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Ces voitures électriques perdent toute leur valeur en seulement 3 ans

Albert Lecoq

Une voiture qui perd 60 000 € en deux ou trois ans, est-ce forcément une catastrophe ? Pas systématiquement. Comme l’a relevé notre confrère chez Automobile Propre, si le premier propriétaire a signé un bon de commande à plus de 120 000 € et encaissé la partie la plus brutale de la décote, le second acheteur récupère parfois la même mécanique, les mêmes performances et le même niveau de confort pour le prix d’une berline familiale ordinaire. Reste à comprendre pourquoi la valeur s’est effondrée, parce que les raisons ne se valent pas toutes.

Certains modèles chutent parce qu’ils cumulent les soucis mécaniques, les défaillances électroniques, laissant derrière eux une réputation fragilisée. D’autres sont simplement victimes d’un marché de l’occasion encore étroit, d’une technologie qui évolue à grande vitesse ou d’une clientèle secondaire insuffisante. Cette décote est souvent présentée comme une faiblesse spécifique aux voitures électriques, alors qu’en réalité, les grandes berlines thermiques et les limousines de luxe connaissent parfois des trajectoires tout aussi brutales. Hormis quelques icônes et marques mythiques, la perte abyssale de valeur touche l’ensemble du secteur, électrique ou thermique.

Ford Mustang Mach-E : quand le constructeur lui-même fait chuter la valeur résiduelle

Le Mustang Mach-E Propulsion de 269 ch s’affichait à 61 650 € fin 2022. Un exemplaire de cette même année, affichant environ 47 500 km au compteur, se négocie aujourd’hui autour de 29 900 €. La perte atteint près de 31 750 €, soit une décote brute de 51,5 %. Kelley Blue Book évalue de son côté la perte de valeur d’un Mach-E 2022 à 43 % sur trois ans, avec certaines versions grande autonomie dépassant les 50 %.

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Ford a lui-même alimenté cette dynamique en abaissant à plusieurs reprises le prix catalogue du véhicule neuf. En France, le tarif d’entrée a d’abord reculé de 4 660 € en avril 2023, puis de 4 000 € supplémentaires à la fin de la même année, soit 8 660 € perdus sur le prix neuf en douze mois. Ces repositionnements, engagés pour répondre à la pression du Tesla Model Y, ont mécaniquement érodé la valeur des exemplaires déjà sur la route. Le modèle a également souffert de ventes irrégulières et de plusieurs rappels, dont un problème de surchauffe pouvant provoquer une perte de puissance, touchant près de 49 000 véhicules aux États-Unis.

Volkswagen ID.4 : une évolution trop rapide qui pénalise les premiers acheteurs

En janvier 2022, le Volkswagen ID.4 Pro de 174 ch s’achetait 47 800 €. Un exemplaire du même millésime, fort de plus de 74 000 km, s’affiche aujourd’hui autour de 26 990 €, soit une perte de 20 810 € et une décote de 43,5 %. La version Pro Performance de 204 ch, vendue neuve 49 400 €, descend quant à elle à environ 23 990 € avec plus de 119 000 km au compteur, représentant une baisse de 25 410 €, soit 51,4 %. Kelley Blue Book aboutit à un résultat similaire, avec 52 % de décote en trois ans pour un ID.4 de 2022.

Les premiers ID.4 ont été pénalisés par une évolution rapide du modèle. Dès 2024, Volkswagen a introduit un moteur de 286 ch plus puissant et plus efficient, une autonomie pouvant atteindre 556 km, un nouveau système multimédia et une architecture logicielle revue, le tout à un positionnement tarifaire peu ou prou équivalent. Face à un ID.4 récent plus abouti sur tous les plans, les versions de 2021-2022, déjà critiquées pour leurs logiciels et touchées par plusieurs rappels, doivent compenser par une forte décote pour rester attractives sur le marché de l’occasion.

BMW i7 : le piège du marché trop étroit pour les limousines électriques premium

La BMW i7 développe environ 544 ch et transpose l’habitacle feutré de la Série 7 G70 à une motorisation entièrement électrique. Sur le papier, cela fait sens : les utilisateurs fortunés de ce type de limousine recherchent précisément le silence et le confort absolu qu’une motorisation zéro émission peut offrir. Mais les résultats commerciaux n’ont pas suivi les ambitions. Alors que son tarif neuf avoisinait les 130 000 € hors options, des exemplaires de 2023 apparaissent déjà entre 70 000 et 85 000 €, soit une perte de 40 000 à 50 000 € en deux ou trois ans.

