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Le cuivre règne sur le câblage électrique automobile depuis deux siècles. Pourtant, une bascule discrète mais significative est en train de s’opérer dans l’industrie, accélérée par des prix du cuivre qui ont flirté avec des records historiques début 2026. Ferrari, BMW, et dans leur sillage Stellantis, rejoignent Tesla et les constructeurs chinois dans une transition vers l’aluminium pour le câblage de leurs véhicules électriques. Ce mouvement, encore marginal il y a quelques années, commence à peser sur les équilibres du marché mondial des métaux.
Début 2026, le cuivre a tutoyé les 15 000 dollars la tonne métrique, un niveau record qui a considérablement renforcé les arguments en faveur de l’aluminium dans les calculs des équipementiers et des constructeurs. L’aluminium se négocie actuellement autour de 3 100 dollars la tonne, soit approximativement un quart du prix du cuivre. Quand l’écart de prix dépasse le ratio de 3,5 pour 1, les industriels basculent vers l’aluminium : le ratio actuel est de plus de 4,2 pour 1, un niveau qui rend la substitution économiquement difficile à ignorer.
Selon JPMorgan, cette dynamique affecte déjà environ 2 % de la demande mondiale de cuivre en 2026, et la banque d’affaires envisage un scénario où ce chiffre pourrait atteindre 6 % d’ici 2030. Ce n’est pas anodin à l’échelle d’un marché mondial dont les prévisions d’offre restent structurellement inférieures à la demande pour la prochaine décennie, notamment en raison de la forte consommation des secteurs des énergies vertes et des centres de données. Xavier Mathieu, chez Nexans, deuxième fabricant mondial de câbles, résume bien la situation : les industriels continuent d’acheter du cuivre quand ses propriétés techniques l’imposent, mais se tournent vers l’aluminium dès que l’écart de prix le justifie.
Ferrari a commencé à intégrer des câbles en aluminium sur sa sportive hybride 296 en 2025, avant d’étendre cette pratique à d’autres modèles, dont la Luce, sa toute première voiture électrique lancée en juin 2026. Selon Dario Esposito, responsable de la communication de la marque, le gain atteint jusqu’à 20 % du poids total du câblage. Le discours officiel de Ferrari insiste sur la performance plutôt que sur l’économie — « nous choisissons le matériau qui offre les meilleures performances » — mais l’argument économique existe bel et bien, même si la marque au Cheval Cabré préfère ne pas en faire la vitrine.
BMW a, de son côté, une longueur d’avance : le constructeur bavarois utilise des conducteurs en aluminium depuis 2011 sur sa Série 1. La montée en puissance de cette technologie s’est faite progressivement, d’abord sur les hybrides, puis sur les véhicules électriques. Aujourd’hui, l’aluminium est largement intégré dans les systèmes haute et basse tension de la dernière génération de technologie eDrive de BMW, lancée en 2025. Stellantis, quatrième constructeur mondial, a également entamé cette transition récemment, selon une source industrielle, sans pour autant communiquer officiellement sur le sujet.
C’est Tesla qui a posé les premiers jalons de cette évolution à grande échelle dans l’industrie des voitures électriques, en adoptant le câblage aluminium dès le lancement du Model Y en 2019, puis plus récemment sur le Cybertruck. Les constructeurs chinois ont rapidement emboîté le pas, poussés à la fois par une guerre des prix qui a laminé les marges et par les orientations officielles du gouvernement de Pékin. En mars 2025, celui-ci a publié un document encourageant explicitement les entreprises à substituer l’aluminium au cuivre dans plusieurs secteurs industriels.
Parmi les marques chinoises ayant adopté le câblage aluminium, on retrouve notamment AVATR, XPeng et Xiaomi. Le fournisseur JONVER illustre l’ampleur du mouvement : ses ventes de produits de câblage en aluminium représentent désormais environ 30 % de son chiffre d’affaires en 2026, contre 20 % en 2023. Le cabinet d’analyse Zhuochuang estime que 25 à 30 % des composants actuellement en cuivre dans les secteurs de l’énergie, de l’automobile et de l’électroménager pourraient basculer vers l’aluminium d’ici 2030.
L’aluminium n’est pas une solution parfaite et il serait inexact de le présenter comme tel. Sa conductivité électrique est inférieure à celle du cuivre : il faut une section de câble plus importante pour transporter la même quantité d’électricité, ce qui nuance le gain de poids. Par ailleurs, la production d’aluminium est extrêmement énergivore, ce qui se traduit par un bilan carbone plus lourd à la fabrication, un paradoxe à ne pas négliger dans un secteur qui met en avant ses vertus écologiques.
La question des tarifs douaniers, notamment aux États-Unis, complique également les arbitrages des groupes industriels à l’échelle mondiale. Voici un résumé des principaux avantages et inconvénients de chaque métal dans ce contexte :
Dans un véhicule électrique, le poids est un enjeu central : chaque kilogramme gagné se traduit directement en autonomie supplémentaire ou en capacité à embarquer une batterie plus légère à autonomie équivalente. Les barres omnibus — ces conducteurs qui relient la batterie aux différents systèmes du véhicule — représentent un gisement d’allègement considérable : selon le producteur norvégien Hydro, environ 85 % de ces barres sont encore en cuivre aujourd’hui dans l’automobile mondiale. Le potentiel de substitution est donc loin d’être épuisé.
Hydro anticipe d’ailleurs une progression régulière de ses ventes dans ce segment et s’attend à capter des parts de marché à mesure que la transition s’accélère. Pour vous, en tant qu’acheteur ou futur acquéreur d’un véhicule électrique, cette évolution est avant tout une bonne nouvelle : elle contribue à réduire les coûts de fabrication, ce qui constitue l’un des leviers les plus efficaces pour faire baisser les prix d’achat des voitures électriques sur le long terme, dans un marché où la compétitivité tarifaire reste décisive.
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