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Ford vend une partie de son usine européenne aux constructeurs chinois

François Zhang-Ming

Ford et le géant chinois Geely, maison mère de Volvo, seraient en négociations très avancées concernant la vente d’une partie de l’usine Ford de Valence, en Espagne. Une opération qui en dit long sur l’état de santé de l’industrie automobile européenne face à la montée en puissance des constructeurs chinois, et qui pourrait déboucher sur des véhicules électriques accessibles portant le logo Ford, fabriqués sur une architecture 100 % chinoise.

Ce que l’on sait sur les négociations Ford-Geely à Valence

Selon le média espagnol spécialisé La Tribuna de Automoción, Geely aurait accepté de racheter les lignes d’assemblage du bâtiment Body 3 de l’usine de Valence. Ce site, actuellement sous-utilisé, serait destiné à accueillir la production d’un nouveau véhicule dont le nom de code interne est « 135 ». Ce modèle correspondrait très probablement à la Geely EX2, une compacte électrique qui s’est imposée comme la voiture la plus vendue en Chine l’année dernière. En Europe, ce modèle devrait être commercialisé sous le nom E2.

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La EX2 repose sur la plateforme GEA (Global Intelligent Electric Architecture) de Geely, une architecture modulaire compatible avec des motorisations hybrides, hybrides rechargeables et 100 % électriques. Ce qui rend le dossier particulièrement intéressant, c’est que des sources proches du dossier affirment que Geely pourrait également produire à Valence un véhicule badgé Ford sur cette même base technique. Ford confirme être “en discussions constantes avec de nombreuses entreprises”, sans valider ni infirmer les détails. Rien n’est officiellement finalisé à ce stade.

Pourquoi Ford mise sur des partenariats avec ses concurrents chinois

La stratégie de Ford en Europe repose de plus en plus sur des alliances, parfois surprenantes. Le constructeur américain partage déjà la plateforme MEB de Volkswagen pour ses modèles Explorer et Capri électriques, qui sont produits aux côtés des ID.4 et ID.5. En décembre dernier, Ford a annoncé un accord avec Renault pour lancer deux nouveaux modèles électriques abordables construits sur la plateforme Ampere, celle-là même qui supporte la Renault 5. Autant de choix qui traduisent une réalité simple : développer une plateforme électrique de zéro coûte des milliards, et Ford préfère visiblement partager ces coûts.

Le PDG Jim Farley ne mâche pas ses mots sur la situation. Il a déclaré à plusieurs reprises que les constructeurs chinois représentent une « menace existentielle » pour les marques occidentales. “Nous savons que nous nous battons pour notre survie”, a-t-il affirmé en décembre lors de l’annonce du partenariat avec Renault. Vendre une partie d’une usine sous-exploitée à Geely permettrait à Ford de récupérer des liquidités et d’accéder à des technologies avancées, notamment dans le domaine de la conduite autonome et des systèmes ADAS, selon un rapport Reuters de février dernier.

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Les enjeux tarifaires et industriels derrière ce rapprochement

Pour Geely, l’opération présente un avantage stratégique évident : produire en Europe permet d’éviter partiellement les droits de douane de 18,8 % imposés par l’Union européenne en 2024 sur les véhicules électriques fabriqués en Chine. Assembler localement, même sur des lignes rachetées à Ford, permettrait de commercialiser ses modèles à des prix bien plus compétitifs sur le marché européen.

Voici ce que ce scénario implique concrètement pour le marché européen des véhicules électriques :

  • L’arrivée probable de la Geely E2 (ex EX2) en Europe, une compacte électrique positionnée sur le segment des citadines abordables, directement concurrente des Renault 5 et Volkswagen ID.3
  • Un potentiel modèle Ford électrique d’entrée de gamme, construit sur la plateforme GEA, qui viendrait compléter la gamme européenne du constructeur américain en dessous des actuels Explorer et Capri
  • Un transfert de technologie incluant possiblement des fonctions de conduite assistée avancée, un domaine où les marques chinoises ont pris une longueur d’avance notable

La plateforme GEA de Geely face aux architectures européennes

La plateforme GEA mérite qu’on s’y attarde, car c’est elle qui est au cœur des discussions. Geely la présente comme une architecture multi-énergie pensée pour être évolutive, capable de recevoir aussi bien un groupe motopropulseur hybride léger qu’un système entièrement électrique avec des batteries haute densité. Elle est conçue pour optimiser l’espace intérieur tout en abaissant les coûts de production, deux paramètres sur lesquels les plateformes européennes peinent encore à rivaliser.

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À titre de comparaison, voici comment se positionnent les principales architectures électriques présentes ou attendues en Europe :

PlateformeOrigineModèles concernésType d’énergie
GEAGeely (Chine)EX2 / E2, potentiel FordHEV, PHEV, BEV
MEBVolkswagen (Allemagne)ID.3, ID.4, Ford Explorer, Ford CapriBEV
AmpereRenault (France)Renault 5, futurs Ford abordablesBEV
Universal EVFord (États-Unis)Gamme Ford à venir (dès 2027)BEV

Ford développe en parallèle sa propre plateforme électrique maison, baptisée Universal EV, dont l’objectif est précisément de reprendre la main sur les segments abordables face aux marques chinoises. Mais cette plateforme ne sera pas prête avant 2027 au plus tôt, ce qui explique pourquoi Ford cherche des solutions intermédiaires, qu’elles viennent de Renault, de Volkswagen ou désormais potentiellement de Geely. Dans ce contexte, l’usine de Valence pourrait devenir un symbole assez fort de la recomposition en cours dans l’industrie automobile mondiale.

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