait tourner un “modèle relativement plus petit” que l’AI4, avec des solutions de contournement pour émuler des opérations qui fonctionnent nativement sur la nouvelle puce. Elon Musk lui-même a reconnu en janvier 2025 la nécessité de “remplacer tous les ordinateurs HW3 dans les véhicules où le FSD a été acheté”.

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Un précédent australien qui fait jurisprudence

Les propriétaires néerlandais ne sont pas les premiers à réagir. En octobre 2025, des milliers d’automobilistes australiens ont rejoint une action collective contre Tesla pour publicité mensongère concernant les capacités du FSD et des systèmes d’aide à la conduite. Cette action, menée par le cabinet Echo Law, concerne les propriétaires de Model 3 et Model Y ayant acheté ou loué leur véhicule entre mai 2021 et février 2025.

Rebecca Jancauskas, directrice du cabinet juridique, a résumé la plainte : “Tesla a fait des promesses sur la sécurité, les performances et les fonctionnalités comme la ‘conduite entièrement autonome’, mais nous avons constaté que beaucoup de ces promesses ne sont pas tenues.” L’Europe représente un terrain juridique encore plus favorable aux consommateurs que les États-Unis. Le droit européen de la consommation offre aux acheteurs des protections solides concernant la conformité avec ce qui a été annoncé lors de la vente.

Les chiffres qui fâchent

Selon les propres estimations de Tesla, environ 4 millions de véhicules ont été livrés avec le matériel HW3. Parmi eux, des centaines de milliers de propriétaires ont payé pour le package FSD. Le site hw3claim.nl lancé par Sigtermans vise précisément à regrouper ces propriétaires européens pour négocier avec Tesla ou, si nécessaire, poursuivre une action en justice collective.

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Quinze mois après l’admission publique d’Elon Musk lors de la conférence sur les résultats du quatrième trimestre 2024, où il qualifiait le remplacement nécessaire de “douloureux et difficile”, Tesla n’a toujours proposé aucun programme concret. Pas de calendrier pour un remplacement matériel, pas de politique de remboursement, rien de tangible pour ces clients qui ont investi des milliers d’euros dans une promesse non tenue.

Les options pour les propriétaires lésés

Face à cette situation, les propriétaires HW3 disposent de plusieurs leviers, particulièrement en Europe où les cadres juridiques de recours collectifs sont bien établis aux Pays-Bas, en Allemagne et en France :

  • Rejoindre les initiatives de réclamation collective comme hw3claim.nl pour mutualiser les efforts
  • Demander un remboursement intégral du package FSD non livré tel que promis
  • Exiger un remplacement gratuit du matériel vers la version AI4
  • Engager une action en justice individuelle pour non-conformité du produit vendu

La version “v14 Lite” annoncée ne satisfera probablement pas un propriétaire ayant déboursé près de 7 000 euros pour une conduite autonome complète. Tesla a vendu une conduite autonome non supervisée, et une version allégée d’un système qui nécessite toujours une supervision constante ne correspond tout simplement pas au produit initial. Le lancement du FSD en Europe transforme un problème théorique en facture bien réelle pour Tesla, avec une traçabilité documentaire solide : le brevet de l’entreprise, les déclarations publiques de Musk, les admissions du vice-président de l’IA. L’initiative de Sigtermans gagne en ampleur et pourrait bien contraindre Tesla à proposer une solution concrète, que ce soit par la négociation ou devant les tribunaux européens.

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