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Pour produire ses voitures moins cher et plus rapidement, Renault copie la Chine

Albert Lecoq

Vous avez peut-être remarqué que les constructeurs automobiles européens ne fanfaronnent plus autant qu’avant. La raison ? Les marques chinoises bousculent leurs certitudes et les obligent à revoir leurs méthodes de travail. Renault vient justement d’annoncer un virage radical dans son approche industrielle, avec des objectifs qui semblaient inimaginables il y a encore cinq ans : concevoir une voiture en deux ans seulement et réduire les coûts de production de 20 %. Le groupe au losange assume pleinement s’inspirer des pratiques venues de Chine, un pays qui a transformé son industrie automobile en seulement une décennie.

Un changement de paradigme dans la production automobile

Le plan stratégique « FutuREady » dévoilé par Renault ne laisse aucune place au doute. Le constructeur français affiche clairement son ambition de « rivaliser avec les constructeurs automobiles chinois en termes d’innovation, de coûts et de vitesse ». Cette déclaration marque un tournant historique : les Européens qui, il y a quelques années, considéraient les modèles chinois comme de simples copies peu raffinées, reconnaissent aujourd’hui la supériorité de leurs rivaux asiatiques sur plusieurs aspects cruciaux.

Ce basculement s’explique principalement par la transition vers l’électrique. La Chine a massivement investi dans cette technologie dès le début des années 2010, développant simultanément des méthodes de production révolutionnaires. Résultat : un cycle de développement qui est passé de quatre ou cinq ans en Europe à environ 100 semaines en Chine. Cette rapidité permet aux marques asiatiques de mieux coller aux évolutions du marché et aux ruptures technologiques, comme le passage récent des batteries NMC aux batteries LFP.

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La Twingo électrique comme premier test grandeur nature

Renault n’a pas attendu 2025 pour amorcer ce changement. Dès 2021, Luca de Meo avait fixé l’objectif de ramener le cycle de développement à trois ans, contre plus de quatre auparavant. Mais face à l’accélération chinoise, ce délai est devenu insuffisant. Le projet « Leap 100 » a donc été lancé, avec la nouvelle Twingo électrique comme cobaye. Le pari a été tenu, mais pas sans controverses internes.

Pour atteindre cet objectif, Renault a externalisé une partie du développement dans un studio à Shanghai. Cette décision a provoqué quelques remous au sein du Technocentre français, où certains ingénieurs ont mal vécu cette délocalisation partielle. François Provost, le directeur général, a depuis rassuré les équipes : les futurs modèles destinés à l’Europe seront conçus en France avec des fournisseurs européens. La Twingo chinoise servait avant tout d’apprentissage pour intégrer de nouvelles méthodes de travail.

Simplification et mutualisation des composants

Pour accélérer le rythme, Renault mise sur une réduction drastique de la complexité. Le nombre de pièces nécessaires pour assembler un véhicule doit diminuer de 30 %. Cette simplification passe par plusieurs leviers :

  • L’utilisation de composants standardisés déjà disponibles chez les fournisseurs, plutôt que la création de pièces spécifiques
  • Le partage maximal d’éléments entre différents modèles (la Twingo reprend par exemple la plateforme de la R5)
  • Une collaboration renforcée avec les équipementiers, associés dès le début des projets pour favoriser innovation et réactivité
  • Le recours massif à la conception numérique et à l’intelligence artificielle pour réaliser des tests virtuels avant le prototypage physique
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Chaque nouveau projet s’accompagne désormais d’un jumeau numérique du véhicule, permettant de valider certaines étapes sans construire de prototypes coûteux. La marque a aussi quelque peu triché avec son calendrier : ses prochains véhicules électriques du segment C sont annoncés pour 2028, soit dans deux ans. Mais la plateforme sur laquelle ils reposeront était déjà en développement fin 2023. Une fois cette base prête, elle peut être adaptée rapidement à différents modèles, respectant ainsi l’objectif des deux ans de développement.

Réduction des coûts de production à tous les niveaux

La baisse de 20 % des coûts de production ne concerne pas uniquement le véhicule lui-même. Renault prévoit également d’optimiser l’ensemble de sa chaîne industrielle. Les usines devront réduire leur consommation énergétique de 25 %, notamment grâce au déploiement de 350 robots humanoïdes de nouvelle génération pour les tâches pénibles ou répétitives. Les coûts logistiques doivent parallèlement baisser de 30 %.

Le constructeur vise aussi une réduction des coûts variables par véhicule d’environ 400 euros par an en moyenne. On note que le « gigacasting » popularisé par Tesla, qui permet de mouler de grandes sections de châssis d’un seul bloc, n’est pas encore retenu par Renault. La marque préfère pour l’instant se concentrer sur d’autres axes d’amélioration.

L’électrification comme levier d’économies

L’objectif le plus ambitieux concerne les véhicules électriques : Renault veut réduire leur coût de fabrication de 40 %. Attention, il s’agit bien du coût de production, pas du prix de vente final qui dépend d’autres paramètres. Cette réduction passe principalement par la batterie, composant le plus onéreux d’un véhicule électrique.

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InnovationGain attendu
Architecture “cell-to-body”20 % de pièces en moins
Chimies LFP plus abordablesRéduction significative du coût des cellules
Intégration structurelle de la batterieGain de poids et simplification de l’assemblage

L’architecture « cell-to-body » intègre les cellules de batterie directement dans la structure du véhicule, éliminant le besoin d’un pack séparé. Cette approche nécessite 20 % de pièces en moins et permet de gagner en rigidité structurelle. L’accent mis sur les chimies LFP (lithium-fer-phosphate) plutôt que les NMC (nickel-manganèse-cobalt) contribue également à réduire la facture, ces batteries étant moins coûteuses même si légèrement moins énergétiques.

La question de la fiabilité face à la vitesse

Vous vous demandez légitimement si cette course à la rapidité et aux économies ne risque pas de nuire à la qualité. Les constructeurs chinois n’hésitent pas à commercialiser des modèles qu’ils peaufinent ensuite « en production », corrigeant les défauts via des mises à jour logicielles à distance. Renault s’apprête à emprunter cette voie avec le SDV (Software-Defined Vehicle), le véhicule défini par logiciel.

Pour rassurer, la marque met en avant un dispositif de contrôle renforcé : 100 % des étapes clés de fabrication seront supervisées par intelligence artificielle, représentant plus de 1 000 points de contrôle. Le groupe promet une traçabilité sans faille et une capacité quasi-généralisée de mise à jour à distance. L’objectif affiché ? Réduire de moitié les incidents durant la première année d’utilisation et diviser par trois les réclamations clients sur cinq ans.

Reste que l’introduction de la nouvelle plateforme RGEV Medium 2.0, qui apportera des bouleversements majeurs comme l’architecture 800V, risque de placer les premiers acheteurs en position de testeurs involontaires. C’est le prix à payer pour cette transformation accélérée, inspirée d’un modèle chinois qui privilégie l’itération rapide à la perfection immédiate. Renault fait le pari que vous accepterez quelques ajustements post-achat en échange de véhicules plus abordables et technologiquement à jour.

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