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Un YouTuber transforme 500 cigarettes électroniques en voiture électrique

Albert Lecoq

Des millions de cigarettes électroniques jetables finissent chaque année à la poubelle, alors qu’elles contiennent des batteries au lithium-ion parfaitement fonctionnelles. Face à ce constat, un bricoleur britannique a décidé de démanteler des centaines de vapoteuses pour en extraire les cellules et les assembler en une batterie destinée à alimenter une voiture électrique. L’objectif est simple : prouver que ces composants peuvent avoir une seconde vie et démontrer qu’il existe des alternatives au gaspillage électronique qui caractérise notre époque.

Le projet peut sembler farfelu au premier abord, mais il soulève des questions pertinentes sur la récupération des matériaux et l’impact environnemental de nos appareils du quotidien. Chris Doel, le créateur derrière cette expérience, a documenté l’ensemble du processus sur YouTube, offrant un regard technique sur les défis et les solutions trouvées pour transformer 500 cellules de vape en source d’énergie automobile.

Du déchet électronique à la batterie de traction

Les batteries qui équipent aujourd’hui nos véhicules électriques sont réputées pour leur fiabilité, comme le confirment de nombreuses études récentes. La situation était radicalement différente il y a une vingtaine d’années, lorsque les voitures électriques ressemblaient davantage à des voiturettes de golf améliorées. Prenez la G-Wiz britannique, commercialisée au début des années 2000 : elle fonctionnait avec des batteries au plomb-acide, une technologie qui a rapidement montré ses limites en termes de durabilité et de performance.

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L’évolution technologique a été fulgurante. Même les cigarettes électroniques jetables embarquent désormais des cellules lithium-ion miniaturisées. Le problème réside dans leur utilisation : ces vapoteuses sont conçues pour être abandonnées après quelques jours d’utilisation, créant un flux continu de déchets électroniques. Les cellules qu’elles contiennent restent pourtant en bon état dans la majorité des cas, ce qui rend leur mise au rebut particulièrement absurde d’un point de vue écologique et économique.

Un assemblage minutieux de 500 cellules

Pour mener à bien son projet, Chris Doel a récupéré 500 cellules individuelles issues de vapoteuses jetables. Chaque élément a été testé pour vérifier son état de santé avant d’être intégré dans l’assemblage final. Les cellules ont été placées dans des boîtiers imprimés en 3D, formant ce que le créateur appelle des “rangées modulaires”. Au total, 14 rangées connectées en série ont permis de créer une batterie de 50 volts avec une capacité de 2,5 kWh.

Ces chiffres peuvent paraître modestes comparés aux standards actuels, où certaines voitures électriques disposent de batteries dépassant les 900 volts. Mais la G-Wiz d’origine fonctionnait avec un pack de 48 volts assemblé à partir de batteries plomb-acide de 12 volts. Sur le papier, la nouvelle configuration devrait donc pouvoir alimenter le véhicule sans modification majeure du système électrique existant.

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Des mesures de sécurité indispensables

La sécurité représente évidemment un enjeu majeur quand on manipule des centaines de cellules lithium-ion. Pour minimiser les risques, le YouTuber a installé des fusibles sur chaque cellule et intégré un système de gestion de batterie (BMS) empêchant la surcharge des éléments. Cette précaution limite considérablement le risque d’emballement thermique, phénomène redouté qui peut survenir lorsqu’une cellule lithium-ion défectueuse ou mal gérée commence à chauffer de manière incontrôlée.

Des capteurs de température ont été ajoutés pour créer une couche de protection supplémentaire. Le résultat final présente un aspect étonnamment professionnel, avec un boîtier en aluminium qui maintient solidement tous les composants. Les dimensions restent imposantes, mais l’ensemble fonctionne. Détail amusant : la batterie peut être rechargée via USB-C, faisant probablement de cette G-Wiz la première voiture au monde compatible avec ce standard de charge.

Les limitations du système

Le projet n’est pas exempt de défauts. La contrainte principale concerne l’intensité maximale : la batterie ne peut délivrer que 120 ampères, alors que le véhicule peut en réclamer jusqu’à 300 ampères lors des accélérations franches. Concrètement, si vous enfoncez la pédale d’accélérateur à fond, le disjoncteur principal coupe l’alimentation pour protéger le système. En conditions d’utilisation normale, avec un appel de courant d’environ 100 ampères, la voiture parvient à atteindre 65 km/h, ce qui n’est pas si éloigné de la vitesse maximale d’origine de 80 km/h.

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L’autonomie constitue l’autre point faible du montage. La G-Wiz modifiée a parcouru 29 kilomètres sur une charge complète, bien loin des 80 kilomètres que permettait la batterie d’origine. Cette différence s’explique par la capacité réduite du pack assemblé et par les pertes inhérentes à l’utilisation de cellules de petite taille conçues pour d’autres usages. Voici les caractéristiques comparées :

CaractéristiquePack vapePack d’origine
Tension50V48V
Capacité2,5 kWh~6 kWh
Intensité max120A300A
Autonomie29 km80 km
Vitesse max atteinte65 km/h80 km/h

Une démarche qui fait réfléchir

Au-delà des performances brutes, ce projet met en lumière le potentiel inexploité des composants que nous jetons quotidiennement. Récupérer des centaines de cellules promises à la décharge pour leur offrir une seconde existence dans une application automobile, même modeste, représente une démarche qui mérite attention. Les déchets électroniques constituent un problème environnemental croissant, et chaque initiative visant à prolonger la durée de vie des composants contribue à réduire l’empreinte écologique de nos modes de consommation.

Le YouTuber précise d’ailleurs que l’expérience s’est révélée aussi instructive qu’amusante. Assembler une batterie fonctionnelle à partir de cellules récupérées demande des connaissances en électronique, en gestion thermique et en sécurité, mais reste accessible aux bricoleurs motivés. Le projet démontre qu’avec les bons outils et les précautions adéquates, il est possible de donner une nouvelle vie à des composants considérés comme jetables. La prochaine fois que vous croiserez une cigarette électronique abandonnée, vous saurez qu’elle contient peut-être de quoi faire rouler un véhicule, même sur quelques dizaines de kilomètres.

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