Actu voiture électrique

Renault : projets annulés, filiales supprimées… le grand carnage a commencé

Michael Ptaszek

François Provost tient les rênes de Renault depuis l’été 2025. Le nouveau directeur général succède à Luca de Meo, parti rejoindre le groupe de luxe Kering après cinq années à transformer le constructeur au losange. Le départ de l’Italien, annoncé le 15 juin 2025, a pris l’ensemble du secteur par surprise. Meo avait pourtant signé jusqu’en 2028, et son plan « Renaulution » était salué pour avoir remis le groupe sur les rails financièrement. Vous vous demandez sûrement ce que va devenir cette stratégie ? Provost présente son propre plan le 10 mars prochain, l’occasion de comprendre quelles décisions survivent et lesquelles passent à la trappe.

Le profil de François Provost diffère radicalement de celui de son prédécesseur. Moins spectaculaire, plus pragmatique, l’ancien directeur des Achats et des Partenariats affiche une approche terre-à-terre face aux turbulences du marché. Les droits de douane, la concurrence chinoise et les tensions financières du secteur imposent désormais de la rigueur plutôt que des coups d’éclat. Depuis sa nomination fin juillet, Provost a déjà procédé à un grand tri dans les initiatives héritées de l’ère Meo. Décisions abandonnées, projets maintenus ou réorientés : voici ce qui émerge de ce grand ménage stratégique.

Liquidation des filiales non rentables et simplification de l’organisation

Luca de Meo avait une passion pour la multiplication des entités. Après avoir découpé Renault en quatre business units (Renault, Dacia, Alpine et Mobilize), il avait créé de nombreuses filiales spécialisées. Vous vous souvenez peut-être d’Ampere pour l’électrique, de Horse pour les motorisations thermiques et hybrides, ou encore de « The Future is Neutral » pour l’économie circulaire. François Provost juge cette organisation trop complexe et peu efficace. Dès la fin 2025, il met fin à Mobilize, la marque censée porter les nouvelles mobilités.

Le quadricycle électrique Duo disparaît à peine lancé, jugé incapable de générer des bénéfices. Les ambitions du réseau de recharge rapide Mobilize Fast Charge sont également revues à la baisse. Ampere, qui devait être introduite en Bourse pour valoriser les activités électriques du groupe, connaît un destin similaire. Le projet d’entrée en Bourse échoue faute d’intérêt des investisseurs. La filiale devient une couche administrative supplémentaire qui ralentit les décisions. Provost décide de la réduire drastiquement, rapatriant la majorité des activités sous le contrôle direct de la marque Renault. Seule Horse, créée avec le chinois Geely, échappe au couperet grâce à ses résultats satisfaisants.

A lire également :  La crise du pétrole pousse rapidement les automobilistes vers l'électrique

Réduction des dépenses en sport automobile et en communication

Le nouveau patron de Renault affiche une sensibilité bien différente sur les engagements sportifs. Luca de Meo, passionné d’automobile, n’hésitait pas à investir pour soigner l’image des marques. Dacia avait ainsi lancé un programme de rallye-raid qui prendra fin fin 2026, après seulement deux saisons. Alpine abandonne son aventure en endurance avec l’hypercar A424, une décision qui permet d’économiser plusieurs dizaines de millions d’euros. Ces budgets seront réalloués au développement de nouveaux modèles de la gamme.

La Formule 1 reste au programme pour Alpine, du moins pour l’instant. La voilure du projet a néanmoins été réduite : les moteurs ne sont plus développés en interne mais fournis par Mercedes, une décision actée juste avant le départ de Meo. Sur le plan marketing, Provost semble également moins enclin aux dépenses flamboyantes. Son prédécesseur avait investi massivement dans la communication avec l’aide d’Arnaud Belloni : présence dans tous les grands salons automobiles, partenariat avec Jean-Michel Jarre pour le design sonore des véhicules électriques, sponsoring de Roland Garros, de l’équipe de France de rugby et de l’AS Monaco, projet de musée à Flins prévu pour 2027. Aucune annonce officielle n’a encore été faite, mais vous pouvez vous attendre à ce que ces initiatives soient scrutées de près.

Restructuration de l’équipe dirigeante pour plus d’efficacité

François Provost a remanié l’organigramme dès le 1er septembre 2025. Son objectif affiché ? Une structure capable de « décider plus vite, d’exécuter plus efficacement et d’être toujours plus proche de ses clients ». Fabrice Cambolive, directeur de la marque Renault, voit son périmètre élargi. Il supervise désormais Dacia et le développement international, tout en récupérant la gestion d’Ampere, signal annonciateur du démantèlement progressif de cette filiale.

