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Depuis 2010, Renault construit des voitures électriques sur le territoire français. Ce n’est pas anodin : à une époque où les grandes marques européennes délocalisent massivement, le constructeur au losange vient de franchir le cap symbolique du million de véhicules électriques produits en France. Un chiffre qui mérite qu’on s’y arrête, non pas pour célébrer un exploit marketing, mais pour comprendre ce qu’il révèle d’une stratégie industrielle construite sur la durée.
Cette histoire ne commence pas avec la Renault 5. Bien avant le retour de cette citadine iconique, Renault avait jeté les bases de son électrification avec la Zoé et le Kangoo ZE, deux modèles qui ont largement contribué à poser les fondations de cette filière. La Mégane E-Tech, le Scénic, le Trafic, la Twingo, le Master et la R4 sont venus compléter progressivement ce catalogue. Autrement dit, ce million de véhicules est le fruit d’un effort continu sur quinze ans, pas d’une accélération récente dictée par les seules contraintes réglementaires.
Géographiquement, cette production est loin d’être dispersée aux quatre coins du pays. Elle repose sur un réseau d’usines bien identifié, principalement ancré dans le nord et le nord-ouest de la France. Les sites d’assemblage concernés sont Douai, Maubeuge, Dieppe, Batilly et Sandouville. Ces unités s’appuient sur les activités industrielles de Cléon, Ruitz et du Mans, ainsi que sur la Refactory de Flins, dédiée au recyclage et à l’économie circulaire.
Au cœur de ce dispositif se trouve le pôle ElectriCity, constitué autour des usines de Douai, Maubeuge et Ruitz. Ce regroupement a déjà produit à lui seul 600 000 véhicules électriques et se positionne comme l’un des principaux centres européens dédiés au 100 % électrique. On y assemble aujourd’hui les Renault 5 et R4 électriques, mais aussi des modèles pour le compte de Nissan, Mitsubishi et Alpine. Des productions pour Ford sont également prévues sur ces chaînes. Ce n’est donc pas uniquement une vitrine pour Renault, mais un véritable outil industriel mutualisé au sein de l’Alliance.
Dans cette dynamique, la Renault 5 électrique joue un rôle de premier plan. Le cap des 100 000 exemplaires fabriqués a été franchi fin 2025, et Renault table désormais sur une production cumulée dépassant les 200 000 unités en 2026. Pour y parvenir, l’usine de Douai a mis en place une équipe de nuit et recruté 550 intérimaires depuis octobre 2025. De nouvelles augmentations de cadence sont prévues à partir de septembre 2026.
Ce modèle illustre bien la tension que doit gérer Renault : proposer une voiture électrique accessible — la R5 démarre sous les 25 000 euros dans ses versions d’entrée de gamme — tout en maintenant une production sur le sol français, structurellement plus coûteuse qu’en Europe de l’Est ou en Asie. Le succès commercial de la R5 prouve que l’équation n’est pas impossible, mais elle exige une optimisation constante des process industriels.
Derrière ces chiffres de production, il y a une réalité financière concrète. Renault a engagé 13 milliards d’euros d’investissements en France depuis 2021 pour adapter ses usines à la production électrique. Le groupe évoque également la possibilité d’investir une somme équivalente dans le cadre de son prochain plan stratégique, ce qui représenterait un effort total de 26 milliards d’euros sur une quinzaine d’années.
Ces investissements ne concernent pas uniquement les lignes d’assemblage. Renault indique avoir formé 53 000 salariés à des domaines spécifiques : technologie des batteries, intelligence artificielle, électrification et économie circulaire. Le groupe emploie par ailleurs 39 000 personnes en France, et ses activités soutiennent indirectement 35 000 emplois supplémentaires chez ses fournisseurs. Ces données donnent une mesure concrète de l’impact territorial d’une telle stratégie.
Il serait naïf de présenter ce bilan comme sans nuance. Plusieurs composants stratégiques, à commencer par certains modules de batteries lithium-ion, restent encore importés, ce qui tempère la portée réelle du “made in France”. La transition électrique peut effectivement servir de levier de réindustrialisation, mais à condition que les modèles produits ici restent compétitifs face à des concurrents assemblés dans des pays aux coûts salariaux bien inférieurs.
Les arbitrages récents de Renault illustrent bien cette tension permanente. Le Scénic électrique ne sera pas remplacé à Douai : son successeur sera construit en Espagne, l’usine étant désormais saturée par la R5 et la R4. La nouvelle Twingo électrique, positionnée sur un segment d’entrée de gamme très serré en termes de prix, sera quant à elle assemblée en Europe de l’Est. Et Flins, qui produisait la Zoé jusqu’à l’arrêt de ce modèle, ne sort plus de voitures de ses chaînes d’assemblage.
Ces choix sont rationnels, dictés par des impératifs de rentabilité que personne ne peut ignorer. Sur quinze ans, Renault a globalement réussi à maintenir des volumes significatifs dans ses usines françaises, là où d’autres constructeurs ont fait le choix d’une délocalisation plus franche. Le million de véhicules électriques fabriqués en France en est la mesure la plus tangible, même si ce chiffre englobe aussi des modèles commercialisés sous d’autres marques de l’Alliance. À vous de juger si la promesse industrielle est tenue.
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