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Tesla vient de publier sur sa page relations investisseurs le consensus d’analystes compilé par ses soins pour le deuxième trimestre 2026. Le chiffre retenu : 406 024 livraisons, calculé à partir des estimations de 22 analystes issus de grandes maisons comme Morgan Stanley, Goldman Sachs, JPMorgan, Wedbush, Barclays ou UBS. En apparence, c’est un signal positif. En creusant un peu, le tableau est nettement plus nuancé.
Précisons d’emblée que Tesla indique explicitement ne pas « cautionner les informations, recommandations ou conclusions formulées par les analystes ». Ces chiffres sont donc à lire comme une photographie du sentiment de Wall Street, pas comme une promesse de la marque. Les données du T1 2026 dans le tableau sont des chiffres réels ; tout ce qui suit relève de l’estimation.
Sur les 406 024 livraisons attendues, 392 625 unités seraient des Model 3 et Model Y. Les 12 978 restantes regroupent les Model S, Model X et le Cybertruck — ce que Tesla appelle pudiquement “all other models”. Ce chiffre mérite qu’on s’y arrête : ces modèles à plus fortes marges représenteraient moins de 13 000 unités sur le trimestre, en recul par rapport aux 16 130 livrés au T1 2026. Pour une entreprise dont la valorisation repose en partie sur sa montée en gamme, c’est un signal à ne pas ignorer.
La médiane du consensus se situe légèrement au-dessus, à 408 609 livraisons, avec un écart-type de 14 922. Cette dispersion reste raisonnable à court terme, ce qui signifie que les analystes sont globalement alignés sur le trimestre en cours. C’est bien sur les projections à long terme que les choses se compliquent sérieusement.
| Période | Model 3/Y | Autres modèles | Total livraisons | Médiane |
|---|---|---|---|---|
| T1 2026 (réel) | 341 893 | 16 130 | 358 023 | — |
| T2 2026 (consensus) | 392 625 | 12 978 | 406 024 | 408 609 |
| Année 2026 | 1 595 103 | 56 123 | 1 654 808 | 1 667 842 |
| 2027 | 1 727 302 | 91 882 | 1 824 568 | 1 809 297 |
| 2030 | 2 225 059 | 362 663 | 2 649 054 | 2 415 969 |
Le consensus annuel pour 2026 table sur environ 1,65 million de livraisons, à comparer aux 1,64 million enregistrés en 2025 — qui était déjà une deuxième année consécutive de recul par rapport au pic de 1,81 million atteint en 2023. Les analystes modélisent donc une reprise de moins de 1 % sur l’ensemble de l’année. C’est nettement plus modeste que ce que les marchés avaient anticipé trois mois plus tôt : le consensus de mars 2026 prévoyait 1 689 691 livraisons pour l’année, soit une révision à la baisse d’environ 35 000 unités en quelques semaines.
Au T1 2026, Tesla avait d’ailleurs manqué son propre consensus, livrant 358 023 véhicules contre 365 645 attendus, tout en produisant plus de 50 000 véhicules qu’il n’a pas réussi à écouler. Ce stock non vendu est un détail qui parle de lui-même sur l’état de la demande. La narration de “société de croissance” qui justifie la valorisation boursière de Tesla est difficilement compatible avec ces chiffres concrets.
Les estimations à horizon 2028-2030 parient sur une réaccélération franche des volumes. Le consensus voit Tesla atteindre 2 065 389 livraisons en 2028, puis 2 649 054 en 2030. Ce scénario suppose l’arrivée de nouveaux modèles abordables et une montée en puissance du Cybertruck, entre autres catalyseurs. Problème : l’écart-type sur l’estimation 2030 atteint 760 060 véhicules. En d’autres termes, les analystes ne s’accordent pas à moins d’un million d’unités près sur ce que sera Tesla dans quatre ans. C’est moins une prévision qu’un aveu d’incertitude collective.
Cette dispersion croissante reflète des questions fondamentales encore sans réponse : le modèle entrée de gamme tant annoncé sera-t-il un vrai succès commercial ? Tesla parviendra-t-il à diversifier sa clientèle au-delà de sa base actuelle, dans un contexte de concurrence internationale de plus en plus dense ?
Si la division automobile stagne, le segment énergie de Tesla affiche une trajectoire autrement plus lisible. Les analystes anticipent 13,8 GWh de déploiements de stockage d’énergie au T2 2026, contre 8,8 GWh au T1 — soit une progression trimestrielle significative. Sur l’année complète, le consensus table sur 57,9 GWh, en route vers 150,1 GWh en 2030.
Le stockage d’énergie — principalement via les Megapack destinés aux réseaux électriques — est aujourd’hui le segment à la croissance la plus rapide chez Tesla. Dans un contexte de transition énergétique accélérée et de demande mondiale en infrastructures de stockage, cette activité bénéficie de vents porteurs que la division automobile n’a plus vraiment en ce moment.
Tesla a repris de justesse la tête des ventes mondiales de véhicules électriques à BYD au T1 2026, mais les circonstances méritent d’être mentionnées : ce sont les ventes de BYD qui ont fléchi sur le marché domestique chinois, après la suppression de l’exonération de taxe à l’achat des voitures électriques en Chine, et non une poussée particulière de Tesla. La marque californienne reste très dépendante de son usine de Shanghai, qui représentait environ 60 % des volumes mondiaux au T1 2026, et d’un duo Model 3 / Model Y qui concentre près de 95 % des livraisons.
Cette concentration sur deux modèles vieillissants, dans un marché où les constructeurs chinois multiplient les références à des prix inférieurs de 20 à 30 %, est l’un des risques structurels que le consensus à long terme semble minimiser. Le fait que Tesla publie lui-même le consensus d’analystes sur lequel il sera ensuite évalué est en soi un exercice de communication bien rodé — mais les chiffres bruts, eux, ne se laissent pas rhabiller facilement.
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