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BYD rachète des usines et des marques en Europe : la stratégie froide et méthodique du géant chinois

François Zhang-Ming

L’industrie automobile européenne traverse une période de tension structurelle. Entre surcapacités industrielles, ventes en recul et une transition électrique qui avance moins vite que prévu, plusieurs constructeurs se retrouvent avec des usines qui tournent à vide et des bilans financiers sous pression. C’est dans ce contexte que BYD, le mastodonte chinois de la voiture électrique, avance ses pions avec une méthode qui mérite qu’on s’y attarde sérieusement.

Des usines européennes sous-utilisées, une aubaine pour BYD

Stella Li, vice-présidente exécutive de BYD et architecte de l’expansion internationale du groupe, n’a pas mâché ses mots lors de la conférence « Future of the Car » organisée par le Financial Times à Londres : « Nous cherchons toutes les usines disponibles en Europe ». Une déclaration directe, presque chirurgicale, qui résume à elle seule la logique industrielle du groupe. Pourquoi investir des milliards dans la construction d’une usine neuve quand le parc existant offre des capacités disponibles immédiatement ?

BYD n’est pas seul dans cette démarche. XPeng explore un rapprochement industriel avec Volkswagen sur le sol européen, et Dongfeng — partenaire historique du groupe Stellantis depuis une trentaine d’années pour ses activités chinoises — s’intéresse lui aussi à plusieurs sites du constructeur franco-italo-américain. Mais BYD, selon les informations d’Automotive News, discute directement avec Stellantis. La différence avec ses concurrents chinois : BYD veut opérer seul. Pas de coentreprise, pas de partenaire local à ménager. « C’est plus simple », selon Stella Li. Ce positionnement en solo n’est pas anodin : il signale une volonté de garder le contrôle total de sa chaîne de production sur le continent, sans dépendance vis-à-vis d’un acteur européen.

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L’Italie et la France dans le viseur du constructeur chinois

Parmi les sites identifiés, l’usine Stellantis de Cassino, dans le Latium en Italie, revient régulièrement dans les discussions. Ce site produit actuellement l’Alfa Romeo Giulia, le Stelvio et le Maserati Grecale, mais à une cadence très inférieure à sa capacité nominale. C’est précisément ce type de situation qui intéresse BYD : des infrastructures déjà opérationnelles, avec une main-d’œuvre qualifiée, mais exploitées au ralenti. Stella Li a reconnu que BYD avait inspecté « de nombreuses usines » en Europe, ajoutant sobrement que « l’Italie est sur la short list ».

La France retient également l’attention du groupe, notamment pour un avantage concret : le prix de l’électricité, structurellement plus compétitif qu’ailleurs sur le continent grâce au parc nucléaire. Pour un constructeur dont les véhicules électriques nécessitent des process de production énergivores, cet argument pèse dans la balance. L’usine de Rennes, où est actuellement assemblé le Citroën ë-C5 Aircross et qui tourne elle aussi en deçà de ses capacités, fait partie des sites scrutés — tout comme elle l’est par Dongfeng. En attendant des décisions concrètes, BYD avance sur son site hongrois de Szeged, dont la production d’essai vient de démarrer avec une capacité initiale de 150 000 véhicules par an, extensible à terme à 300 000 unités, pour des modèles comme la Dolphin Surf et l’Atto 2.

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Maserati, Denza et la montée en gamme : BYD joue sur tous les tableaux

L’angle le plus surprenant de cette expansion européenne concerne le rachat potentiel de marques fragilisées. Maserati a été qualifiée de « très intéressante » par Stella Li, avant qu’elle ne tempère aussitôt : « On étudie. Mais on n’a encore rien fait. » Ce type de déclaration, entre intérêt assumé et prudence affichée, illustre bien la communication calibrée de BYD en ce moment. On teste les réactions sans se fermer de porte.

Cette ambition vers le haut de gamme s’inscrit dans une stratégie plus large. BYD développe activement sa marque premium Denza, qui recrute chez Porsche et vient de s’installer en France avec la Denza Z9GT, un shooting brake électrique développant 1 156 ch. Un positionnement qui vise directement la Panamera ou la Taycan dans l’esprit des acheteurs. Si BYD venait à acquérir une marque comme Maserati, le groupe disposerait d’un outil industriel, d’un réseau de distribution et d’une image de prestige européenne qu’il lui faudrait des années à construire de zéro. La logique est la même que pour les usines : gagner du temps en s’appropriant l’existant.

Droits de douane, emplois locaux : les arguments que BYD met en avant

Derrière la stratégie industrielle se dessine aussi une stratégie de communication bien rodée. En s’implantant sur des sites européens et en maintenant ou restaurant des emplois locaux, BYD se positionne en partenaire plutôt qu’en concurrent. C’est un argument puissant dans un contexte où les fermetures d’usines et les plans sociaux alimentent régulièrement l’actualité. Stellantis a d’ailleurs déjà annoncé début mai un rapprochement avec le chinois Leapmotor pour produire à Saragosse une nouvelle Opel électrique ainsi que le SUV B10, et discute du transfert de son site de Villaverde à ce même partenaire.

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L’autre motivation, moins avouée mais tout aussi réelle, concerne les droits de douane européens sur les véhicules électriques importés de Chine, qui peuvent atteindre des niveaux significatifs selon les constructeurs. Produire sur le sol européen permet de les contourner, tout en bénéficiant d’une image de proximité. C’est un calcul à double entrée que BYD effectue avec une certaine précision :

  • Éviter les surcoûts liés aux droits de douane en localisant la production
  • Accéder à une main-d’œuvre qualifiée sans délai de formation structurel
  • Bénéficier d’infrastructures existantes pour réduire le temps de déploiement
  • Renforcer l’acceptabilité politique et sociale de sa présence en Europe

Ce que BYD construit en Europe ressemble moins à une conquête frontale qu’à une infiltration méthodique et patiente. Le groupe visite, discute, étudie, teste les marchés avec des modèles accessibles comme la Seal U ou l’Atto 3, tout en positionnant Denza sur le segment premium. Pendant ce temps, les constructeurs européens continuent de chercher des solutions pour leurs sites en difficulté, et certains d’entre eux pourraient bien trouver en BYD un repreneur inattendu mais finalement bienvenu.

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