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Au Japon, les voitures électriques mortes deviennent des centrales d’énergie

Alexandra Dujonc

Au Japon, Toyota a développé une approche pragmatique pour donner une seconde vie aux batteries de véhicules électriques et hybrides usagées. Plutôt que d’envoyer ces composants vers le recyclage ou, pire, vers les décharges, le constructeur japonais les intègre dans un système de stockage stationnaire baptisé Sweep Energy Storage System. Cette installation pilote fonctionne actuellement dans l’usine Mazda d’Hiroshima, où elle fait l’objet de tests approfondis pour évaluer sa capacité à alimenter partiellement les chaînes de production.

Le principe repose sur la récupération de batteries encore fonctionnelles provenant de véhicules accidentés ou en fin de vie. Ces batteries, bien qu’inutilisables pour la traction automobile, conservent une capacité énergétique suffisante pour des applications stationnaires moins exigeantes. Cette démarche s’inscrit dans une logique d’économie circulaire que plusieurs constructeurs explorent face à l’augmentation du parc de véhicules électrifiés.

Un système modulaire qui gère la diversité des technologies

La particularité du système Sweep réside dans sa capacité à intégrer des batteries aux caractéristiques disparates. Contrairement aux installations conventionnelles qui nécessitent des batteries homogènes, cette technologie peut gérer simultanément du lithium-ion, du nickel-métal-hydrure et même du plomb-acide. Cette flexibilité constitue un avantage considérable quand on sait que les parcs automobiles actuels combinent plusieurs générations de technologies.

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Le dispositif propriétaire de Toyota, appelé “sweep”, contrôle la décharge énergétique de l’ensemble en commutant le flux électrique en microsecondes. Cette rapidité permet d’isoler certaines batteries défaillantes tout en maintenant les autres en service, optimisant ainsi l’efficacité globale du système. L’intégration des onduleurs d’origine des véhicules représente une innovation notable, éliminant le besoin d’équipements de conversion supplémentaires.

Des performances industrielles prometteuses

La première installation Sweep, réalisée en 2022 en collaboration avec Jera, le plus grand producteur d’électricité japonais, affiche des caractéristiques impressionnantes. Le système délivre une puissance de 485 kilowatts avec une capacité de stockage de 1 260 kilowattheures. Ces chiffres placent l’installation dans la catégorie des solutions de stockage industrielles de taille intermédiaire.

CaractéristiqueValeurÉquivalence
Puissance de sortie485 kWEnviron 650 chevaux
Capacité de stockage1 260 kWh15 batteries Tesla Model S
Types de batteries3 technologiesLi-ion, NiMH, plomb-acide

Dans l’usine Mazda d’Hiroshima, le système fonctionne comme un tampon énergétique entre l’installation solaire de l’usine et les lignes d’assemblage. Cette configuration permet de lisser les variations de production photovoltaïque et de garantir une alimentation stable aux équipements industriels, même lors des pics de consommation.

L’enjeu économique et environnemental du recyclage des batteries

La gestion des batteries haute tension représente l’un des défis majeurs de la transition électrique. Quand un véhicule électrique est détruit dans un accident, sa batterie peut conserver 70 à 80% de sa capacité initiale. Au lieu de procéder immédiatement au recyclage coûteux des matériaux, cette approche prolonge la durée de vie utile des composants.

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Le marché du stockage stationnaire connaît une croissance soutenue, alimentée par l’essor des énergies renouvelables intermittentes. Les batteries automobiles de seconde main, vendues à une fraction du prix des unités neuves, représentent une alternative économique attractive pour les industriels. Selon les estimations sectorielles, une batterie peut servir 10 à 15 ans supplémentaires en application stationnaire après sa carrière automobile.

  • Réduction des coûts de stockage énergétique de 30 à 50%
  • Prolongation de la durée de vie des batteries de 10 à 15 ans
  • Diminution de la pression sur les filières de recyclage
  • Valorisation des investissements en recherche et développement

Les perspectives d’industrialisation

La phase de test chez Mazda vise à valider la stabilité des cycles de charge et décharge sur plusieurs mois d’exploitation continue. Les ingénieurs surveillent particulièrement la dégradation des cellules et l’efficacité du système de gestion thermique. Ces données détermineront les conditions de déploiement à plus grande échelle.

Toyota envisage d’étendre cette technologie à d’autres sites industriels, notamment ses propres usines. L’objectif consiste à créer un réseau de stockage décentralisé capable d’absorber les surplus de production renouvelable et de les restituer lors des pics de demande. Cette stratégie s’aligne sur les objectifs gouvernementaux japonais de neutralité carbone d’ici 2050, tout en créant de nouvelles sources de revenus pour les constructeurs automobiles.

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