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La Golf électrique de Volkswagen est finalement repoussée de quelques années

Philippe Moureau

C’était l’une des annonces les plus attendues de Volkswagen : une Golf 100 % électrique. Icône de la marque depuis plus de cinquante ans, la Golf représente bien plus qu’un simple modèle dans la gamme du constructeur allemand. Alors quand son PDG Thomas Schäfer confirme publiquement que le lancement est repoussé à la fin de la décennie, la nouvelle mérite qu’on s’y attarde sérieusement.

Un report confirmé par le PDG de Volkswagen en personne

C’est lors de la conférence Future of the Car organisée par le Financial Times à Londres que Thomas Schäfer a lâché la nouvelle. La Golf électrique, initialement prévue pour 2028, ne sera finalement pas nécessaire à cette date selon lui : “Nous disposons d’une gamme fantastique. Nous n’avons pas besoin d’une Golf électrique en 2028.” Un aveu qui, pour beaucoup d’observateurs, était dans l’air depuis plusieurs mois.

Le projet repose sur la plateforme SSP (Scalable Systems Platform), développée en partenariat avec le constructeur américain Rivian. Cette architecture, pensée pour être le socle d’une nouvelle génération de véhicules électriques chez Volkswagen, Audi et Porsche, accumule les retards. Schäfer l’a d’ailleurs reconnu sans détour : les priorités d’attribution de cette plateforme ont changé, et ce sont les modèles Audi qui en bénéficieront en premier, suivis de Porsche, puis de Volkswagen. Porsche, justement, a entre-temps renoncé à utiliser la SSP pour son prochain SUV phare, optant pour une architecture thermique baptisée PPC (Premium Platform Combustion). Un recul symbolique pour l’électrification du groupe.

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Si le calendrier tient, la Golf électrique ne devrait pas arriver avant 2030, ce qui correspond à peu près à un cycle produit classique de quatre ans appliqué à partir de la dernière mise à jour significative de la gamme électrique VW.

La gamme électrique de Volkswagen peut-elle vraiment se passer de la Golf ?

La question se pose légitimement. Volkswagen argue que son portefeuille actuel est suffisamment solide pour ne pas avoir besoin d’une Golf électrique dans l’immédiat. Et sur le papier, l’argument tient la route. La gamme ID. s’est considérablement étoffée ces derniers mois :

  • L’ID.3 Neo, version restylée et rebaptisée de l’ID.3, positionné sur le même segment que la Golf thermique avec un gabarit similaire
  • L’ID. Polo, récemment présenté et destiné aux automobilistes cherchant un véhicule électrique compact et accessible
  • L’ID. Cross, dont le lancement est imminent et qui cible les amateurs de crossovers
  • L’ID.1, attendu courant 2027, qui vise directement les Renault Twingo et Kia EV1 sur le segment des citadines abordables

L’ID.3 Neo, en particulier, joue clairement le rôle de substitut à la Golf électrique. Avec ses dimensions proches, son habitacle revu et ses autonomies allant jusqu’à environ 450 km selon les versions, il répond aux attentes d’une majorité d’acheteurs européens. Le renommer et le rafraîchir était une façon pragmatique de combler le vide laissé par l’absence de Golf électrique, sans avoir à précipiter un développement coûteux.

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L’impact de la concurrence chinoise sur la stratégie plateforme de VW

Derrière ce report se cachent des enjeux économiques majeurs. Schäfer l’a formulé clairement : face à la montée en puissance des constructeurs chinois, Volkswagen a dû revoir entièrement ses calculs concernant la rentabilité de la plateforme SSP. Les marges sur les véhicules électriques restent un sujet sensible dans l’industrie, et le groupe ne peut pas se permettre de lancer une architecture aussi structurante sans garantir sa viabilité économique à grande échelle.

“Si vous n’atteignez pas une certaine échelle, vous n’arriverez jamais à la parité de marge”, a résumé le PDG. Autrement dit, la SSP doit équiper suffisamment de modèles et de volumes de production pour que les investissements consentis soient rentables. Dans un contexte où des marques comme BYD, Geely ou Chery proposent des voitures électriques compétitives à des prix défiant toute concurrence européenne, chaque euro dépensé sur une nouvelle plateforme doit être justifié au centime près.

Golf thermique et Golf électrique : deux destins qui divergent

Un autre élément révèle la profondeur du changement stratégique en cours chez Volkswagen. Quand la Golf électrique finira par voir le jour, elle sera assemblée dans l’usine historique de Wolfsburg, en Allemagne. La version thermique révisée, elle, migrera vers le Mexique. Une décision lourde de sens sur le plan industriel et symbolique, qui illustre la volonté du groupe de préserver ses sites allemands via la production électrique, tout en optimisant les coûts sur les modèles à combustion via des zones de production moins onéreuses.

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Pour vous, acheteur potentiel d’une Golf électrique, le message est clair : si vous espériez une Golf avec une fiche technique électrique dans les prochaines années, il faudra patienter encore un peu. L’ID.3 Neo reste à ce jour la réponse la plus cohérente de Volkswagen à votre besoin — avec ses qualités et ses compromis propres. La vraie Golf à zéro émission viendra, mais ce sera bien une affaire de la prochaine décennie.

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