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Cette chute résulte essentiellement d’un marché secondaire minuscule. En France, les immatriculations d’i7 se comptent en volumes modestes. Les principaux acquéreurs sont des sociétés de transport haut de gamme, des grands hôtels et quelques flottes d’entreprise. Quand l’un d’eux souhaite revendre, le bassin d’acheteurs potentiels est structurellement très limité. Une i7 d’occasion peut représenter une affaire remarquable pour celui qui compte la conserver longtemps, mais elle devient risquée si l’objectif est une revente à court terme.

Pourquoi les voitures électriques d’occasion décotent-elles autant, et est-ce vraiment réservé au premium ?

La forte décote n’est pas l’apanage du haut de gamme. Parmi les modèles qui perdent le plus de valeur, on trouve bien sûr la Porsche Taycan, l’Audi e-tron GT, la Tesla Model S ou la Mercedes EQS. Mais la Fiat 500e, la Nissan Leaf ou même la Renault Zoé subissent des trajectoires comparables. Les raisons diffèrent selon les segments, mais la mécanique de fond est souvent similaire.

Sur le premium électrique, trois facteurs se cumulent. La technologie progresse vite : les nouvelles générations de batteries offrent davantage d’autonomie, les puissances de recharge augmentent et les prix neuf bougent, rendant les versions précédentes moins désirables. À cela s’ajoute la crainte persistante autour de la longévité de la batterie. Cette peur est-elle justifiée ? Pas vraiment. Les batteries bénéficient généralement d’une garantie de 7 ans ou 150 000 km, voire davantage. À l’achat, il est possible d’obtenir le SOH (State of Health), c’est-à-dire l’état de santé de la batterie, et celui-ci dépasse souvent 85 %, parfois jusqu’à 95 %. Mais la crainte d’une batterie défaillante sur un véhicule à ce prix reste un frein psychologique puissant, qui contribue à faire baisser les cotes.

  • Garantie batterie : 7 ans ou 150 000 km en moyenne chez la plupart des constructeurs
  • SOH moyen constaté sur les véhicules de 3 à 5 ans : entre 85 % et 95 % de capacité résiduelle
  • Décote moyenne sur les électriques premium de 2021-2023 : entre 43 % et plus de 50 % en trois ans
  • Décote comparable observée sur certains modèles de milieu de gamme comme la Nissan Leaf ou la Fiat 500e
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L’irruption des constructeurs chinois, un facteur souvent sous-estimé

Il existe un autre facteur, moins souvent évoqué dans ce contexte, mais qui fait probablement des dégâts considérables sur la valeur résiduelle du premium électrique européen : l’arrivée massive de modèles chinois, aussi performants, souvent mieux équipés technologiquement et proposés à des prix très inférieurs. On vous entend déjà objecter qu’on ne compare pas une Porsche à une BYD ou une Xiaomi. C’est exact, jusqu’au moment où la BYD ou la Xiaomi propose des prestations similaires pour le tiers ou le quart du prix. Le blason, aussi prestigieux soit-il, ne suffit plus à fonctionner comme un totem d’immunité.

Cette réalité tend à confirmer une idée qui prend de l’ampleur avec le recul : plusieurs constructeurs premium ont manifestement surévalué leurs premiers modèles électriques, trop confiants dans une supposée suprématie, alors qu’ils étaient en réalité des novices sur ce terrain. Facturer plus de 100 000 € un modèle affichant à peine 350 km d’autonomie et une puissance de recharge anémique relevait d’un optimisme difficile à justifier. Ce sont les premiers clients et les sociétés de leasing, qui misaient sur de solides valeurs de reprise, qui ont payé le prix fort de ces erreurs de calcul.

Pour autant, si vous disposez d’un budget et cherchez des sensations de conduite hors du commun à un prix désormais plus raisonnable, le marché de l’occasion regorge d’opportunités à saisir. La prudence s’impose néanmoins : ces modèles restent des voitures à forte valeur absolue, dont la cote n’a aucune raison de remonter significativement avec le temps. N’est pas Porsche 911 qui veut.

Source : Automobile Propre

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