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Acheter une voiture électrique d’occasion sans connaître son passé, c’est un peu comme adopter un chien sans savoir s’il est bien éduqué. Ça peut très bien se passer, ou pas du tout. C’est exactement la situation dans laquelle se sont retrouvés les propriétaires de cette Tesla Model 3 de 2022, achetée à près de 122 000 km au compteur, sans aucune information sur la façon dont elle avait été rechargée ou utilisée auparavant. La question qui s’imposait alors était simple : dans quel état se trouvait la batterie ?
Le YouTubeur Matt Goes Electric, dont la fille et le gendre venaient d’acquérir ce véhicule, a décidé de mener le test de santé de la batterie disponible nativement dans les Tesla. Ce genre de démarche est exactement ce qu’il faut faire avant — ou juste après — l’achat d’une voiture électrique de seconde main. Et les résultats méritent qu’on s’y attarde sérieusement.
Tesla propose depuis plusieurs années un diagnostic de santé de la batterie intégré directement dans le logiciel du véhicule. Son fonctionnement est assez simple dans le principe : le véhicule doit être branché sur un chargeur pour effectuer un cycle complet de décharge puis de recharge. Ce cycle permet au système d’évaluer la capacité réelle restante de la batterie et de la comparer à sa capacité d’origine. Ce n’est pas une estimation approximative comme peuvent l’être certains outils tiers, c’est la valeur calculée par le constructeur lui-même à partir de ses propres paramètres internes.
Au moment du test, le kilométrage de la Model 3 avait légèrement progressé pour atteindre 125 088 km. Durant la procédure, le véhicule a absorbé 62,4 kWh depuis le chargeur. En tenant compte des pertes de charge classiques estimées à environ 10 %, on obtient une énergie réellement stockée d’environ 56,2 kWh. La capacité brute d’origine de cette batterie LFP (lithium fer phosphate) est estimée à 60,5 kWh — Tesla ne communiquant jamais officiellement la capacité exacte de ses batteries. Le ratio donne donc une santé de batterie d’environ 92,9 %, ce que l’interface Tesla a confirmé en affichant un score de 92 %.
Cette Model 3 est équipée d’une batterie à chimie LFP, produite dans l’usine de Shanghai, et non d’une batterie NMC (nickel-manganèse-cobalt) que l’on retrouve sur d’autres variantes ou d’autres constructeurs. La différence est loin d’être anodine : les batteries LFP sont connues pour leur excellente résistance à la dégradation dans le temps, leur tolérance à la charge complète régulière à 100 %, et leur stabilité thermique supérieure. En contrepartie, elles affichent une densité énergétique légèrement inférieure, ce qui se traduit par une autonomie plus limitée pour un même volume de batterie.
Pour mettre ce résultat en perspective, le revendeur suédois de voitures électriques d’occasion Carla avait publié une étude portant sur plusieurs Model 3 LFP, révélant une rétention moyenne de 93,3 % de la capacité d’origine après 100 000 km. Le résultat obtenu ici, à 125 000 km, reste dans une fourchette très cohérente avec ces données. À titre de comparaison, les batteries d’anciennes Nissan Leaf — notamment les premières générations — présentaient des dégradations bien plus marquées sur des kilométrages similaires, parfois inférieures à 75 % de capacité restante.
Il faut être honnête sur les limites de l’exercice. En comparant les 56,2 kWh mesurés à la capacité utilisable d’origine estimée entre 57 et 57,5 kWh — qui représente ce que le conducteur peut réellement exploiter, hors réserve système — on obtiendrait un pourcentage de rétention bien plus élevé, entre 97,7 % et 98,6 %. Mais cette approche mélange des grandeurs différentes : l’énergie stockée mesurée côté chargeur et la capacité brute théorique du pack, ce qui introduit des biais non négligeables. Les pertes thermiques, la gestion énergétique des systèmes auxiliaires et le point de charge exact au démarrage du test n’ont pas été mesurés de façon indépendante. Le score officiel Tesla de 92 % reste donc la référence la plus fiable disponible ici.
Ce que ce test ne permet pas de déterminer, c’est la façon dont ce véhicule a été rechargé pendant quatre ans. A-t-il été branché quasi exclusivement sur des chargeurs rapides DC, ce qui peut accélérer légèrement la dégradation même sur une LFP ? Ou au contraire sur une Wallbox domestique en charge lente ? L’historique de charge reste une boîte noire, et c’est précisément là que réside la limite de tout achat d’occasion sans dossier de suivi complet.
Un score de 92 % de santé batterie après 125 000 km est rassurant. Ce n’est pas spectaculaire, mais ce n’est pas non plus ce qu’on attendrait nécessairement d’un véhicule dont on ignore tout du passé. Cela montre que la technologie LFP vieillit bien, et que la dégradation reste contenue dans des proportions raisonnables pour la grande majorité des usages. Pour les acheteurs de Tesla d’occasion, voici ce qu’il faut retenir :
Les batteries des voitures électriques modernes tiennent globalement mieux la distance que ce que beaucoup craignaient encore il y a cinq ans. Cette Model 3 en est une illustration concrète : malgré un passé inconnu, la chimie LFP a démontré sa robustesse. Ce n’est pas une garantie universelle, mais c’est un signal positif pour quiconque envisage de passer à l’électrique sans se ruiner avec du neuf.
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