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La voiture la plus “Made in USA” est à moitié chinoise… si si, c’est possible

Philippe Moureau

Voici un paradoxe qui ne manque pas de piquant : alors que les États-Unis semblent vouloir freiner l’essor de l’électrique, les voitures électriques trustent désormais les premières places du classement des véhicules les plus “made in America”. Cette situation révèle une réalité industrielle complexe où les constructeurs étrangers s’avèrent parfois plus américains que les marques historiques de Detroit.

L’édition 2025 de l’American Made Index de Cars.com bouleverse les idées reçues. Tesla monopolise les quatre premières positions, mais ce qui surprend davantage, c’est que 60% du top 10 est constitué de véhicules électriques. Un chiffre qui interroge sur l’évolution de l’industrie automobile américaine et ses priorités politiques actuelles.

Tesla confirme sa domination avec quatre modèles en tête

La marque d’Elon Musk reproduit l’exploit de 2023 en plaçant ses quatre modèles phares aux premières places du classement. La Model 3 conserve sa couronne, suivie de près par la Model Y, la Model S et la Model X. Cette performance s’explique par la stratégie de production locale de Tesla, qui fabrique ces véhicules dans ses usines de Fremont en Californie et d’Austin au Texas.

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Cette domination n’est pas le fruit du hasard. Tesla a misé très tôt sur une production américaine pour réduire les coûts logistiques et bénéficier des incitations fiscales. Résultat : une intégration verticale qui permet à la marque de contrôler une grande partie de sa chaîne d’approvisionnement sur le sol américain, des batteries aux composants électroniques.

Les constructeurs asiatiques s’imposent sur le territoire américain

L’entrée remarquée de Hyundai et Kia dans ce classement illustre parfaitement la nouvelle donne industrielle. La Kia EV6 se hisse à la 6e place, tandis que la Hyundai Ioniq 5 occupe le 30e rang. Ces performances s’expliquent par l’ouverture de leur nouvelle usine en Géorgie, qui produit localement ces modèles électriques.

Cette stratégie répond à plusieurs impératifs : contourner les droits de douane, réduire les délais de livraison et surtout, permettre à leurs clients de bénéficier du crédit d’impôt fédéral de 7 500 dollars réservé aux véhicules assemblés en Amérique du Nord. Un calcul économique qui s’avère payant pour ces marques historiquement européennes et asiatiques.

Le top 10 complet révèle la diversité des origines

Le classement 2025 des véhicules les plus américains présente un mélange surprenant de marques et de segments :

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Cette liste met en évidence la présence significative de Honda, qui place trois modèles dans le top 10 grâce à ses usines de l’Ohio et de l’Alabama. La Volkswagen ID.4, assemblée dans le Tennessee, complète ce palmarès éclectique où les constructeurs allemands côtoient les marques coréennes et japonaises.

Les marques étrangères surpassent les constructeurs historiques américains

Les chiffres révèlent une tendance lourde : les constructeurs étrangers représentent désormais 67% des véhicules classés dans l’American Made Index, contre 58% en 2021. Cette progression s’effectue au détriment des marques domestiques, qui ne pèsent plus que 32% du classement.

General Motors illustre parfaitement cette érosion avec 25% de modèles en moins depuis 2020. À l’inverse, Ford affiche une progression de 30% sur la même période, tandis que Stellantis gagne 14%. Ces écarts s’expliquent par des stratégies industrielles différentes : certains constructeurs ont relocalisé leur production, d’autres ont maintenu leurs chaînes d’approvisionnement internationales.

Cette réalité bouscule l’image traditionnelle de l’automobile américaine. Acheter une Honda fabriquée dans l’Ohio peut s’avérer plus “patriotique” qu’opter pour une Chevrolet assemblée au Mexique. Les badges ne reflètent plus nécessairement l’origine géographique de la production, transformant les codes de lecture habituels du marché.

La montée en puissance des véhicules électriques dans ce classement soulève une question stratégique majeure. Alors que l’administration américaine envisage de supprimer les incitations fiscales à l’électrique, ces mesures risquent de pénaliser des secteurs industriels qui créent pourtant de l’emploi sur le territoire. Les usines Tesla, Hyundai-Kia ou Volkswagen contribuent directement à l’économie locale, générant des milliers d’emplois qualifiés dans la production et l’ingénierie. Cette situation paradoxale illustre les contradictions entre politique énergétique et réalité industrielle dans l’Amérique contemporaine.

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