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Les acheteurs des voitures électriques Xiaomi piégés par une clause méconnue

Philippe Moureau

Le constructeur chinois Xiaomi fait face à une nouvelle controverse concernant ses conditions de paiement. Plusieurs clients dénoncent une pratique qui les oblige à régler l’intégralité du prix de leur véhicule électrique avant même de l’avoir reçu, contredisant les engagements initiaux de la marque. Cette situation met en lumière les difficultés d’adaptation d’une entreprise technologique au secteur automobile traditionnel.

Des pratiques commerciales qui suscitent la polémique

Selon les témoignages rapportés par Sina Tech, Xiaomi impose désormais à ses clients ayant passé commande de verser la totalité du montant pour déclencher la production de leur véhicule. Cette exigence intervient après le versement d’un acompte de 5 000 yuans (environ 603 euros), et constitue un revirement par rapport aux promesses initiales du constructeur.

La marque avait pourtant assuré que les acheteurs pourraient inspecter leur véhicule avant de procéder au règlement final. Désormais, les commerciaux informent les clients qu’ils disposent d’un délai de 30 jours pour s’acquitter du solde, sous peine de voir leur commande suspendue. Plus préoccupant encore, Xiaomi menacerait d’annuler définitivement les commandes sans rembourser l’acompte versé.

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Un succès commercial qui génère des complications

Cette situation découle paradoxalement du succès phénoménal rencontré par les véhicules électriques de Xiaomi. La SU7, première voiture de la marque dévoilée fin 2023, avait immédiatement conquis le marché chinois. Les délais de livraison ont rapidement dépassé huit mois, poussant le constructeur à intensifier sa production jusqu’à livrer 200 000 exemplaires en mars 2025.

Le lancement du SUV YU7 a confirmé cet engouement avec 200 000 précommandes enregistrées en seulement trois minutes. Cette demande exceptionnelle a mis les chaînes de production sous tension et complique la gestion des commandes pour un constructeur encore novice dans l’industrie automobile.

Une position contractuelle qui divise

L’analyse des contrats révèle que Xiaomi dispose d’une base légale pour ses exigences. Les conditions générales stipulent effectivement que les clients doivent régler le solde dans les sept jours suivant la réception d’un avis de paiement. Cette clause offre à la marque une latitude considérable pour réclamer le paiement à tout moment.

La comparaison avec la concurrence révèle des pratiques plus souples chez les autres constructeurs :

  • Tesla et Nio : paiement du solde après inspection du véhicule par le client
  • BYD et Geely : règlement final au moment de la livraison effective
  • Xiaomi : exigence du paiement intégral avant production
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Une série de controverses pour le constructeur

Cette polémique s’ajoute à plusieurs incidents qui ont terni l’image de Xiaomi dans l’automobile. L’entreprise avait dû faire face aux critiques après un accident mortel impliquant trois personnes, l’amenant à brider temporairement la puissance de sa SU7 Ultra et à imposer un stage de conduite sur circuit pour débloquer les performances maximales.

Une autre controverse avait éclaté autour d’un capot en carbone vendu comme amélioration performance, mais qui s’avérait inefficace pour le refroidissement moteur. Le refus initial de rembourser les clients mécontents avait alimenté la polémique, poussant le dirigeant de Xiaomi à qualifier cette période comme “la pire de l’histoire” de l’entreprise.

Une stratégie de régulation de la demande ?

Ces nouvelles conditions de paiement pourraient constituer une méthode détournée pour réguler les carnets de commandes surchargés. En durcissant les conditions financières, Xiaomi pourrait inciter certains clients à renoncer à leur achat, allégeant ainsi la pression sur ses capacités de production. Cette approche, bien que compréhensible d’un point de vue industriel, soulève des questions éthiques sur le respect des engagements commerciaux initiaux.

Les clients qui contestent cette pratique se trouvent dans une position délicate, coincés entre leur désir d’acquérir un véhicule électrique prisé et des conditions contractuelles qu’ils jugent abusives. L’absence de communication officielle de Xiaomi sur cette affaire ne fait qu’alimenter les spéculations et la frustration des acheteurs concernés.

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