Tesla corrige enfin ce problème agaçant que tous les propriétaires connaissent
Si vous possédez une Tesla, vous connaissez probablement cette frustration : vos essuie-glaces qui s’activent brusquement en plein soleil à […]
Sommaire
Vous pensiez que les voitures électriques rimaient avec silence et apaisement sonore ? Détrompez-vous. Depuis quelques années, plusieurs constructeurs ont décidé de transformer leurs modèles électriques en véritables concerts ambulants. Résultat : des véhicules qui peuvent atteindre 126 décibels au démarrage, soit plus qu’un avion de ligne au décollage. Face à cette dérive, les instances européennes préparent un encadrement réglementaire qui devrait voir le jour dans les prochains mois.
Depuis 2019, la législation européenne impose à tous les véhicules électriques neufs d’embarquer un système AVAS (Acoustic Vehicle Alerting System). Le principe ? Émettre un son synthétique lorsque la voiture roule en dessous de 20 km/h, afin d’alerter les piétons et cyclistes de sa présence. Au-delà de cette vitesse, les bruits de pneumatiques et de roulement suffisent normalement à signaler le véhicule. Ce dispositif répond à une vraie problématique de sécurité, notamment pour les personnes malvoyantes qui se repèrent grâce aux sons de la circulation.
Jusqu’ici, rien à redire. L’AVAS remplit une fonction utile, discrète, et justifiée par des considérations de sécurité publique. Le son émis reste relativement neutre, sans chercher à imiter un moteur thermique. Vous l’entendez à peine lorsque vous croisez une voiture électrique en ville. Sauf que certains constructeurs ont vu dans cette obligation une opportunité marketing à exploiter bien au-delà de son objectif initial.
BMW a été parmi les premiers à franchir le cap en confiant au compositeur Hans Zimmer (oui, celui de Gladiator et Inception) la création de profils sonores pour ses modèles sportifs électriques. À l’origine, ces bandes-son restaient confinées à l’habitacle, destinées à enrichir l’expérience du conducteur. Un gadget discutable, mais qui ne concernait que celui qui était au volant.
Le problème commence lorsque ces sons franchissent les portes du véhicule pour envahir l’espace public. Plusieurs marques ont franchi cette ligne rouge en installant des haut-parleurs extérieurs diffusant des grondements de moteur artificiels vers la rue. On retrouve cette technologie sur des modèles comme la Porsche Taycan, la Hyundai Ioniq 5 N, l’Abarth 500e ou encore la Dodge Charger Daytona électrique. Cette dernière peut d’ailleurs atteindre des niveaux sonores de 126 décibels lors du démarrage, soit l’équivalent d’un marteau-piqueur à quelques mètres.
On est loin, très loin, de l’objectif de sécurité initialement visé par l’AVAS. Il s’agit désormais de marketing sensoriel, d’affirmation d’identité de marque, voire de simple spectacle destiné à compenser le silence naturel de la propulsion électrique. Certains y voient une façon de préserver “l’émotion” automobile, d’autres une pollution sonore injustifiée dans des villes déjà saturées de bruit.
Face aux critiques croissantes, notamment de la part d’associations de riverains et de défenseurs d’un environnement sonore plus apaisé, la Commission économique des Nations Unies pour l’Europe (CEE-ONU) a décidé d’intervenir. Des amendements aux règlements sur le bruit des véhicules sont actuellement en discussion, avec une décision formelle attendue dans les prochains mois de l’année 2025.
Selon les informations rapportées par le journal allemand TAZ, les négociateurs auraient obtenu une concession importante : si un véhicule est équipé d’un système sonore extérieur au-delà des exigences de l’AVAS, le conducteur devra l’activer manuellement. Autrement dit, pas de diffusion automatique de sons vers l’extérieur sans que vous le décidiez explicitement. Une mesure qui peut sembler minime, mais qui évite au moins l’imposition systématique de ces nuisances sonores à l’ensemble des citoyens.
| Dispositif | Obligation | Niveau sonore | Contrôle conducteur |
|---|---|---|---|
| AVAS (système réglementaire) | Obligatoire depuis 2019 | Discret, en dessous de 20 km/h | Automatique |
| Système d’amplification externe | Optionnel | Jusqu’à 126 dB | Activation manuelle (future règle) |
Cette approche rappelle les systèmes de clapets d’échappement que l’on trouvait sur certaines sportives thermiques, permettant au conducteur de choisir entre un mode discret et un mode… moins discret. La différence, c’est qu’avec les véhicules thermiques, le bruit était une conséquence mécanique inévitable, simplement modulée. Ici, on parle de sons entièrement artificiels, créés de toutes pièces et projetés volontairement dans l’espace public.
La question de fond reste entière : avons-nous vraiment besoin que nos véhicules électriques fassent du bruit pour justifier leur existence ? L’argument de l’émotion de conduite est recevable. Pour certains conducteurs passionnés, le son d’un moteur fait partie intégrante de l’expérience automobile, au même titre que les sensations de conduite ou le design. Personne ne conteste que piloter une berline sportive dans un silence complet peut sembler déroutant au début.
Seulement voilà : entre enrichir l’expérience intérieure du conducteur et diffuser ces sons vers la rue, il existe une frontière que l’industrie automobile franchit avec une légèreté troublante. Les habitants des centres-villes, déjà confrontés à des niveaux de pollution sonore préoccupants, n’ont pas forcément envie d’entendre rugir une voiture électrique qui pourrait rouler en silence. Le silence d’un véhicule électrique n’est pas un défaut à corriger, mais l’un de ses principaux atouts en milieu urbain.
Les constructeurs ont investi des sommes considérables dans le développement de ces systèmes sonores, allant jusqu’à engager des compositeurs de renom. On peut comprendre leur volonté de se différencier et de maintenir une certaine identité de marque dans la transition électrique. Reste que cette course au bruit artificiel soulève des interrogations légitimes sur les priorités de l’industrie automobile. Entre réduction des nuisances et spectacle commercial, le choix devrait être évident.
L’encadrement réglementaire européen à venir représente un premier pas vers un équilibre plus acceptable. En imposant une activation manuelle, les autorités reconnaissent implicitement que ces sons ne relèvent pas de la sécurité mais du confort personnel du conducteur. À vous, ensuite, de décider si vous souhaitez partager votre bande-son préférée avec l’ensemble de votre quartier. Ou simplement profiter du silence, cette ressource de plus en plus rare dans nos villes saturées de décibels.
Réagissez à l'article