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Kia veut ressusciter la Stinger en mode 100% électrique

Michael Ptaszek

La Kia Stinger a marqué les esprits à sa sortie : une berline sport propulsion, animée par un V6 biturbo, capable de titiller les références allemandes du segment, le tout signé par une marque coréenne que personne n’attendait là. Elle disparaît des catalogues en 2023, après une seule génération. Depuis, les amateurs de conduite se demandent si Kia retentira un jour la corde de la berline sportive. La réponse semble être oui — à condition que les astres financiers s’alignent.

Le concept Meta Turismo, vitrine des ambitions sportives de Kia

C’est lors d’un entretien accordé à Autocar que Karim Habib, directeur du design chez Kia, a levé le voile sur les intentions du constructeur. Le successeur spirituel de la Stinger est toujours dans les cartons, et cette fois, il serait 100 % électrique. Pour matérialiser cette vision, Kia a présenté le concept Meta Turismo, une berline de haute performance au design tendu et dramatique, pensée pour incarner ce que pourrait être la prochaine génération de voiture sportive de la marque.

Habib décrit ce projet comme une « berline sportive pour la génération gamer » — une formule qui fait certes sourire par son côté marketing assumé, mais qui traduit surtout une volonté réelle : construire des voitures qui suscitent une connexion émotionnelle avec leur conducteur. Kia ne cherche pas à faire un véhicule de plus. La marque veut faire quelque chose qui donne envie de prendre le volant même pour aller au bureau.

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Ce que cela révèle sur la stratégie de Kia et du groupe Hyundai

Ce positionnement n’est pas isolé au sein du groupe Hyundai-Kia. La division N de Hyundai s’est imposée ces dernières années comme une référence en matière de voitures électriques enthousiasmantes. Des dirigeants de Porsche eux-mêmes ont reconnu que Hyundai avait placé la barre très haut sur le terrain du plaisir de conduite électrique. Le concept Hyundai N Vision 74, avec son architecture hybride hydrogène et son esthétique rétro-futuriste, illustre parfaitement que le groupe est prêt à prendre des risques créatifs là où d’autres restent dans le conformisme du SUV familial.

Kia, de son côté, n’a jamais totalement renoncé à l’idée de voitures capables de générer de l’émotion. « Nous avons une petite histoire avec des voitures comme la Stinger, et c’est quelque chose à laquelle nous ne voulons pas renoncer », explique Habib. Il y a quelques années, nous avons commencé à réfléchir à ce que nous pourrions faire au-delà des SUV. Nous en produisons et vendons beaucoup, ce qui est bien, mais nous pensons aussi qu’il y a plus que ça. » C’est précisément ce que beaucoup de constructeurs ont oublié pendant la grande vague des crossovers des années 2010 : certains acheteurs veulent simplement une voiture qui procure des sensations, pas forcément de l’espace de coffre ou une garde au sol surélevée.

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Le vrai frein : le coût d’une berline électrique haute performance

Si la vision est claire, la réalité économique l’est tout autant. Habib ne mâche pas ses mots : « Le coût de développement d’un véhicule électrique haute performance est ce qui nous ralentit. » Construire une berline basse, puissante et charismatique en version électrique implique des batteries performantes, une architecture propulsion ou intégrale optimisée pour le dynamisme, et des composants techniques qui font grimper la facture bien au-delà de ce qu’accepte le marché de masse.

C’est le paradoxe auquel se heurtent aujourd’hui tous les constructeurs qui rêvent d’une voiture électrique engagée et accessible. Voici les principales contraintes techniques et financières que ce type de projet impose :

  • Capacité et densité de la batterie : pour offrir à la fois une autonomie correcte et des performances élevées, il faut des cellules à haute densité énergétique, encore coûteuses à produire à grande échelle.
  • Refroidissement thermique intensif : une utilisation sportive sollicite fortement la batterie et les moteurs électriques, nécessitant des systèmes de gestion thermique plus complexes et plus lourds.
  • Architecture de la plateforme : une berline sport basse à propulsion ou à transmission intégrale vectorisée demande une plateforme dédiée, différente de celles utilisées pour les SUV électriques.
  • Positionnement tarifaire : pour rester accessible face aux Tesla Model S ou Porsche Taycan, Kia devrait contenir le prix de vente, ce qui est difficile avec de tels prérequis techniques.
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« Espérons que la progression des véhicules électriques continue. Je pense qu’il y aura davantage d’ouverture pour ce type de voiture. C’est du moins sur ça que nous parions », confie Habib. Le projet n’est donc pas abandonné, il est conditionné à une baisse des coûts de production des composants électriques — une tendance qui se dessine progressivement, mais pas encore assez rapidement pour valider un business plan solide.

Pourquoi ce projet mérite d’être suivi de près

Dans un secteur automobile où la prise de risque est devenue rare, le fait que Kia ose même prononcer les mots « berline de performance électrique » mérite attention. La concurrence directe potentielle se situerait quelque part entre une Tesla Model 3 Performance et une Porsche Taycan d’entrée de gamme, un segment où l’offre reste finalement assez étroite. Voici les principaux concurrents que le successeur de la Stinger pourrait affronter à terme :

  • Tesla Model 3 Performance : 460 ch, 0 à 100 km/h en 3,2 secondes, à partir d’environ 59 990 € en France.
  • BMW i4 M50 : 544 ch, 0 à 100 km/h en 3,9 secondes, à partir de 89 900 €.
  • Porsche Taycan (version de base) : 408 ch, positionnée au-dessus de 100 000 €, hors de portée du grand public.

Un successeur électrique de la Stinger positionné entre 55 000 et 70 000 € avec des performances dans la lignée de ses rivales constituerait une proposition sérieuse. Reste à savoir si Kia parviendra à atteindre cet équilibre avant que le segment ne soit saturé. Les prochaines années, et notamment l’évolution des coûts des batteries lithium-ion ou solides, seront déterminantes pour voir si ce projet passe du stade du concept à celui de la chaîne de production.

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