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Finalement, l’Europe n’est pas encore prête pour la conduite autonome de Tesla

Philippe Moureau

En avril 2025, le RDW, l’organisme néerlandais chargé de la sécurité routière, a officiellement autorisé le système Tesla Full Self-Driving sur les routes publiques des Pays-Bas. Une décision qui a immédiatement fait naître l’espoir d’un déploiement rapide à l’échelle européenne. Sauf que la réalité réglementaire du continent est bien plus complexe qu’un simple effet domino. Plusieurs pays membres de l’UE freinent des quatre fers, et pour des raisons qui méritent qu’on s’y attarde sérieusement.

Des régulateurs nordiques qui posent les bonnes questions

Reuters a mis la main sur des échanges de courriels entre régulateurs de transport en Suède, Finlande, Danemark et Norvège. Ces pays ont été sollicités par Tesla pour reconnaître l’homologation néerlandaise sur leur propre territoire. Leur réponse commune : pas si vite. Hans Nordin, représentant de l’Agence suédoise des transports, a soulevé un point concret et difficile à ignorer : le système FSD peut dépasser les limitations de vitesse en vigueur. Une tolérance que la réglementation suédoise n’est pas prête à accepter, et on peut comprendre pourquoi.

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Du côté finlandais, Jukka Juhola a posé une question qui résonne particulièrement dans les pays nordiques : comment se comporte FSD sur une chaussée verglacée à 80 km/h ? L’inquiétude est légitime. Une manœuvre d’évitement d’urgence sur une route couverte de glace met à rude épreuve même les meilleurs conducteurs humains. Qu’en est-il d’un système automatisé dont les données d’entraînement proviennent en grande majorité de routes californiennes ou d’environnements climatiques bien différents des hivers scandinaves ? La question reste sans réponse claire de la part de Tesla à ce stade.

Le nom “Full Self-Driving” : un problème réglementaire en soi

L’appellation même du système revient régulièrement dans les discussions entre régulateurs. “Full Self-Driving” — soit conduite entièrement autonome en traduction littérale — est perçue comme trompeuse. Tesla commercialise en réalité la version FSD Supervised pour le marché européen, ce qui implique que le conducteur doit maintenir son attention sur la route en permanence et garder les mains disponibles. Ce n’est donc pas une conduite entièrement autonome au sens strict, et plusieurs autorités craignent que cette dénomination induise les utilisateurs en erreur sur les capacités réelles du système.

Une autre question pratique a émergé : est-ce que FSD autoriserait le conducteur à utiliser son téléphone pendant que le véhicule est en mode de conduite automatisée ? Dans le cadre de FSD Supervised, la réponse est non — le conducteur doit rester vigilant. Mais si le nom du produit suggère une autonomie totale, le risque de comportements dangereux par mauvaise interprétation devient un vrai sujet de sécurité publique. C’est ce type de glissement sémantique que les régulateurs cherchent précisément à éviter.

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La pression des utilisateurs Tesla : une stratégie à double tranchant

Tesla n’a pas attendu passivement les décisions des régulateurs. La marque a encouragé ses propriétaires à contacter directement les autorités compétentes pour accélérer le processus d’approbation. Résultat : les régulateurs ont été submergés de courriels de propriétaires Tesla militants. Si certains officiels ont reconnu que cela témoignait d’un intérêt fort pour le produit, l’effet sur le processus réglementaire a été, au mieux, neutre.

Un responsable norvégien a indiqué que ses équipes ont dû consacrer du temps à répondre à des « consommateurs mal informés », ce qui a plutôt alourdi la charge de travail des services. Plus révélateur encore : le responsable des affaires réglementaires de Tesla pour l’UE a lui-même reconnu que ce type de campagne de pression était généralement « peu utile » au bon déroulement des procédures. Une manœuvre de communication qui a donc clairement manqué sa cible.

Ce qu’il faut pour une approbation à l’échelle de l’Union européenne

Pour que FSD soit autorisé dans l’ensemble de l’Union européenne, un seuil précis doit être atteint lors du vote des États membres :

  • Les représentants d’au moins 55 % des États membres doivent voter en faveur de l’approbation.
  • Ces États membres doivent représenter au moins 65 % de la population totale de l’Union européenne.
  • Les Pays-Bas doivent publier les données ayant servi à homologuer FSD sur leur territoire, condition sine qua non pour convaincre les pays encore sceptiques.
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Or, le RDW n’a pas encore rendu publiques les données et analyses qui ont conduit à son feu vert. Tant que ces informations restent confidentielles, les autres pays membres n’ont aucune base solide sur laquelle s’appuyer pour prendre leur propre décision. Des réunions des comités compétents sont prévues en juillet et en octobre 2026, ce qui laisse entendre qu’une approbation continentale, si elle arrive, ne sera pas pour demain.

Des représentants néerlandais doivent d’ores et déjà s’expliquer devant un comité européen pour justifier leur décision et tenter de convaincre leurs homologues. Le chemin vers un déploiement de FSD à l’échelle de l’UE s’annonce donc long, balisé de réunions techniques, de demandes de transparence et de débats sur ce que signifie vraiment conduire de manière autonome en toute sécurité sur les routes européennes — qu’elles soient ensoleillées ou recouvertes de verglas.

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