Actu voiture électrique

Votre voiture électrique collecte bien plus de données que vous ne l’imaginez

Michael Ptaszek

Votre voiture vous connaît probablement mieux que vous ne le pensez. Elle sait où vous allez, à quelle heure, et depuis peu, elle partage ces informations avec des entreprises que vous n’avez jamais choisies. Une étude récente menée conjointement par la Northeastern University et Consumer Reports vient de lever le voile sur les pratiques de collecte de données dans les véhicules connectés modernes, et les résultats méritent qu’on s’y attarde sérieusement avant d’acheter votre prochain véhicule.

Une étude qui ausculte 21 véhicules connectés sous toutes les coutures

Entre octobre 2024 et août 2025, les chercheurs ont passé au crible 21 véhicules de 21 marques différentes, ainsi que 30 applications mobiles constructeurs. La méthodologie est sérieuse : analyse des flux Wi-Fi et cellulaires émis par les véhicules, exploration des systèmes d’infodivertissement, et même des tests réalisés à l’intérieur de cages de Faraday géantes, ces enceintes blindées qui isolent complètement les appareils électroniques du monde extérieur. L’objectif était simple : identifier précisément avec qui ces voitures “parlent” à votre insu.

Le constat est assez frappant. Sur les 21 véhicules testés, 19 ont communiqué avec au moins un tiers externe via Internet. Plus de la moitié ont contacté des domaines classés dans la catégorie publicité, pistage ou analytique (PPA), appartenant à des géants comme Alphabet (la maison mère de Google), Amazon, Mapbox ou encore Meta. Sept des 30 applications compagnons transmettaient des identifiants sensibles — numéro VIN, adresse e-mail, numéro de téléphone, localisation précise — à des tiers liés à ces mêmes sociétés.

A lire également :  Tesla Roadster : le designer le promet, c'est pour "très bientôt"

Tesla en tête, suivie de Cadillac et Lucid : le classement qui dérange

Si vous conduisez une Tesla, les chiffres risquent de vous interpeller. La Model 3 a contacté 34 domaines PPA distincts, tandis que le Cybertruck en atteignait 23. Ces résultats prennent une résonance particulière quand on se souvient que, ces dernières semaines, certains propriétaires américains s’étaient déjà interrogés sur les raisons pour lesquelles leurs Tesla fabriquées aux États-Unis communiquaient avec des serveurs basés en Chine.

Voici le classement des marques les plus actives en matière de transmission de données à des tiers :

  • Tesla Model 3 : 34 domaines PPA contactés
  • Tesla Cybertruck : 23 domaines PPA contactés
  • Cadillac Lyriq : 10 domaines PPA contactés
  • Lucid : 9 domaines PPA contactés
  • Chevrolet Blazer : 7 domaines PPA contactés

À l’inverse, certaines marques s’en sortent avec les honneurs. Le Nissan Ariya, le Land Rover Range Rover, la Mercedes EQS et le Buick Envista n’ont contacté aucun domaine de ce type durant les tests. Une différence d’approche notable entre constructeurs, qui devrait peser dans la réflexion au moment de l’achat.

Les réponses des constructeurs : entre contrats et responsabilité rejetée sur l’utilisateur

Après avoir analysé les résultats, les chercheurs ont contacté 17 des 18 constructeurs concernés pour leur soumettre les conclusions. Seuls 14 ont daigné répondre. Et les réponses obtenues sont, pour le moins, révélatrices. Tous les constructeurs ayant répondu ont affirmé que les domaines contactés étaient “conformes aux contrats conclus avec leurs prestataires tiers“, et que ces contrats interdisent l’utilisation des données personnellement identifiables en dehors des termes convenus. Un cadre rassurant sur le papier, mais qui laisse entière la question de ce que ces tiers font réellement des données collectées.

A lire également :  La Renault 8 Gordini ressuscite en électrique : le retour d'une icône

Cinq constructeurs ont mis en cause les navigateurs intégrés aux systèmes d’infodivertissement, arguant qu’ils ne maîtrisent pas les appels réseaux générés par ces environnements logiciels. Sept autres ont tout simplement renvoyé l’utilisateur vers les conditions générales d’utilisation des services embarqués — Spotify, le système d’exploitation Google, etc. — estimant qu’il appartient au conducteur de les lire et de les accepter en connaissance de cause. Difficile de considérer cela comme une réponse satisfaisante lorsqu’il s’agit de votre localisation en temps réel ou de votre numéro VIN transmis à des régies publicitaires.

Honda fait figure d’exception dans ce tableau peu reluisant : la marque japonaise avait initialement classé le numéro VIN comme un “élément commercial à usage marketing“. Après que les chercheurs l’ont contactée, elle a accepté de revoir cette classification. Un geste qui montre que la pression externe peut faire bouger les lignes, même si elle ne devrait pas être nécessaire.

Désactiver le partage de données peut dégrader les fonctions de votre véhicule

L’un des points les plus préoccupants de cette étude concerne directement les utilisateurs de véhicules électriques comme Tesla et Rivian. Ces deux constructeurs avertissent explicitement leurs clients que la désactivation de la connectivité télématique et du partage de données peut entraîner une dégradation des fonctionnalités du véhicule. Autrement dit, si vous souhaitez limiter la transmission de vos données, vous risquez de perdre l’accès à certaines fonctions — mises à jour logicielles à distance, assistance en temps réel, ou encore certaines fonctionnalités de l’application mobile.

A lire également :  La Denza Z9S dévoilée : une autonomie record pour la berline électrique de luxe de BYD

C’est là que se pose une vraie question de protection du consommateur. Les usages légitimes de la collecte de données existent bel et bien : la télématique pour le suivi de l’état du véhicule, le contrôle à distance via l’application, la navigation en temps réel. Mais lorsque des données circulent vers des tiers sans consentement éclairé, et que le seul moyen de s’y opposer consiste à accepter une expérience dégradée, le curseur bascule du côté du problème structurel. Cette réalité devrait figurer dans les critères de choix au même titre que l’autonomie en batterie, le prix ou la puissance de charge.

Pour ceux qui souhaitent vivre l’expérience électrique tout en restant le plus discret possible numériquement, les options restent pour l’instant limitées. Le futur pick-up Slate, annoncé comme délibérément minimaliste sur le plan connecté, pourrait représenter une réponse à cette attente. En attendant, consulter attentivement les politiques de confidentialité des constructeurs avant signature reste le réflexe le plus utile que vous puissiez avoir.

Le problème n’est plus de savoir si votre voiture collecte vos données, mais qui les récupère et ce qu’il en fait. Transformer la connectivité en échange implicite contre nos trajets, notre localisation ou notre identité n’est pas anodin : demain, acheter une voiture pourrait aussi signifier accepter un véritable contrat de surveillance. L’Europe a ici un rôle essentiel à jouer : une voiture connectée doit rester au service de son propriétaire, pas devenir une source de données dont il perd le contrôle.

L’avis de Rouleur électrique
Réagissez à l'article
guest

1 Commentaire
Le plus ancien
Le plus récent Le plus populaire