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Tesla : la puce AI6 retardée de six mois à cause de Samsung

Albert Lecoq

Le calendrier de développement des puces de Tesla connaît un nouveau contretemps. La puce AI6, destinée à équiper les futurs véhicules autonomes de la marque ainsi que les robots Optimus, accuse un retard d’environ six mois. La cause ? Les difficultés de Samsung à faire tourner sa ligne de production 2 nanomètres. Le report d’une série de tests prototypes repousse désormais la production en masse vers la fin 2027, ce qui complique sérieusement les ambitions du constructeur américain en matière d’intelligence artificielle embarquée.

Ce délai s’ajoute à une série de glissements similaires chez Tesla. La puce AI5, dont Elon Musk affirmait que la conception était “presque terminée” en janvier dernier, n’a toujours pas atteint la production en volume. Pourtant, six mois plus tôt, le dirigeant la déclarait “finie”. Vous commencez à voir le schéma ? Les annonces optimistes se heurtent régulièrement aux réalités industrielles.

Samsung peine à maîtriser son procédé de gravure avancé

D’après un rapport de la publication coréenne The Elec, la série de tests prototypes multi-projets (MPW) sur le procédé 2nm de Samsung, initialement prévue pour avril, a été reportée d’environ six mois. Cette difficulté technique ne touche pas uniquement Tesla : d’autres clients de la fonderie sud-coréenne subissent le même sort. La startup DeepX, qui développe une puce d’intelligence artificielle baptisée DX-M2, voit également son calendrier chamboulé.

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Le processeur DX-M2 devait permettre de faire tourner des modèles génératifs avec 100 milliards de paramètres pour seulement 5 watts de consommation. Sa production en masse était envisagée pour le deuxième trimestre 2027, mais les tests de qualité ne débuteront finalement qu’au troisième trimestre, avec des ventes commerciales repoussées au quatrième trimestre 2027. Cette situation révèle une faiblesse majeure dans la stratégie de Tesla : lorsque Samsung prend du retard, tous ses clients trinquent.

Un contrat colossal avec Samsung fragilisé par les retards

Tesla a signé l’année dernière un accord de 16,5 milliards de dollars avec Samsung pour produire les puces AI6 sur le procédé Gate-All-Around 2nm dans l’usine texane de Taylor. Le contrat s’étend jusqu’en 2033 et garantissait initialement environ 16 000 démarrages de wafers par mois. Le constructeur automobile discutait même d’un doublement de cette capacité, visant 40 000 wafers mensuels, preuve de l’importance stratégique de cette puce pour ses projets de conduite autonome, de robotique et d’infrastructure d’intelligence artificielle.

Le problème, vous l’aurez compris, c’est qu’aucune expansion ne sert à grand-chose si Samsung ne parvient pas à faire fonctionner correctement sa ligne de production. La puce AI6 n’est pas attendue dans les véhicules Tesla avant 2028, et ce nouveau délai rend cet objectif de plus en plus difficile à tenir. Cette situation aggrave les difficultés déjà rencontrées avec la puce précédente. Tesla a repoussé la production en volume de l’AI5 à mi-2027, forçant le Cybercab à se lancer avec le matériel AI4 de génération actuelle.

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Les ambitions de cycles de développement rapides remises en question

Elon Musk avait évoqué des cycles de conception de neuf mois pour les puces successives AI6, AI7, AI8 et suivantes. Ces affirmations paraissent désormais bien optimistes quand le partenaire industriel chargé de les fabriquer ne parvient pas à respecter ses propres jalons de production. La stratégie de Tesla repose sur une cadence soutenue d’innovations matérielles, mais la réalité manufacturière impose ses propres contraintes.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes :

  • L’AI5 annoncée “terminée” en juillet, puis “presque finie” en janvier, n’atteindra la production de masse qu’à mi-2027
  • L’AI6 subit un retard de six mois avant même le stade prototype
  • Le Cybercab doit se contenter de la génération AI4 au lancement
  • La production de masse de l’AI6 glisse vers fin 2027, rendant une intégration avant 2028 improbable

Samsung Foundry joue gros sur le nœud 2 nanomètres

Ce retard arrive à un moment particulièrement délicat pour la division fonderie de Samsung, qui comptait sur le contrat Tesla AI6 comme pierre angulaire de ses objectifs de rentabilité 2026. Samsung Foundry vise 2 000 milliards de wons de profit cette année, avec la production de la puce Tesla et la fabrication de matrices logiques pour mémoire à large bande passante (HBM4) comme moteurs principaux de revenus.

Samsung lutte depuis des années pour rivaliser avec TSMC sur les nœuds de processus avancés. Le procédé 2nm GAA devait représenter un tournant, prouvant que le fondeur coréen pouvait afficher des rendements compétitifs et attirer des clients de premier plan. L’accord avec Tesla validait cette stratégie. Un glissement de six mois sur la série MPW suggère que Samsung rencontre encore des problèmes de rendement ou de maturité du processus avant d’atteindre un stade industriel satisfaisant.

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Les implications pour la stratégie d’autonomie de Tesla

Tesla prévoit de dépenser plus de 20 milliards de dollars en dépenses d’investissement cette année, avec l’infrastructure d’intelligence artificielle comme priorité majeure. Dans l’univers des géants du cloud, 20 milliards représentent une somme modeste. Les investisseurs parient sur la capacité de Tesla à optimiser chaque dollar investi, mais c’est un pari risqué quand le silicium censé alimenter l’autonomie de nouvelle génération et les robots Optimus recule constamment dans le temps.

La puce AI4 actuelle doit maintenant porter le fardeau plus longtemps que prévu initialement. L’AI5 semble déjà presque datée face aux AI6 et AI7 déjà bien avancées dans la feuille de route. Pour vous qui suivez l’évolution des véhicules électriques et de la conduite autonome, cette situation illustre l’écart grandissant entre les promesses chronologiques d’Elon Musk et la réalité manufacturière. Samsung et TSMC développent tous deux leurs propres versions du procédé 2nm, TSMC avançant avec prudence sur son nœud N2 cette année.

La stratégie bi-fonderie de Tesla, qui fait appel à Samsung et TSMC, offre une certaine protection. Mais l’AI6 est spécifiquement allouée au procédé 2nm de Samsung. Tant que cette ligne de production ne sera pas opérationnelle, les plans de Tesla pour ses futures générations de conduite autonome resteront sur le papier. L’écart entre la rhétorique des annonces et la capacité manufacturière réelle devient progressivement un obstacle matériel à la stratégie d’intelligence artificielle du constructeur.

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