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Fin du thermique pour la prochaine Peugeot 208, c’est acté

Albert Lecoq

Les revirements stratégiques se multiplient chez Stellantis. Après avoir annoncé il y a un an que la plateforme STLA-Small pourrait accueillir des moteurs thermiques et hybrides, le constructeur fait marche arrière. La future Peugeot 208 sera finalement proposée uniquement en version électrique, tout comme ses cousines techniques. Ce changement de direction illustre les hésitations du groupe face aux défis de l’électrification massive du marché automobile européen.

Une plateforme électrique qui le reste finalement

La plateforme STLA-Small représente un investissement considérable pour Stellantis. Conçue dès l’origine pour les véhicules électriques, elle doit servir de base aux futures générations de plusieurs modèles phares du groupe : Peugeot 208 et 2008, Opel Corsa, Lancia Ypsilon et d’autres modèles du segment B. L’idée d’y intégrer des motorisations thermiques avait émergé l’année dernière dans un contexte de ralentissement des ventes électriques et d’incertitudes réglementaires.

Antonio Filosa, à la tête des marques européennes de Stellantis, a finalement abandonné ce projet de conversion multi-énergie. La raison ? Les coûts colossaux que représenterait une telle adaptation. Contrairement à la Fiat 500 électrique, développée à partir d’une architecture thermique existante avec des modifications relativement limitées, STLA-Small nécessiterait des transformations en profondeur pour accueillir des moteurs à combustion. Le jeu n’en vaut visiblement pas la chandelle financière.

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Le thermique ne disparaît pas pour autant

Cette décision ne signifie pas l’abandon du thermique sur le segment B. Stellantis a prévu de prolonger la carrière des modèles actuels bien au-delà de ce qui était initialement envisagé. Les usines espagnoles de Vigo et Saragosse continueront de produire les versions essence et hybrides basées sur la plateforme CMP actuelle jusqu’en 2032 au minimum. Cette échéance représente l’équivalent d’un cycle de vie complet pour un véhicule.

Le site de production de Kenitra au Maroc jouera également un rôle clé dans cette stratégie. Il fabriquera une partie des 208 et accueillera la production de la future génération de Citroën C4. Cette répartition géographique permet à Stellantis de maintenir une offre diversifiée selon les marchés et leurs niveaux de maturité respectifs sur l’électrique.

Un calendrier de lancement échelonné

Le planning industriel de ces nouveaux modèles électriques se dessine avec précision. La nouvelle Peugeot 208 électrique ouvrira le bal au second semestre 2027, sortant des chaînes de l’usine de Saragosse. L’Opel Corsa de nouvelle génération suivra début 2028 sur le même site de production. Quant au Peugeot 2008, il arrivera au printemps 2028 depuis l’usine de Vigo.

Les modèles actuels ne seront pas abandonnés du jour au lendemain. Stellantis prévoit des remaniements esthétiques et des mises à jour de l’équipement pour maintenir leur attractivité commerciale pendant les années qui séparent encore de 2032. Ces restylages devront composer avec une contrainte technique importante : la notation EuroNCAP qui n’est valable que pendant six ans. Les versions thermiques devront donc probablement passer par de nouveaux crash-tests pour conserver leur étoile sécurité.

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Les enjeux derrière cette stratégie

Ce double positionnement reflète la prudence de Stellantis face à l’évolution du marché. D’un côté, le constructeur investit massivement dans l’électrique avec STLA-Small, anticipant le durcissement des normes environnementales européennes. De l’autre, il s’assure une porte de sortie avec le maintien du thermique, conscient que tous les marchés et tous les clients ne sont pas prêts à franchir le cap simultanément.

Cette approche pragmatique permet de limiter les risques financiers. Les plateformes électriques représentent des investissements de plusieurs milliards d’euros. Les adapter à posteriori pour du thermique reviendrait à gaspiller une partie de ces sommes. À l’inverse, maintenir en production des modèles déjà amortis avec des motorisations conventionnelles génère des marges confortables sans nécessiter de développements majeurs.

Les clients français et européens disposeront donc d’un large éventail de choix dans les années à venir. Ceux qui souhaitent passer à l’électrique pourront opter pour les nouveaux modèles basés sur STLA-Small, tandis que les réfractaires aux batteries conserveront l’option des motorisations essence et hybrides sur les générations actuelles modernisées. Cette cohabitation devrait perdurer jusqu’au début des années 2030, date à laquelle les normes européennes auront probablement tranché définitivement en faveur de l’électrification complète du segment des citadines.

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