La fraude au compteur kilométrique touche aussi les voitures électriques
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Tesla se retrouve dans une situation pour le moins inhabituelle. Le constructeur automobile basé à Austin doit se battre devant les tribunaux pour pouvoir utiliser le nom “Cybercab”, celui-là même qu’il a choisi pour son robotaxi sans volant. Face à lui : UNIBEV, un grossiste français en boissons qui a déposé la marque avant Tesla. Le dossier déposé auprès de l’office américain des brevets et des marques (USPTO) compte 167 pages et comporte cinq chefs d’accusation distincts, dont certains particulièrement sévères comme la fraude et la mauvaise foi.
Cette bataille juridique intervient à un moment critique pour Tesla, alors que la production du Cybercab vient tout juste de démarrer à la Gigafactory du Texas. Le premier exemplaire sans volant est sorti des chaînes le 17 février dernier, et l’entreprise prévoit d’accélérer la cadence dès avril 2026. Elon Musk a promis des livraisons aux consommateurs avant 2027, avec un prix inférieur à 30 000 dollars. Problème : Tesla se prépare à commercialiser un véhicule dont elle ne possède pas légalement le nom.
Dans son dossier d’opposition daté du 18 février 2026, Tesla accuse UNIBEV de fraude pure et simple envers l’USPTO. La société française aurait affirmé auprès de l’office des marques qu’aucune autre entité n’utilisait les termes “cyber”, “cab” ou “cyber cab” en lien avec des produits similaires. Tesla considère cette déclaration comme mensongère, puisque le constructeur avait déjà présenté son Cybercab lors de l’événement “We, Robot” en octobre 2024, largement relayé par les médias internationaux.
Le deuxième chef d’accusation questionne la réelle intention d’UNIBEV d’utiliser cette marque. La société est spécialisée dans la distribution de boissons en gros. Son dirigeant, Jean-Louis Lentali, n’a aucun antécédent connu dans la fabrication, la vente ou la commercialisation de véhicules. Tesla y voit une opération classique de squattage de marque : déposer un nom célèbre dans une catégorie de produits que l’on ne compte jamais exploiter, puis réclamer un paiement au propriétaire légitime.
Un détail révélateur renforce cette argumentation. Lentali suit personnellement Elon Musk, Kimbal Musk, Maye Musk et SpaceX sur les réseaux sociaux. Difficile dans ces conditions de prétendre ignorer l’existence du Cybercab de Tesla quand on suit chaque publication de la famille Musk.
Ce n’est pas la première fois qu’UNIBEV s’intéresse de près aux marques associées à Tesla. La société française possède déjà les droits sur “Teslaquila”, le nom que Tesla avait voulu utiliser pour sa tequila en édition limitée. En janvier dernier, UNIBEV a également déposé des demandes pour “Cyberquad” et “Cybertaxi”, deux autres appellations liées à l’univers Tesla.
La chronologie des dépôts révèle une stratégie bien orchestrée. UNIBEV a d’abord déposé la marque “Cybercab” en France le 29 avril 2024, plusieurs mois avant l’événement de présentation de Tesla en octobre. Elle a ensuite déposé sa demande auprès de l’USPTO le 28 octobre 2024, environ deux semaines après le dévoilement du véhicule par Tesla, mais avant que le constructeur ne dépose sa propre demande en novembre 2024. Selon les règles de priorité internationale, la date de dépôt française d’UNIBEV lui confère un avantage significatif dans cette bataille.
Les trois derniers chefs d’accusation s’appuient sur les marques “CYBER-” que Tesla possède déjà. Le troisième argument évoque le risque de confusion avec les marques déposées CYBERTRUCK. Tesla rappelle que l’USPTO a déjà refusé d’autres marques dérivées comme CYBERCAMPER, CYBERTRAILER ou CYBERVAN, les jugeant trop similaires aux enregistrements de Tesla.
Le quatrième chef d’accusation concerne la dilution des marques célèbres CYBERTRUCK. Le cinquième allègue que la marque d’UNIBEV suggère faussement un lien avec Tesla. L’ensemble forme un dossier juridique robuste qui témoigne de la détermination du constructeur à récupérer ce nom.
La production du Cybercab ne peut pas attendre l’issue d’une procédure judiciaire qui prendra des mois. Tesla vise une production en volume dès avril 2026 et souhaite commercialiser ce robotaxi autonome rapidement. Le constructeur se trouve dans une position inconfortable : lancer la fabrication d’un véhicule dont il ne détient pas les droits sur le nom.
Cette situation découle d’une erreur stratégique. Tesla a annoncé le nom “Cybercab” lors d’un événement médiatisé, puis a attendu un mois avant de déposer la demande de marque. Un délai qui a suffi à UNIBEV pour prendre les devants. Par précaution, Tesla a également déposé en urgence les marques “Cybercar” et “Cybervehicle” comme solutions de repli, des noms qu’Elon Musk a mentionnés lors de la présentation des résultats du quatrième trimestre 2025.
Malgré la solidité apparente du dossier Tesla, la procédure devant le Tribunal d’appel des marques de l’USPTO prendra plusieurs mois. Le scénario le plus probable reste un accord financier entre les deux parties. UNIBEV semble avoir bâti toute sa stratégie autour de cette issue : obtenir un paiement de Tesla en échange de l’abandon de ses droits sur la marque.
Cette opposition donne à Tesla une position de négociation plus forte, mais le constructeur ne devrait jamais avoir besoin d’en arriver là. Pour une entreprise de cette envergure, se faire devancer par un grossiste en boissons sur le dépôt d’une marque aussi stratégique reste surprenant. Les preuves rassemblées, notamment le fait que le dirigeant d’UNIBEV suive activement la famille Musk sur les réseaux sociaux, devraient jouer en faveur de Tesla. Reste à savoir combien cette erreur initiale coûtera finalement au constructeur, que ce soit en temps, en argent ou en crédibilité.
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