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Les voitures solaires ont un brillant avenir selon une étude européenne majeure

Alexandra Dujonc

Et si votre voiture produisait elle-même une partie de l’électricité qu’elle consomme ? Ce scénario, longtemps relégué au rang de curiosité technologique, gagne sérieusement en crédibilité. Le projet européen SolarMoves, mené notamment par l’organisme de recherche néerlandais TNO et l’Institut Fraunhofer ISE en Allemagne, vient de publier une évaluation approfondie du potentiel des technologies photovoltaïques intégrées aux véhicules, connues sous l’acronyme VIPV (Vehicle Integrated Photovoltaics). Les chiffres méritent qu’on s’y attarde.

Ce que le projet SolarMoves a réellement mesuré

Pour éviter de tomber dans le discours marketing habituel sur l’énergie solaire, les chercheurs ont adopté une approche rigoureusement empirique. L’étude s’appuie sur l’analyse des usages de 23 catégories de véhicules, des citadines aux poids lourds, en exploitant plus de 1,3 million de kilomètres de données de circulation réelles. L’idée de base est simple : intégrer des cellules photovoltaïques directement sur les surfaces disponibles du véhicule — toit, capot, flancs — pour produire une partie de l’énergie consommée en roulant ou à l’arrêt.

Ce n’est pas un concept entièrement nouveau. La Lightyear 0, voiture électrique néerlandaise commercialisée en 2023, avait déjà démontré la faisabilité de l’approche avec ses 5 m² de cellules photovoltaïques capables de générer jusqu’à 70 km d’autonomie supplémentaire par jour selon l’ensoleillement. SolarMoves va plus loin en quantifiant le potentiel à l’échelle d’un parc automobile européen diversifié.

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Des taux de couverture impressionnants selon la géographie

Les résultats les plus frappants concernent les véhicules particuliers utilisés pour des trajets quotidiens courts, profil d’usage dominant en Europe. Dans des conditions d’ensoleillement typiques d’Europe centrale, les panneaux embarqués pourraient couvrir jusqu’à 55 % des besoins énergétiques d’un véhicule. Dans les régions du sud du continent — Espagne, Italie du Sud, Grèce — cette proportion atteint 80 %. Autrement dit, pour un conducteur méditerranéen effectuant moins d’une cinquantaine de kilomètres par jour, les passages à la borne de recharge pourraient devenir nettement moins fréquents.

Ces chiffres sont à mettre en perspective avec les usages réels : selon les données européennes, la majorité des automobilistes parcourent moins de 50 km quotidiennement. C’est précisément dans ce segment que le photovoltaïque embarqué montre le plus d’intérêt, puisque les besoins énergétiques sont suffisamment modestes pour être partiellement compensés par la production solaire.

Le transport et la logistique, grands bénéficiaires potentiels

Si les résultats pour les voitures particulières sont notables, c’est du côté des véhicules utilitaires, camions et remorques que le potentiel semble le plus structurant. Ces véhicules présentent deux avantages décisifs : des surfaces carrossées bien plus importantes et une consommation d’équipements auxiliaires — haïssons réfrigérantes, systèmes hydrauliques, équipements électroniques embarqués — particulièrement élevée.

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Les simulations du projet SolarMoves avancent des chiffres concrets :

  • L’intégration de panneaux solaires sur un camion électrique pourrait augmenter son autonomie quotidienne de jusqu’à 15 %
  • Sur les remorques équipées de modules photovoltaïques en toiture, la production solaire estivale pourrait atteindre environ 55 kWh par jour
  • Lorsque les panneaux couvrent également les parois latérales de la remorque, cette production grimpe jusqu’à 90 kWh quotidiens

Pour un camion parcourant des centaines de kilomètres chaque semaine, ces gains réduisent mécaniquement la fréquence des arrêts de recharge, un facteur non négligeable dans la gestion des tournées logistiques. Les opérateurs de flotte sont particulièrement attentifs à ce type de données, car chaque arrêt non planifié représente un coût opérationnel direct.

Un impact potentiel sur le réseau électrique européen

L’étude ne se limite pas aux bénéfices individuels. Le consortium SolarMoves a modélisé les effets d’une adoption massive du VIPV à l’échelle continentale. Si cette technologie était déployée sur l’ensemble des nouveaux véhicules mis en circulation, l’économie d’électricité sur le réseau atteindrait 15,6 térawattheures dès 2030. Pour donner une mesure concrète, c’est l’équivalent approximatif de la production annuelle de 2 200 éoliennes terrestres de 3 MW.

Au-delà du volume brut d’énergie économisée, les chercheurs soulignent un bénéfice plus subtil : en réduisant les besoins de recharge aux heures de pointe, ces véhicules contribueraient à lisser les pics de consommation électrique, diminuant ainsi la pression sur les infrastructures de distribution. Dans un contexte où l’électrification du parc automobile pose des questions réelles de dimensionnement du réseau, c’est un argument que les gestionnaires de réseau prennent au sérieux.

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Ce que les chercheurs demandent à Bruxelles

Les conclusions du projet SolarMoves débouchent sur un ensemble de recommandations adressées aux institutions européennes, sans lesquelles la technologie risque de rester marginale malgré ses atouts. Le consortium formule plusieurs demandes précises :

  • Intégrer officiellement le photovoltaïque embarqué dans les procédures d’homologation WLTP, afin que les gains énergétiques des panneaux soient comptabilisés dans l’évaluation officielle des véhicules
  • Mettre en place des incitations fiscales dédiées pour encourager les constructeurs et les acheteurs à adopter cette technologie
  • Développer des infrastructures de stationnement conçues pour optimiser la captation solaire des véhicules équipés
  • Inscrire explicitement le VIPV dans la directive européenne sur les énergies renouvelables

Ce dernier point est peut-être le plus déterminant sur le long terme. Une reconnaissance réglementaire formelle ouvrirait la voie à des mécanismes de soutien comparables à ceux dont bénéficient déjà les panneaux solaires résidentiels. Sans ce cadre, les constructeurs automobiles n’ont que peu d’incitations à intégrer cette technologie dans leurs gammes de série, d’autant qu’elle implique des contraintes de conception et un surcoût à la fabrication que seul un volume de production significatif permettrait d’absorber. La balle est désormais dans le camp des législateurs européens.

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