Jaguar l’assume : ceux qui détestent son virage ne sont pas ses clients
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Geely a annoncé le lancement de ses opérations canadiennes et le recrutement de son réseau de concessionnaires, pour une commercialisation à partir de 2027. Ce que la marque ne dit pas, en revanche, c’est ce qu’elle compte vendre : aucun modèle, aucun tarif, aucune adresse de concession. Seul un site, geely.ca, a été mis en ligne, avec la promesse de détails à l’approche du lancement. Derrière ce silence se cache pourtant un calendrier précis, dicté par un accord commercial entre Ottawa et Pékin.
Le directeur général de Geely Auto Canada, Bryan Wu, parle d’un « engagement sur le long terme » et affirme que la confiance se gagne avec le temps. Le constructeur dit bâtir son réseau commercial et son après-vente avec des partenaires locaux expérimentés. Cette formulation évoque un modèle de concessions traditionnelles franchisées, loin de la vente directe façon Tesla. Pour un nouvel entrant, c’est un choix logique : au Canada, les grands groupes de distribution pèsent lourd et les constructeurs chinois se les disputent déjà.
Annoncer une arrivée plus d’un an à l’avance sans produit peut surprendre. La logique est pourtant simple : Geely a besoin de revendeurs avant d’avoir besoin de voitures. Poser tôt son drapeau permet de sécuriser les meilleurs emplacements et de laisser le temps de former des équipes à la vente et à l’entretien de véhicules électrifiés.
Geely Auto Group a écoulé 3,02 millions de véhicules en 2025, dont près de 1,69 million de modèles électrifiés (électriques à batterie et hybrides rechargeables). Sur les neuf premiers mois de 2026, le compteur affiche déjà 2,23 millions d’unités. Beaucoup de Canadiens ont déjà croisé la route de cet industriel sans le savoir :
La nouveauté tient donc au nom : c’est la marque Geely elle-même qui se présente aux clients canadiens, sans l’écran de ses filiales occidentales.
Le calendrier n’a rien d’un hasard. En janvier, le Canada a rompu avec la ligne américaine en allégeant la surtaxe de 100 % imposée aux véhicules électriques chinois, dans le cadre d’un accord avec Pékin qui réduit aussi les droits chinois sur le colza canadien. Le dispositif fixe un contingent de 49 000 véhicules par an au taux de 6,1 %, en vigueur depuis le 1er mars. Au-delà, la surtaxe de 100 % s’applique toujours.
Ce contingent n’est pas saturé. Les permis sont distribués par Affaires mondiales Canada en deux périodes de six mois, selon le principe du premier arrivé, premier servi, et uniquement aux constructeurs ou à leurs agents canadiens. La demande a été insuffisante sur la première période, d’où un report de vols non utilisés.
| Élément | Donnée |
|---|---|
| Quota annuel au taux de 6,1 % | 49 000 véhicules |
| Taux appliqué hors quota | 100 % |
| Véhicules non utilisés reportés | 8 897 |
| Enveloppe de la période en cours | 33 397 véhicules |
| Fin de la période actuelle | 28 février 2027 |
Le calcul tombe juste : 24 500 véhicules par semestre, plus 8 897 reportés, donnent 33 397. Avec un lancement en 2027, les premières Geely devraient logiquement arriver sous le second millésime du quota. Elles ne seront pas seules : BYD prévoit 20 concessions canadiennes en commençant par Toronto, et l’ambassadeur de Chine au Canada a évoqué en juin l’arrivée, dès juillet, des premières Lotus électriques fabriquées en Chine par Geely Holding.
Aux États-Unis, la voie est fermée. La réglementation américaine sur les technologies de véhicules connectés d’origine chinoise a déjà exclu Polestar, filiale de Geely, du marché, et une marque chinoise vendant des voitures fabriquées en Chine n’y a aucune perspective. Le Canada devient donc le terrain d’essai : de vrais hivers, de vrais concessionnaires et une vraie concurrence face à GM, Ford, Toyota et Tesla. Pour les batteries, le froid sera un juge de paix, car l’autonomie annoncée y fond vite.
Côté produits, deux candidats ressortent. Geely met en avant, sur ses marchés d’exportation comme l’Australie et le Royaume-Uni, le SUV électrique EX5 (vendu en Chine sous le nom de Galaxy E5) et l’hybride rechargeable Starray EM-i. La marque ne confirme rien pour le Canada, mais ces deux modèles couvrent les deux technologies que les acheteurs canadiens semblent vouloir comparer.
Geely avance ses pions avant même de dévoiler un modèle, et c’est révélateur : au Canada, la bataille se gagne d’abord dans les concessions. Pour les consommateurs canadiens, plus de concurrence devrait faire baisser les prix. Pour la France, l’Europe a choisi des droits compensateurs plutôt qu’un quota, et le résultat canadien sera un cas d’école à suivre.
L’avis de Rouleur électrique
En Europe, la méthode est différente : les droits compensateurs sur les voitures électriques chinoises vont de 17 % à 35,3 % selon les constructeurs, en plus des 10 % de droit de douane standard. Geely y figure avec un taux intermédiaire de 18,8 %. Le Canada, lui, a préféré un quota très avantageux avec un plafond strict. Les deux approches seront comparables d’ici un an : prix affichés, part de marché, qualité du service après-vente.
Si vous suivez ce dossier depuis la France, retenez ce qui comptera vraiment : la liste des modèles retenus, leur prix par rapport à la concurrence locale, et la manière dont ils encaisseront un hiver canadien. Le journaliste qui a rapporté l’information doit justement rencontrer des responsables de Geely au Mondial de l’Auto de Paris la semaine prochaine. Les premières réponses sur les modèles destinés au Canada pourraient donc tomber dans les jours qui viennent.
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