Dans ce pays, les dernières voitures thermiques disparaissent déjà des ventes
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Le paysage de la production de batteries pour véhicules électriques connaît une transformation majeure. Alors que la Chine dominait largement ce secteur avec 85 % de la capacité mondiale, les États-Unis surprennent en dépassant l’Europe dans ce domaine stratégique. Cette évolution s’explique par une politique industrielle agressive et des investissements massifs qui redessinent la carte géopolitique de l’électromobilité.
L’Amérique du Nord n’était pourtant pas considérée comme le terrain le plus fertile pour l’essor des véhicules électriques. Les normes environnementales y restent moins contraignantes qu’en Europe, et l’arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche laisse présager un durcissement de la politique envers la transition énergétique. Malgré ces obstacles, les investissements industriels américains transforment radicalement la donne.
Les États-Unis entretiennent une relation complexe avec l’électrification des transports. Premier producteur mondial de pétrole, le pays tire une part substantielle de ses revenus de cette filière, particulièrement dans des États comme le Texas ou le Dakota du Nord. Cette dépendance économique alimente naturellement une résistance à l’adoption massive des véhicules électriques, perçue comme une menace pour l’équilibre industriel traditionnel.
La culture automobile américaine amplifie cette résistance. Depuis des décennies, les consommateurs privilégient les pick-ups et SUV, symboles de puissance et de liberté. L’offre électrique dans ces segments reste limitée et onéreuse, alimentant la perception que ces véhicules ne conviennent pas aux longs trajets ou à la conduite hors des zones urbaines densément équipées en bornes de recharge.
Les chiffres traduisent ce retard : en 2024, la part de marché du tout électrique atteignait environ 50 % en Chine, oscillait entre 15 et 20 % en Europe, tandis que les États-Unis se contentaient de 8,1 %. Néanmoins, le marché américain a écoulé 1,3 million de véhicules électriques en 2024, soit une progression de 7,3 % par rapport à l’année précédente.
L’administration Biden a bouleversé la donne avec l’Inflation Reduction Act, une législation qui conditionne les crédits d’impôt de 7 500 dollars à des critères de production locale stricts. Pour bénéficier de ces aides, les véhicules doivent être assemblés en Amérique du Nord, avec une part croissante de composants de batterie provenant de sources nord-américaines ou de pays partenaires commerciaux.
Cette stratégie du “Buy American” vise explicitement à réduire la dépendance envers la Chine pour les minéraux critiques et les composants de batteries. L’approche a créé des remous à l’échelle mondiale, contraignant les constructeurs européens et asiatiques à repenser leurs chaînes d’approvisionnement et à investir massivement sur le sol américain.
L’Europe a vivement réagi à ces mesures, les considérant comme discriminatoires et potentiellement contraires aux règles de l’Organisation Mondiale du Commerce. Cette tension géopolitique a stimulé une course aux investissements verts, chaque bloc économique cherchant à protéger et développer ses propres capacités industrielles.
Les constructeurs ont rapidement saisi l’opportunité. General Motors a engagé plus de 7 milliards de dollars dans trois usines Ultium Cells, spécialisées dans les batteries NMC. La première installation de Warren, dans l’Ohio, produit déjà 41 GWh par an depuis 2022, tandis que l’usine de Spring Hill, dans le Tennessee, a démarré en mars 2024. Une quatrième usine, développée avec Samsung SDI pour 3,5 milliards de dollars, débutera la production en 2026 avec une capacité de 30 GWh annuels.
Les constructeurs asiatiques ne sont pas en reste. Hyundai a investi 12,6 milliards de dollars en Géorgie, avec deux usines développées respectivement avec LG et SK On, chacune capable de produire 35 GWh par an. Toyota construit un complexe de 13,9 milliards de dollars en Caroline du Nord, visant une production de 30 GWh dès le premier trimestre 2025.
Cette stratégie porte ses fruits. Selon l’Agence Internationale de l’Énergie, la capacité américaine de fabrication de batteries a bondi de 50 % en 2024, principalement grâce aux investissements des entreprises coréennes attirées par les crédits d’impôt. Cette expansion permet aux États-Unis de dépasser la capacité de production européenne, qui n’a progressé que de 10 % malgré les difficultés rencontrées par Northvolt en Suède.
La capacité mondiale de fabrication a atteint plus de 3 TWh en 2024, soit une croissance de 30 %. Cette capacité représente trois fois la demande combinée des véhicules électriques et du stockage stationnaire pour la même année. Si la Chine maintient sa position dominante avec 85 % de la capacité mondiale, les projets en cours pourraient réduire cette part à environ deux tiers d’ici 2030.
| Région | Capacité 2024 | Croissance annuelle | Projection 2030 |
|---|---|---|---|
| Chine | 85% | 30% | 66% |
| États-Unis | 8% | 50% | 15% |
| Europe | 7% | 10% | 19% |
L’Europe reste attractive pour les investissements étrangers, particulièrement chinois. Les fabricants comme CATL et BYD y voient leur principale destination d’expansion internationale. Leur part dans la capacité européenne pourrait tripler, passant de moins de 10 % en 2024 à plus de 30 % d’ici 2030. Cette évolution se fait au détriment des entreprises coréennes, dont la part européenne chuterait de 85 % à 30 % sur la même période.
Les fabricants coréens concentrent désormais leurs efforts sur le marché américain, plus volumineux et mieux incité. Leurs investissements étrangers représentent plus de 400 GWh à l’échelle mondiale, comparé à 60 GWh pour les producteurs japonais et 30 GWh pour les chinois. Si tous les projets se concrétisent, leur capacité hors Corée pourrait atteindre 1,1 TWh d’ici 2030.
Cette redistribution géographique de la production transforme fondamentalement l’industrie des batteries. Alors que l’Europe mise sur la “Vallée de la Batterie” et maintient ses ambitions de neutralité carbone en 2035, les États-Unis prouvent qu’une politique industrielle ciblée peut rapidement rééquilibrer les forces en présence, même sans contraintes environnementales aussi strictes que celles du Vieux Continent.
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