A lire également :  Voitures électriques : ce nouveau rapport démonte un mythe tenace

Cette simplification vise à éliminer les strates inutiles et à accélérer les processus de décision. Dans un contexte où la rapidité d’exécution devient un avantage compétitif face aux constructeurs chinois, Renault ne peut plus se permettre une organisation alourdie par des entités qui se chevauchent. Le nouveau dirigeant applique une logique de rationalisation qui tranche avec l’approche plus expérimentale de son prédécesseur.

Maintien des lancements de produits avec un regard critique

François Provost reconnaît que la force de Luca de Meo résidait dans son attention portée aux produits. La renaissance de la R5 électrique, découverte dans les cartons à son arrivée et immédiatement validée, illustre parfaitement cette vision. Le succès commercial et l’impact positif sur l’image de la marque confirment la pertinence de cette stratégie. Provost entend poursuivre les lancements de nouveaux modèles, comme il l’a confirmé lors de la présentation des résultats financiers de 2025. Des annonces sont attendues le 10 mars prochain.

Vous devez savoir que tous les projets ne seront pas maintenus. Les coupes dans les programmes sportifs d’Alpine jettent un doute sur l’avenir de la gamme, qui devait compter sept modèles. La supercar prévue au sommet de la hiérarchie semble de moins en moins probable. La nouvelle 4L électrique, dont les ventes déçoivent, illustre que tous les paris produits ne sont pas gagnants. Provost va probablement faire du tri dans les projets les plus ambitieux décidés durant une période économiquement plus favorable.

Conservation de la méthode de développement accélérée inspirée de la Chine

L’un des piliers du plan Renaulution consistait à réduire le temps de conception des nouveaux véhicules. Luca de Meo avait fait passer ce délai de quatre à trois ans, puis à deux ans seulement avec le projet « Leap 100 », soit 100 semaines. Cette approche s’inspire directement des méthodes employées par les constructeurs chinois. La nouvelle Twingo a ainsi été développée en deux ans, avec une partie de la conception externalisée en Chine. François Provost valide cette recette et annonce qu’elle sera dupliquée.

A lire également :  Quand les data centers deviennent des centrales électriques virtuelles

Lors de la conférence sur les résultats 2025, il précise sa vision : « L’enjeu ce n’est pas de développer toutes les voitures en Chine. Le sujet c’est de prendre ce qu’on a réussi à faire avec Twingo, qui a été fait par Renault et de le faire au Technocentre, avec nos ingénieurs, avec nos fournisseurs européens pour faire en sorte que les Renault qui sortent en Europe, que nous aurons développées en Europe, produites en Europe, soient au niveau de compétitivité, de techno, de coût, de vitesse des meilleurs chinois qui sont en train de rentrer en Europe. » Vous comprenez que l’objectif n’est pas de délocaliser, mais d’adopter les meilleures pratiques pour rester compétitif face à l’offensive asiatique.

Poursuite de la réduction des coûts et recherche de partenariats viables

François Provost fixe comme objectif une marge opérationnelle entre 5 et 7 % pour les prochaines années. Ce niveau sera inférieur au pic atteint en 2024, mais le dirigeant privilégie la régularité plutôt que les variations saisonnières, surtout dans le contexte incertain actuel. La réduction des coûts reste une priorité, avec un objectif ambitieux : diminuer les coûts variables par véhicule de 400 € par an en moyenne. Un travail déjà entamé sous l’ère Meo, mais que Provost entend intensifier.

Les partenariats restent dans la stratégie du nouveau directeur général, mais avec une exigence accrue sur leur viabilité. Luca de Meo avait multiplié les collaborations, avec des résultats contrastés. Vous vous souvenez peut-être qu’Alpine devait développer sa plateforme électrique avec Lotus, un projet qui a rapidement capoté. La coentreprise Flexis pour les utilitaires électriques, créée avec Volvo et CMA CGM, vient également de s’effondrer. Renault rachète les parts de ses partenaires pour continuer seul. Provost, fort de son expérience aux Achats et aux Partenariats, privilégie désormais des alliances plus solides. Son accord avec Ford pour produire des citadines électriques dans les usines Renault illustre cette approche plus sélective et pragmatique.

Le 10 mars apportera des réponses définitives sur l’orientation stratégique du groupe. François Provost hérite d’un Renault redressé financièrement, mais confronté à des défis majeurs : concurrence chinoise, transition vers l’électrique, tensions commerciales internationales. Son approche moins spectaculaire mais plus rigoureuse correspond peut-être mieux aux temps actuels. Entre préservation des acquis de l’ère Meo et nécessaire adaptation aux réalités économiques, le nouveau patron trace sa propre voie, conservant ce qui fonctionne tout en éliminant les expérimentations coûteuses.

Réagissez à l'article
guest

4 Commentaires
Le plus ancien
Le plus récent Le plus populaire
Commentaires en ligne
Afficher tous les commentaires