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Stellantis mise désormais tout sur ses voitures chinoises pour se sauver

François Zhang-Ming

Après avoir accusé des pertes de plus de 20 milliards de dollars en 2024, Stellantis change son fusil d’épaule. Le géant automobile aux 14 marques vient de confirmer qu’il assemblera des véhicules électriques chinois Leapmotor dans son usine espagnole, près de Saragosse. Un virage stratégique qui témoigne des difficultés rencontrées par le constructeur dans son plan d’électrification initial, notamment aux États-Unis où le Ram 1500 électrique a été purement et simplement abandonné.

Ce repositionnement s’appuie sur Leapmotor International, une coentreprise dans laquelle Stellantis détient 51% des parts depuis 2023. Vous vous demandez sans doute pourquoi un constructeur européen fait appel à un partenaire chinois pour redresser la barre ? La réponse tient en trois mots : prix, technologie et réactivité. Les constructeurs chinois ont développé une expertise redoutable sur les véhicules électriques à coût maîtrisé, là où les marques occidentales peinent encore à proposer des modèles abordables.

Le Leapmotor B10 ouvre le bal en Espagne

Le B10, un SUV compact électrique, sera le premier modèle à sortir des chaînes de montage espagnoles à partir de la seconde moitié de 2026. Ce véhicule de 4,52 mètres rejoindra l’Opel Corsa, la Peugeot 208 et la Lancia Ypsilon dans l’usine de Saragosse. Son positionnement tarifaire actuel, fixé à 29 990 euros, en fait une proposition intéressante sur le segment des SUV électriques compacts, un créneau particulièrement prisé des acheteurs européens.

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Sur le plan technique, le B10 embarque un moteur électrique arrière développant 218 chevaux. Vous avez le choix entre deux capacités de batterie : une version avec 56,2 kWh offrant 360 kilomètres d’autonomie WLTP, et une déclinaison dotée d’un pack de 67,1 kWh portant l’autonomie à 434 kilomètres. Ces chiffres le placent dans la moyenne du segment, sans révolutionner le marché mais en proposant un rapport prix-prestations cohérent.

Une production locale pour contourner les taxes douanières

La décision de produire localement n’est pas uniquement guidée par des considérations industrielles. Elle permet surtout à Stellantis d’échapper aux droits de douane imposés sur les véhicules électriques chinois importés en Europe. Cette stratégie n’est pas nouvelle pour le groupe : quelques exemplaires du T03, une citadine électrique, avaient déjà été assemblés en Pologne, à Tychy, pour tester ce modèle économique.

L’expérience n’avait pas duré, mais elle a manifestement servi de laboratoire. Avec le B10 et les trois autres modèles Leapmotor qui suivront dès 2027, Stellantis adopte une approche plus structurée. Pour soutenir cette production, une nouvelle entreprise baptisée Lieder Automotive a vu le jour. Cette coentreprise entre le chinois Duoli Technology et le fournisseur basque Fagor Ederlan aura pour mission de fournir des composants fabriqués en Europe, créant ainsi un écosystème local autour de ces modèles chinois.

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Les marques européennes de Stellantis dans la balance

Si Opel et Peugeot affichent des résultats corrects avec leurs gammes électriques respectives sur le Vieux Continent, la situation globale du groupe reste tendue. Aux États-Unis, Stellantis concentre désormais ses efforts sur des modèles comme le Jeep Recon électrique et des versions à autonomie étendue du Ram 1500 REV et du Jeep Grand Wagoneer EREV. Le Jeep Wrangler 4xe hybride rechargeable, pourtant populaire, a été sacrifié dans la refonte stratégique.

L’investissement de 1,6 milliard d’euros réalisé en 2023 pour acquérir 20% de Leapmotor prend tout son sens dans ce contexte. Stellantis ne se contente pas d’importer des véhicules finis : le groupe s’appuie sur le savoir-faire technique et industriel de son partenaire chinois pour accélérer son repositionnement. La création de Leapmotor International, dont Stellantis contrôle la majorité, donne au constructeur franco-italo-américain les coudées franches pour distribuer et produire ces modèles sur plusieurs marchés.

Quelles perspectives pour les modèles à venir ?

Les trois véhicules électriques supplémentaires qui rejoindront la production espagnole en 2027 n’ont pas encore été officiellement dévoilés. On peut raisonnablement imaginer qu’ils couvriront différents segments pour maximiser l’impact commercial : peut-être une berline compacte, un SUV familial plus imposant ou une variante à empattement allongé du B10.

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La question du prix reste centrale. Si la production locale permet d’éviter les surtaxes douanières, elle génère aussi des coûts de main-d’œuvre et logistiques plus élevés qu’en Chine. Stellantis n’a pas précisé si le tarif du B10 assemblé en Espagne sera aligné sur les 29 990 euros actuels ou s’il subira une légère hausse. Pour vous, acheteurs potentiels, cette incertitude mérite d’être surveillée de près.

Cette alliance sino-européenne illustre une nouvelle réalité du marché automobile : les frontières traditionnelles s’estompent, et les constructeurs historiques n’hésitent plus à s’allier avec des acteurs chinois pour combler leurs retards technologiques ou financiers. Stellantis fait le pari que Leapmotor lui apportera l’agilité et les coûts compétitifs nécessaires pour rebondir après une année 2024 catastrophique. Le succès de ce pari se mesurera dans les chiffres de vente à partir de fin 2026.

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