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Un nouveau constructeur chinois débarque en France : à quoi faut-il s’attendre ?

François Zhang-Ming

Le marché automobile français s’apprête à accueillir un nouveau protagoniste de taille. Après avoir conquis 120 pays et écoulé 2,6 millions de voitures en 2024, le groupe Chery débarque officiellement en France avec sa marque Omoda Jaecoo. Si vous n’avez jamais entendu parler de ce constructeur créé en 1997, vous avez probablement croisé ses véhicules sans le savoir : les DR en Italie ou les Ebro en Espagne ne sont que des Chery rebadgés.

Cette arrivée marque une étape importante pour le leader chinois de l’export automobile, qui devance même BYD sur les marchés internationaux depuis 22 années consécutives. Avec un lancement prévu au printemps 2026, Omoda Jaecoo mise sur quatre SUV hybrides pour séduire les automobilistes français, dans un marché où la concurrence s’intensifie.

Une stratégie d’implantation méthodique et réfléchie

Hanbang Yu, directeur de Chery France et ancien responsable du lancement de MG en 2020, ne cache pas sa philosophie : « Notre stratégie consiste à identifier les bons produits, les bonnes personnes et le bon réseau ». Cette approche pragmatique s’appuie sur une préparation minutieuse débutée en février 2024, soit deux années complètes entre la première réunion et les premières livraisons prévues.

L’ampleur des moyens déployés témoigne du sérieux de cette implantation. Dès le premier jour, 70 concessionnaires ouvriront leurs portes sur le territoire français, un chiffre remarquablement élevé pour un nouveau entrant. Cette maille territoriale s’accompagne d’une garantie de 7 ans et d’un entrepôt de pièces détachées installé en France pour rassurer sur l’après-vente. L’objectif affiché ? Immatriculer 10 000 véhicules dès la première année d’exploitation.

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Quatre SUV hybrides pour débuter l’offensive française

Omoda Jaecoo structure son offre autour de deux gammes distinctes. Les modèles Omoda adoptent un style de crossover dynamique avec un habitacle spacieux, tandis que les Jaecoo privilégient une esthétique SUV plus robuste et cubique, positionnée un cran au-dessus en termes de premium. Tous reposent sur des plateformes multiénergies communes.

La gamme française de lancement comprend quatre modèles stratégiquement positionnés :

  • Omoda 7 : SUV hybride rechargeable de 347 ch et 4,62 m, concurrent direct des Dacia Bigster et Volkswagen Tiguan
  • Omoda 9 : Le haut de gamme de 4,77 m disponible en hybride rechargeable 347 ch, face au Peugeot 5008
  • Jaecoo 5 : Compact de 4,38 m en version hybride 225 ch, positionné contre les Duster et 2008
  • Jaecoo 7 : Modèle de 4,50 m proposé en hybride 225 ch et hybride rechargeable 347 ch

Si les tarifs restent confidentiels jusqu’à début 2026, les dirigeants promettent un positionnement compétitif sans pour autant brader leurs produits. « Nous ne nous positionnons pas comme une marque bon marché : la qualité du produit, la technologie, tout mérite un prix approprié », précise Hanbang Yu.

Un système hybride développé en interne particulièrement sophistiqué

La technologie Super Hybrid System (SHS) développée entièrement par Chery mérite une attention particulière. Cette motorisation hybride intègre deux moteurs identiques sur quatre des cinq modèles : un bloc électrique de 150 kW (204 ch) associé à un thermique de 105 kW (143 ch). La différence entre versions hybrides simples et rechargeables réside dans la capacité de la batterie : 1,8 kWh pour les premières contre 18,3 kWh pour les secondes, offrant 90 km d’autonomie électrique en cycle WLTP.

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L’Omoda 9 sort du lot avec sa configuration à trois moteurs électriques et sa puissance totale de 537 ch. Sa batterie de 34,46 kWh permet d’atteindre 145 km d’autonomie en mode électrique pur. Le principe de fonctionnement s’apparente au système Super DM-i de BYD : le moteur essence peut soit entraîner directement les roues, soit jouer le rôle de générateur pour alimenter la batterie, qui alimente ensuite le moteur électrique.

Des ambitions électriques freinées par les contraintes réglementaires

Paradoxalement pour un groupe disposant d’un large catalogue de véhicules électriques, Chery privilégie l’hybride pour son lancement français. Cette stratégie s’explique par les exigences de l’éco-score français, condition sine qua non pour accéder au bonus écologique et aux avantages fiscaux. Cette certification impose une production européenne, ce qui complique la donne.

Chery possède bien une usine en Espagne, rachetée à Nissan dans le cadre d’une coentreprise avec EV Motor, mais sa capacité limitée ne suffirait pas à la demande européenne. « Pour être honnête, ce ne sera pas la seule usine », reconnaît Hanbang Yu sans dévoiler les projets d’implantation. Les rumeurs d’une installation en Turquie ont été démenties, mais des spéculations persistent autour d’un rachat potentiel d’usines Volkswagen en Allemagne.

ModèleLongueurMotorisationPuissanceAutonomie électrique
Omoda 74,62 mHybride rechargeable347 ch90 km
Omoda 94,77 mHybride rechargeable537 ch145 km
Jaecoo 54,38 mHybride225 ch
Jaecoo 74,50 mHybride/Hybride rechargeable225/347 ch90 km

Un écosystème de marques prêt à déferler sur l’Europe

Omoda Jaecoo ne représente que la partie émergée de l’iceberg Chery. Le groupe contrôle huit marques distinctes, de la citadine électrique QQ aux SUV premium Exlantix (version export des Exeed chinoises), en passant par les originaux véhicules iCar rebaptisés iCaur pour l’export. « Nous voulons lancer toutes les marques en France », avoue Hanbang Yu, avant de tempérer : « mais nous ne sommes pas stupides : nous ne savons pas comment mettre en place toutes ces marques en même temps ».

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Cette approche par étapes pourrait rapidement porter ses fruits. Le centre de recherche et développement allemand de Chery, installé depuis 2018 à Raunheim, travaille déjà sur l’adaptation des véhicules aux goûts européens. La mini-voiture électrique QQ, déjà commercialisée en Italie sous le nom de DR 1.0 EV, pourrait bénéficier de la future réglementation E-Car discutée à Bruxelles pour créer une catégorie intermédiaire entre quadricycle et citadine.

L’implantation de Chery en France s’annonce méthodique mais déterminée. Avec un réseau commercial étoffé dès le lancement, une technologie hybride maîtrisée et des ambitions électriques clairement affichées, le constructeur chinois dispose des atouts nécessaires pour bousculer un marché français en pleine mutation. Les 70 concessions qui ouvriront au printemps 2026 marqueront le début d’une aventure industrielle que ses dirigeants espèrent pérenne, loin des tentatives d’implantation éphémères qu’a connues notre marché par le passé.

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